semaine 30

Les dernières cartes

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 14 avril 2021

© Serge Goldwicht

Le grand-père s’est encore endormi devant la  télévision en regardant une imbécillité alors que son petit-fils, à ses pieds, invente des histoires à partir de rien. Quand le  grand-père se réveillera, il se dira qu’il perd trop de temps à regarder la télévision alors que du temps, à son âge, il n’en a plus beaucoup mais il sait déjà que, demain, il regardera à nouveau l’écran imbécile et obsédant. Son petit-fils le réveille soudain en lui montrant un jeu de cartes qu’il a trouvé par hasard en cachant un méchant dans le buffet. 

- Regarde Papy, comme elles sont belles !

C’est vrai qu’elles sont belles et joliment illustrées. Le grand-père reconnait ce jeu de cartes, une espèce de jeu de tarot, car c’est celui qu’il a reçu à sa naissance. Les cartes qu’il allait pouvoir jouer tout au long de sa vie. Les cartes sont nombreuses parce qu’il n’a pas tout joué.  Il a perdu son temps plutôt que d’abattre toutes  ses cartes. Perdu son temps dans les bistrots à boire et à répéter des banalités grossières comme s’il s’agissait de réflexions philosophiques très pointues. Il a perdu tant de temps alors que l’arrivée est si proche et qu’il n’y a presque plus de sable dans le sablier. Le grand père passe le jeu en revue : les cartes de l’amour sont nombreuses parce qu’il ne les a pas toutes jouées. Pas assez aimé de femmes, pas assez fait l’amour. Par contre, les cartes de l’amitié et de la fraternité sont absentes parce qu’il les a beaucoup jouées. Beaucoup d’amis et beaucoup de fraternité. Plus de carte de paternité non plus puisqu’il a eu des enfants et les a aimés. La carte de l’ambition professionnelle reste en souffrance parce qu’il n’a pas atteint ses objectifs. Dans le jeu, se trouve la carte de la mort qu’il eut plus d’une fois envie de jouer même s’il sait que la mort obéit rarement au joueur. Elle n’en fait qu’à sa tête, la mort. Elle viendra probablement un matin de printemps dans le parfum des fleurs et dans la douce musique des gazouillis des oiseaux et de son petit-fils. Un matin où il aura repris espoir, le matin précis où il aura oublié que la mort existe.

Pendant que le grand-père songe et regrette, le petit garçon poursuit son jeu, une histoire qu’il s’invente et qui le passionne, une histoire avec des rebondissements, des aventures et des surprises. Une histoire avec des super héros qui possèdent de super pouvoirs , une histoire merveilleuse avec des fées

- A quoi joues-tu ? demande le grand-père.

Le petit garçon n’a que cinq ans mais il répond  avec une étrange voix d'adulte

"Je raconte la vie que tu aurais pu avoir."

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