semaine 32

Le survivant

Une édition originale par Thierry Robberecht, le 05 février 2020

© Serge Goldwicht

Ce matin, ce ne sont pas les klaxons des voitures ni le ding ding des trams qui m’ont réveillé. Non, ce matin quand j’ai ouvert les yeux la ville était anormalement silencieuse. Pas de voiture, pas de passant, pas de tram, rien. Il s’est passé quelque chose  cette nuit mais quoi ? Dans un premier temps, j’envisage de rester chez moi mais la curiosité est trop grande. Il faut que je sorte pour me rendre compte de ce qui se passe. Comme tous les matins, j’avale mon yaourt bio et mon verre de jus de pomme pur et sans additif. Sur le palier, je bute sur un premier cadavre, mon voisin allongé devant sa porte, sa clef en main. Le cadavre ne présente aucune blessure pouvant expliquer sa mort. On dirait qu’il s’est éteint naturellement. En rue, les cadavres sont partout. Sur les trottoirs et dans les voitures. Au supermarché du coin dont les grandes portes vitrées sont restées ouvertes, les caissières sont assises, mortes devant leur caisse respective. Que s’est-il passé ? Une épidémie ? Un accident nucléaire ? Je ne ressens pas beaucoup d’émotion parce que des amoncellements de cadavres, j’en vois tous les jours au Journal télévisé. Je ressens juste un peu de nausée devant tant de morts près de chez moi. C’est la première fois que je mets les pieds dans ce supermarché qui vend tout ce que je déteste. De la malbouffe industrielle sous plastique. Dans les rayons, je découvre des dizaines de cadavres amoncelés. Certains tendent encore la main vers des aliments préparés en usine que je n’ai jamais goûtés. Beuark ! Au rayon bio, je vole des fruits et des légumes mais comment être certain qu’ils sont bios alors qu’ils sont vendus dans les supermarchés ? Je sors dans la rue avec mon butin.

Devant le distributeur de billets, encore un amoncellement de cadavres dont la plupart ont gardé leur carte de banque en main. Je serais le seul survivant de cette ville parce que je me nourris bio depuis toujours ? A côté du supermarché se dresse un immeuble à appartements dont la porte est restées ouverte. J’y pénètre et je m’y promène. Des couloirs longs et déserts. Des portes d’appartements sont restées ouvertes avec des cadavres sur le seuil. J’enjambe les morts et je pénètre dans le premier foyer. Dès l’entrée, une odeur de brûlé agresse mes narines. L’odeur provient de la cuisine où deux saucisses cuisent depuis trop longtemps dans une poêle. La femme qui cuisinait s’est effondrée devant le réchaud. Dans le canapé, deux cadavres regardent la télé allumée . Un homme et son fils. A l’écran, un enquêteur mène une enquête criminelle comme tous les jours à heure fixe. Jamais, je n’ai vu cette série. C’est pourquoi je m’assieds à côté des morts et je regarde. C’est idiot, facile mais bien ficelé. D’ailleurs, je me laisse prendre à l’histoire. C’est bon de voir des humains vivants. C’est bon aussi de visionner des publicités mensongères qui entretiennent l’illusion de la vie et l’espoir alors que des cadavres jonchent les rues de la ville. Quand la fiction est terminée, je me lève pour quitter l’appartement et rentrer chez moi. Les morts commencent à me lasser et très vite ils commenceront à se décomposer. Heureusement qu’il fait froid ! En passant devant une fenêtre, je jette machinalement un regard vers l’extérieur et qu’est-ce que je vois ? Un homme qui marche dans la rue. Catastrophe ! Je ne serais donc pas le seul survivant et çà change tout. Soudain, l’envie urgente de rentrer chez moi me prend. Est-ce que j’ai bien fermé ma porte en sortant ? Je quitte l’appartement et je sors dans la rue. Sur les trottoirs gisent encore d’innombrables cadavres mais tout a changé puisque un autre survivant erre dans les rues. Du coup, je marche en me retournant tous les dix mètres, à l’affût du moindre bruit. Il y aurait bien une solution : Trouver une arme pour me défendre. Je me souviens d’un armurier pas très loin d’ici. Il vend surtout des articles de chasse mais pourquoi pas ? D’un coup de coude, je brise la vitre de la porte d’entrée et je pénètre dans le magasin qui propose tout ce qu’il me faut comme carabine et couteau de chasse. Au fond du magasin, j’entends un bruit. C’est l’autre survivant qui a eu la même idée que moi mais qui s’est montré plus rapide. Trop tard ! Bam !

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Commentaires

Portrait de Jacqueline
Entre « l’Homme est un animal social » et « l’enfer c’est les autres » que choisir ?
Portrait de Thierry Robberecht
Quand il se sent en danger l'homme est un loup pour ses congénères.

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