semaine 44

Banksy, Erdogan, la Grèce et les autres

Zooms curieux par Gabrielle Lefèvre, le 28 août 2020

Le « Louise Michel » affrété par Banksy. Photo © Ruben Neugebauer, via The Guardian.

Poésie et solidarité dans un univers de brutes assoiffées d’énergie fossile polluante ? L’artiste mystérieux Banksy n’a pas son pareil pour souligner les absurdités de ce monde avec une poésie souriante et forte. Voici que, selon The Guardian, il a financé un navire destiné à secourir les migrants perdus en Méditerranée, et qui tentent de gagner l’Europe depuis l’Afrique du Nord. Ce bateau est baptisé « Louise Michel », hommage puissant à cette rebelle, cette révoltée, institutrice militante, anarchiste, franc-maçonne, féministe, en première ligne dans les événements de la Commune de Paris en 1872, déportée au bagne…

 Quel symbole! C’est vrai qu’elle aurait pu être la capitaine d’un de ces bateaux affrétés par les associations d’aide aux réfugiés et demandeurs d’asile, qui ont sauvé des centaines d’entre eux de la mort certaine en pleine mer.

Le bateau est décoré d’une œuvre de l’artiste: une petite fille brandissant une bouée de sauvetage en forme de cœur rose. Tout est résumé dans cette image d’une simplicité désarmante.

Désarmante devrait en effet la politique que nos dirigeant devraient mener dans ce même espace de la Méditerranée, cœur d’un conflit très chaud, très explosif : le volcan de l’exploitation des importantes nappes de gaz naturel découvertes récemment en plein cœur de la mer mais sur les territoires égyptiens, grecs et chypriotes. Hors des eaux territoriales turques donc. Mais fin 2019, la Turquie de Recep Erdogan a signé un accord avec le gouvernement d’union nationale libyen l’autorisant, en échange de son aide militaire, à forer dans une large zone de Méditerranée orientale, accord jugé illégal par les autres pays impliqués. Le président turc Erdogan jour son va-tout dans cette gigantesque partie de poker car son bilan économique et politique n’est pas florissant en Turquie et la répression démesurée de toute critique envers sa gestion de la politique et les atteintes graves aux droits humains lui valent les critiques des pays européens.

Rappelons aussi que le différend avec Chypre n’est toujours pas résolu.  Et que les relations avec l’Europe sur la gestion de la crise des réfugiés sont extrêmement tendues puisque la Turquie a reçu des fonds importants pour « contenir » l’afflux des réfugiés dont l’Europe ne veut pas et qu’elle utilise comme moyen de chantage en les envoyant vers les îles grecques surpeuplées, sous-équipées où ces malheureux vivent un enfer. (Lisez à ce sujet le livre de Jean Ziegler « Lesbos, la honte de l’Europe ».)

Dans ce contexte déjà explosif, la Turquie a annoncé des activités d’exploration avec un navire de forage qu’elle a déployé au large de Chypre, dans une zone maritime attribuée à Chypre par un accord bilatéral entre ce pays et l’Égypte. Et ce jusqu’au 15 septembre. De plus, un autre navire turc prospecte dans une zone maritime revendiquée par la Grèce.

Déjà, selon « Foreign policy », des accords avaient été conclus entre l’Egypte, Chypre et la Grèce avec Israël pour l’exploitation par la firme italienne ENI de ce gisement de gaz avec une implantation industrielle en Egypte. La firme française Total entrerait dans cet accord ce qui balaye l’ambition turque de devenir un centre de transit énergétique majeur et Israël entre dans cet accord au détriment de celui qui était en cours avec la Turquie et son réseau de pipelines (avec approvisionnement de gaz et de pétrole russe).

Voilà pourquoi des navires militaires français, italiens et étatsuniens se promènent en Méditerranée face aux navires turcs, en manœuvres d’intimidations réciproques d’autant plus ridicules que tous ces pays sont membres de l’OTAN, comme l’est la Turquie…

La bouée de sauvetage, rose, de Banksy risque d’être prise dans la tourmente.

https://www.theguardian.com/world/2020/aug/27/banksy-funds-refugee-rescue-boat-operating-in-mediterranean

https://foreignpolicy.com/2020/08/18/eastern-mediterranean-greece-turkey-warship-geopolitical-showdown/

 

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