semaine 04

L’insoutenable fragilité du monde

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 17 juillet 2016

Saisie d'écran du site Collegium International http://www.collegium-international.org/index.php/fr/

Alors que le terme de barbarie est utilisé à propos des attentats terroristes, que pourrait être une réponse humaniste à l’horreur destructrice de l’humanité ?

Le récent attentat de Nice, qui frappe le symbole même de la République française (la célébration du 14 juillet) et les valeurs qui la fondent (liberté, égalité, fraternité), oblige à revisiter la manière dont ces valeurs sont mises en œuvre dans notre société. La Promenade des Anglais est aussi un symbole de l’insolente richesse face à des pays de Méditerranée colonisés, exploités, paupérisés, méprisés.

Quelques jours avant cet attentat, la France perdait une des ses voix les plus interpellantes, celle de Michel Rocard dont on a trop peu rappelé l’importance dans la pensée humaniste, notamment le fait qu’il fut, en 2002, un co-fondateur du Collegium International éthique, scientifique et politique, créé pour promouvoir des actions concrètes avec pour exigence l’intégrité éthique et la viabilité politique.

« La radicalisation  de la crise qui affecte tous les aspects de la vie sur notre terre patrie, exige une nouvelle alliance entre intellectuels et hommes d’Etat pour jeter les premières  bases d’un contrat civilisationnel, et tenter  de répondre pour les hommes du XXI siècle aux trois questions essentielles, inspirées d’Emmanuel Kant :

  • Que voulons-nous faire de notre planète ?
  • Que voulons-nous faire de l’espèce humaine ?
  • Que voulons-nous faire de notre vie ?

C’était signé en par les deux co-présidents Milan Kucan (alors président de la Slovénie) et Michel Rocard. Le vice-président était Stéphane Hessel ; le secrétaire général est toujours Sacha Goldman. Parmi les membres du Collegium international, quelques grands noms de la pensée politique et philosophique. Une pensé dont nous avons désespérément besoin, en cette période de troubles géopolitiques, climatiques, énergétiques, en ces jours qui voient l’échec d’un espoir européen de meilleure solidarité entre les peuples pour élaborer un modèle de civilisation basé sur une plus juste répartition des ressources et des richesses, dans un contexte de nouvelle guerre froide  alimentée par des Etats et des intérêts militaro-industriels masqués par une intense propagande véhiculée par de grands médias (de désinformation).

En ces jours noirs, cette pensée est lumineuse.

Elle s’appuie sur le constat de la mondialisation de l’économie, de la culture, des institutions internationales – donc, d’une société-monde, d’une communauté de destin- et la nécessité d’une gouvernance mondiale.  Pour cela, les Nations Unies sont l’ultime solution possible. 

Le 21 janvier 2014, le Collegium International lançait un appel « Vers une gouvernance mondiale » qui devrait être pensée par des « personnalités ayant exercé de hautes responsabilités politiques, académiques ou économiques mais qui, désormais en retrait des affaires du monde, sont libérées des contingences électorales, capables de penser au-delà des intérêts de leur génération, de leur pays ou de leur groupe social ». 

« Cette réforme doit viser à concilier les intérêts divergents des diverses générations actuelles comme futures, de faire émerger un intérêt planétaire commun sur les grands enjeux de ce siècle et de rétablir des solidarités aujourd’hui mises à mal par l’accroissement généralisé des inégalités sociales. »

Pour cela, il faut « retrouver l'esprit pionnier de la Charte des Nations-Unies qui proclamait « Nous les peuples... » et de le rendre véritablement universel ». 

Et Michel Rocard ajoutait dans un commentaire personnel qu’il fallait pour cela des mesures contraignantes : «Il est de plus en plus évident, et pour presque tous, que la pérennité de la vie sur la planète appelle quelques interdictions formelles et générales, dans les domaines des armes de destruction massive, de la pollution, de l’émission de gaz à effet de serre, de la spéculation financière ou encore de la lutte contre certaines épidémies. »

Il répondait sous forme de questions : 

 « Faut-il contingenter le droit de veto, en nombre dans le temps, ou l’interdire sur certains sujets majeurs ?

Faut-il donner à l’Assemblée générale des Nations unies la responsabilité de définir les rares sujets sur lesquels le consensus ne sera pas recherché, et le vote à la majorité, fût-elle qualifiée, déclaré suffisant ?

Faut-il définir le concept de sécurité internationale au-delà de la menace de l’emploi d’armes à feu, en l’étendant jusqu’au réchauffement climatique par exemple ?

Faut-il élargir les compétences de la Cour internationale de La Haye ? »

Il rappelait que : « Depuis trente ans deux décisions internationales contraignantes ont pu être prises sous une pression très forte de l’opinion publique internationale et malgré l’évidente réticence de la quasi-totalité des Etats : la convention internationale interdisant l’usage des mines terrestres en 1999, et la création de la Cour pénale internationale en 2002. Même si elle est étroite, la voie est donc ouverte. »

Et cette voie est celle de l’espérance des peuples. 

Dans un autre texte du Collegium, « L’insoutenable fragilité du monde », non publié, on trouve ce message d’espérance : 

« Parier sur l’improbable et miser sur l’improbable peut offrir la chance de réintroduire une espérance dans la désespérance. On arrive comme cela à la formule d’Hölderlin  ‘Là où croît le péril croit  aussi ce qui sauve’. (…) « Tant que le progrès comme loi de l’histoire était présent dans les esprits, l’humanité espérait le mieux parce que c’était prévu comme par une sorte de déterminisme historique. Aujourd’hui qu’il n’y a plus de loi de l’histoire, l’espérance reprend sa fragilité. Et plus encore, elle ne peut se développer que dans la désespérance. Sinon, elle n’est qu’un optimisme béat. »

Le texte s’en réfère à l’historien Arnold Toynbee pour qui toute civilisation se forme par les réponses qu’elle apporte aux défis posés par son environnement. « Menaces sur la paix et l’écosystème de la planète, pollutions et dérèglements climatiques, déraison financière, injustices socioéconomiques… les défis qui se posent aux hommes aujourd’hui concernent toute l’humanité. Si nous y apportons des réponses communes, nous aurons accouché d’une civilisation humaine à part entière. »

http://www.collegium-international.org/index.php/fr/histoire

Illustration vidéo : 

http://www.collegium-international.org/index.php/fr/videos/stephane-hessel-2011

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