semaine 14

Laïcité Yallah !

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 05 mars 2020

Makoto est une « calligraffiti » artiste bruxelloise qui puise dans ses racines berbères et sa culture arabo-musulmane sa passion pour les lettrages. Exposition « Roots », à l’Espace Magh, rue du Poinçon, 17, 1000 Bruxelles.

« Go ! On y va ! », c’est ce que signifie Yallah en arabe. Malika, Radouane, Djemila, Hamid, Soade, Yeter, Bahareh, Hassan, Fadila et d’autres sont autant de voix citoyennes, humanistes, laïques de Belges de culture musulmane. De culture berbéro-arabo-musulmane, corrige Sam Touzani, artiste bien connu pour son théâtre d’humour, de tendresse, de combat incessant pour le respect des autres, quelles que soient leurs origines, leurs cultures.

Car la laïcité c’est précisément ce qui permet de respecter tout le monde dans un cadre commun accepté par tous : la séparation des pouvoirs temporels et religieux, la citoyenneté agissante, la solidarité avec tous ceux qui se battent dans le monde pour les droits humains. « Nous travaillons à contre-courant de la victimisation des migrants et des musulmans, des communautarismes ethniques et religieux qui montent en force depuis quelques années », affirme avec force Djemila Benhabib, fer de lance de ce collectif citoyen et travaillant au Centre d’Action Laïque (CAL) à Bruxelles avec pour objectif de fédérer les laïques de culture musulmane.

Souad, enseignante, travaille dans ces quartiers « communautarisés » où l’islam est excluant, où sont véhiculés des discours de haine, où l’on veut contrôler les petites filles et les obliger à porter le voile. Nous sommes des lanceurs d’alerte. Abdel, chef d’entreprise et prof dans une Haute Ecole analyse l’évolution au Maroc en parallèle avec celle de la Belgique ; « beaucoup de gens de culture musulmane sont attachés à la laïcité, même si les médias n’en parlent pas trop et préfèrent mettre en avant l’obscurantisme de certains musulmans. A présent, la laïcité est menacée par le communautarisme, les traditionnalistes et les courants d’extrême-droite qui utilisent la laïcité pour attaquer les libertés ; il nous faut rappeler que la laïcité défend la liberté de croire, elle n’est pas contre les religions mais toute religion qui arrive au pouvoir tue les libertés religieuses. »

Jamila ajoute : « il y a urgence face aux populismes et aux extrémismes qui montent en force. Nous ne sommes pas des victimes. Bruxelles compte plus de 145 nationalités différentes, il nous faut un socle de valeurs communes à tous.  La laïcité est notre chance pour le vivre ensemble. »

Malika, elle, lutte contre les mariages forcés et raconte son émancipation de ce carcan patriarcal dont elle a souffert pendant son enfance et son mariage. Une liberté chèrement acquise qu’elle met au service des jeunes filles majeures afin de les aider à refuser ces mariages forcés.  

Sam Touzani se réjouit du nombre de femmes dans le collectif, « ces femmes qui nous permettent de lutter contre la bêtise humaine ». « La culture, l’éducation et la citoyenneté nous relient », « c’est la force de l’échange contre la force de la violence », souligne-t-il. « Il y a beaucoup de petits combats, de petites libérations, et c’est dû aux femmes », il nous revient de voir la réalité en face : nous avons grandi dans cette culture berbéro- arabo-musulmane, nous en voyons les contradictions, cela nous permet de déjouer les doubles discours du genre de ceux de Tarek Ramadan ! » Et aussi : « Nous luttons contre tous les racismes, contre l’homophobie, contre l’antisémitisme. Le cours de philosophie et de citoyenneté est l’espace où les jeunes peuvent s’exprimer en toute liberté ; ils peuvent y découvrir que ce n’est pas la loi religieuse qui prime mais la loi des hommes. »

A la veille de la Journée internationale des droits des femmes, ce 8 mars, ce message du collectif Laïcité Yallah mérite d’être largement diffusé. Ces citoyen.ne.s laïques, croyant.e.s et non croyant.e.s veulent partager largement les valeurs de la laïcité en l’enrichissant de leur héritage musulman qui a d’ailleurs enrichi notre société belge depuis des siècles. Cela est longuement expliqué dans un « Manifeste pour une citoyenneté de la diversité » à lire sur le site du CAL.

Il existe déjà au sein du CAL le Centre communautaire laïque juif, « un modèle pour nous », souligne Djemila. Ce collectif Laïcité Yallah, s’il rencontre le succès espéré, est l’amorce d’une structure pérenne qui enrichira l’action laïque dans notre société kaléidoscopique, d’une merveilleuse et riche diversité. Ce qui ne peut que renforcer notre culture et nos pratiques démocratiques wallonnes et bruxelloises.

https://www.laicite.be/laction-laique/nos-engagements/collectif-laicite-yallah/

 https://www.un.org/fr/observances/womens-day

https://www.youtube.com/watch?list=RDCMUCXDenzwzeXM1TNtTuWj8C4A&v=k3dNQPbiRaE&feature=emb_rel_end

 

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