semaine 49

Etoiles filantes

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 08 août 2016

Les premières étoiles scintillent dans un ciel dégagé de nuages.
Apparaît la voie lactée, voile lumineux laissant entrevoir l’immensité de l’univers, ses milliards d’étoiles, ses trous noirs, ses comètes, ses astéroïdes, ses batailles d’attractions et de répulsion entre planètes, ses explosions en super novae… La vie et la mort des étoiles, la pulsation d’un univers mystérieux. Et ces fulgurances silencieuses qui rayent ce tableau noir étincelant : l’embrasement des météores qui se fondent à haute température dans notre atmosphère.

Et nous, confortablement installés, nous jouissons de ce spectacle somptueux, à la fois si éloignés et si proches d’autres habitants de cette terre, qui n’ont que le ciel pour plafond.

Ces autres, accrochés désespérément à des bateaux surchargés, abandonnés par des passeurs véreux aux aléas de la mer, que voient-ils des étoiles ? Trop d’étoiles de vie qui sombrent dans les profondeurs marines.

Ces enfants de Gaza qui scrutent les étoiles dans les trouées faites dans leurs maisons par les obus commandés par des militaires étoilés, des enfants qui tremblent craignant une nouvelle pluie d’étoiles mortelles.

Ces rescapés des combats fratricides en Syrie qui demandent au ciel pourquoi ils sont encore en vie alors que leurs proches sont déchiquetés par les bombardements et les tirs entre factions rivales.

Ces sans abris qui ne croient en aucune bonne étoile. Celle-ci est désormais reléguée dans les placards des services publics laminés par l’inhumaine marchandisation de la vie et l’abandon de la solidarité entre « frères humains ». 

Et l’on perçoit le soupir de François Villon dans son épitaphe :

« Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, si pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis. »

Et l’on entend la compassion d’Aragon :

 J’en ai tant vu qui s’en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

(…)

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J’aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C’est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d’un trou »

Et, sous la voûte étoilée, avant que le rideau de nuages ne l’occulte, on espère l’inaccessible étoile, sublime quête chantée par Jacques Brel :

« Mais mon coeur serait tranquille
Et les villes s'éclabousseraient de bleu
Parce qu'un malheureux

Brûle encore, bien qu'ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s'en écarteler
Pour atteindre l'inaccessible étoile »


http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/francois_villon/l_pitaphe_de_villon_ou_ballade_des_pendus.html

https://lib54.wordpress.com/2011/08/28/jentends-jentends-de-louis-aragon/

http://www.paroles-musique.com/paroles-Jacques_Brel-La_Quete-lyrics,p49980

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