semaine 04

Ethique politique versus populisme

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 09 novembre 2016

Un exemple d’alternative agricole locale aux Etats-Unis: Kacie Luckett travaille plein temps dans sa petite ferme en Louisiane et vit en approvisionnant en légumes les 400 membres CSA ( community-supported agriculture) qui participent au projet. http://fsa.blogs.govdelivery.com/2016/09/19/400-participate-in-community...

Que veulent les populations américaines des campagnes et des petites villes, des laissés pour compte, des nationalistes, des populistes, des libertariens (ceux qui veulent le moins d’Etat possible) ? Ils veulent qu’on les laisse faire ce qu’ils sentent nécessaire pour eux car ils n’ont pas la moindre confiance dans ce monde politique (l’establishment) qu’ils ne comprennent pas et qui gère les Etats-Unis comme une grande entreprise multinationale prédatrice dans le pays même et dans le reste du monde au profit des intérêts de quelques-uns.

Ce sont les victimes de la grande crise bancaire et des subprimes de 2008, ce sont les blancs anglo-saxons protestants qui se considèrent comme les vrais étatsuniens ayant la vraie culture américaine et la vraie religion. Donald Trump est le parfait reflet de cette population qui aime le boniment mais aussi qu’on la respecte.

Une population qui ne voit pas le progrès dans la justice sociale et les apports culturels variés mais bien dans le mythe de la réussite par ses propres efforts individuels et l’entraide caritative. En cela, le populisme de Donald Trump est différent des populismes observés en Europe notamment. Et si les extrême-droites européennes applaudissent à son élection, elles adoptent des tactiques différentes selon les pays. Le FN en France conquiert petit à petit les mairies, les villes et se profile à la présidentielle. Mais n’annonce pas un changement de la vocation de gouverner par l’Etat.  La NVA a conquis le pouvoir pour utiliser l’Etat à ses fins, à savoir mettre fin à l’Etat Belgique pour en créer deux. La Hongrie a muselé toutes les forces d’opposition au pouvoir devenu quasi absolu de Viktor Orban, transformant une démocratie en dictature avec apparences d’institutions démocratiques. La Pologne impose un pouvoir et une morale catholique contre l’émancipation notamment des femmes et contre les oppositions démocratiques…

Chaque mouvement populiste a ses stratégies et des impacts différents selon les cultures et les situations socio-économiques des populations.

Tous se rejoignent sur la création d’un ennemi, l’ « autre », l’immigré, le réfugié, le noir, le musulman, l’homo ou bi ou trans-sexuel….

La classe politique est dénoncée comme corrompue, retirée sur sa tour d’ivoire, inconsciente des vrais problèmes de gens. Donc, à balayer impitoyablement… Une image qui, en Belgique, rappelle de sinistres souvenirs de la dernière guerre.

Mais de guerres, de conflits, Donald Trump n’en veut pas. Ce qui n’est pas un mal, notons-le : mettre fin aux tensions grandissantes entre l’Otan (et ses pays membres) et la Russie est une option souhaitable pour la paix en Europe.

Donald Trump annonce un traitement « équitable » dans les relations étatsuniennes avec le reste du monde. Il ne parle pas de justice mondiale. Il ne parle pas d’éthique que doivent respecter les politiques et le monde des affaires mais d’équité, une sorte de justice naturelle, spontanée, au-dessus des lois. Mais il a pris soin de préciser, en préambule, que primait l’intérêt des Américains. C’est positif si cela se traduit par la fin des désastreux projets d’accords de libre-échange, notamment le TTIP, dont la population américaine a finalement compris qu’ils ne servaient que les intérêts des multinationales et pas des petites et moyennes entreprises locales. C’est bon si cela corrige réellement les inégalités que subissent les populations les plus fragiles de la société. Mais l’équité peut servir aussi à rendre acceptable des inégalités que les lois devraient empêcher.

Que nous apprennent ces élections ? Que les structures politiques traditionnelles sont opaques, qu’elles ne sont plus comprises par les populations et donc que la méfiance s’est installée et que les gens veulent autre chose… Mais aux deux extrêmes : les partisans de Trump veulent moins d’Etat et une gouvernance proche d’eux et de leurs intérêts immédiat ; les partisans démocrates (ceux de Bernie Sanders, pas ceux d’Hillary Clinton qui incarne trop cet establishment dont on se méfie) veulent une gouvernance plus juste, plus sociale (il a même osé le mot maudit aux USA : socialisme), plus transparente.

Que ce soit aux Etats-Unis ou dans divers pays européens, monte cet appel des mouvements sociaux et citoyens aux responsables politiques : le retour de l’éthique en politique et dans les affaires, de la justice autant que d’équité, des modes de participation des citoyens à la gestion plus locale… Tout le contraire des populismes, des nationalismes, des impérialismes, des dictatures soft ou affirmées.

Il est donc urgent de mettre en pratique ces paroles d’Edgar Morin, membre du Collegium international éthique, scientifique et politique :

« Avoir foi en l’amour et la fraternité."

« D’autre part, nous sommes entrés dans des temps d’incertitude et de précarité, dus non seulement à la crise économique, mais à notre crise de civilisation et à la crise planétaire où l’humanité est menacée d’énormes périls. L’incertitude sécrète l’angoisse et alors l’esprit cherche la sécurité psychique, soit en se refermant sur son identité ethnique ou nationale, puisque le péril est censé venir de l’extérieur, soit sur une promesse de salut qu’apporte la foi religieuse.

C’est ici qu’un humanisme régénéré pourrait apporter la prise de conscience de la communauté de destin qui unit en fait tous les humains, le sentiment d’appartenance à notre patrie terrestre, le sentiment d’appartenance à l’aventure extraordinaire et incertaine de l’humanité, avec ses chances et ses périls.

C’est ici que l’on peut révéler ce que chacun porte en lui-même, mais occulté par la superficialité de notre civilisation présente: que l’on peut avoir foi en l’amour et en la fraternité, qui sont nos besoins profonds, que cette foi est exaltante, qu’elle permet d’affronter les incertitudes et refouler les angoisses. »

Edgar Morin : « Eduquer à la paix pour résister à l’esprit de guerre », Le Monde.fr, 07.02.2016.

http://www.collegium-international.org/index.php/fr/presentation/le-collegium-international-par-michel-rocard

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