semaine 04

Les mots

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 28 novembre 2021

© Serge Goldwicht

Ce fut une période pénible où la plupart des mots avaient perdu leur sens et ne voulaient plus rien dire car les mots ne parlaient plus aux gens et restaient même en travers de leur gorge. On se mit à douter du mot vaccin qui ne vaccinait plus mais assassinait. Les médecins ne soignaient plus mais empoisonnaient et les scientifiques devenaient des sorciers vaudous. Depuis longtemps, déjà, les mots « Politique migratoire »avaient perdu leur sens quand il s’agit de refuser des papiers à tous les humains qui viennent d’ailleurs surtout s’ils sont pauvres.

Les mots « Droits d’asile » n’avaient plus de sens et les mots Fraternité, générosité et Humanité ressemblaient à de grandes armoires vides. Avaient-elles contenu quelque chose un jour ? La crise des mots envahit la rue. Des passants en sont venus aux mains parce que l’un d’entre eux avait dit : « Bonjour ! Profitez de cette belle journée, Monsieur ! ».

Les mots dépourvus de signification erraient en rue, perdus et désespérés, à la recherche d’un sens à donner à leur existence. Heureusement, des citoyens recueillirent les mots SDF( les mots sans définition) chez eux, dans leur maison, dans leurs livres, leurs dictionnaires et leur bouche. Des femmes et des hommes qui vivaient seuls accueillirent les mots sexe, tendresse, gland, clitoris foutre et jouir dans leur lit et les réchauffèrent contre leurs corps nus. Des partisans d’extrême droite accueillirent à bras ouverts des mots nauséabonds comme racisme, antisémitisme et violence. Des mots sur lesquels ils n’avaient aucun doute. Plein de certitudes, ces gens-là. C’est à cette époque, en pleine crise des mots que je suis rentré chez moi un soir où ma femme m’a accueilli en me disant qu’elle était amoureuse de moi que j’étais l’homme de sa vie et qu’elle m’aimerait jusqu’à la fin de son existence. J’ai juste eu le temps de rassembler mes affaires, de la quitter et de m’enfuir à toute vitesse. Ouf !

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