semaine 28

L’eau de la fontaine

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 27 mai 2020

Une des sculptures du Jardin Botanique de Bruxelles. Photo © Gabrielle Lefèvre

Le temps est radieux sur le Jardin Botanique, îlot de beauté au creux de Bruxelles, malheureusement bordé et traversé de boulevards et de tunnels bruyants et malodorants, témoins de l’absurdité des politiques anciennes du « tout à l’auto ». Entre bouquets d’arbres et de plantes, étangs et fontaines, chaque jour, s’y promènent des familles de toutes les couleurs, des jeunes et des moins jeunes parlant toutes les langues d’Europe, d’Afrique et même d’Asie. Le printemps a ponctué les bonheurs et malheurs humains des fleurs somptueuses des lilas, des rhododendrons, des lys, des azalées et maintenant des roses.

Le Jardin Botanique abrite aussi de superbes sculptures qui, silencieusement, nous interpellent.

Hier, dans le jaillissement d’eau d’une fontaine, dans la partie haute du jardin, un corps noir, demi-nu scintillait de gouttelettes. Autour de la vasque, les bancs étaient tous occupés par des familles, par des groupes d’anciens devisant sur ces temps difficiles, par des amoureux, par des jeunes oublieux de la distanciation physique. Devant eux, dans la solitude du dénuement, ce jeune Africain lavait ses vêtements à l’eau de la fontaine et les étendait sur les buissons de buis soigneusement taillés, en plein soleil. Il se frottait le torse avec un chiffon rouge. Puis il s’est assis sur le rebord de la vasque, pieds nus dans l’eau, chauffé par les rayons du soleil. Seul au monde. Arborant la dignité d’un corps et de vêtements propres, la fierté d’un homme dont on ne connaît pas l’histoire. Celle-ci doit certainement être terrible : celle des réfugiés des guerres, des famines, des persécutions, celle de l’inhumaine traque aux migrants, celle de la réclusion dans des camps de concentration qui ne disent pas leur nom.

Un sans-abri, un parmi les centaines de jeunes gens qui gardent l’espoir d’une vie meilleure, échoués au centre de Bruxelles, au cœur de cette Europe qui les maltraite tant, sous le regard des gens – nous- impuissants, indifférents ou méfiants.

Bruss’Help

La même semaine, nous apprenions que Pierre Verbeeren, ancien directeur général de Médecins du Monde, ceux-là mêmes qui se mobilisent tant pour les sans-abri, les migrants et les réfugiés, est devenu président du CA (à titre bénévole) de Bruss’Help, le centre d'appui au secteur bruxellois de l'aide aux sans-abri. Nous vous en avions déjà parlé dans cet article : https://www.entreleslignes.be/humeurs/zooms-curieux/une-auberge-pour-sans-abris-%C3%A0-confiner

Son ambition ? Réunir tout le monde autour d’un plan coordonné visant à sortir du dénuement extrême les quelque 4.000 sans-abri cachés dans les replis de Bruxelles.

Nous lui offrons donc l’histoire de ce jeune, brillant de tous les espoirs sous le soleil et l’eau de la fontaine.

https://www.rtbf.be/info/regions/bruxelles/detail_sans-abri-pierre-verbeeren-devient-president-du-ca-de-l-asbl-bruss-help?id=10508168

A lire absolument si ce n’est déjà fait : « Lesbos, la honte de l’Europe » par Jean Ziegler, éd. Seuil.

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