Plus le choix. On résiste !

Zooms curieux

Par | Journaliste |
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Un dossier pédagogique utile pour tous à tout âge.

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Lecture 8 min.

Un petit air de mai 68 flotte sur les campus américains, canadiens et français, ces dernières semaines. La révolte contre le sort tragique infligé aux habitants de Gaza est née à l’Université Columbia à New York. D’autres établissements universitaires ont suivi, de la Californie au nord-ouest des États-Unis, en passant par le centre et le sud. Puis, le mouvement s'est étendu dans les principales villes du Canada.

Cela ne se passe pas sans répressions des forces de l’ordre. Une centaine de manifestants pro palestiniens ont été brièvement interpellés par des policiers anti émeutes dans la Northeastern University à Boston. Ceux qui montraient leur carte d’étudiant ont été libérés, d’autres, probablement venus de l’extérieur ont été maintenus en détention. Il semble que des slogans antisémites aient été proférés mais pas par des étudiants de l’université. Il s’agirait d’une provocation de la part de jeunes pro-israéliens. En l’absence de sources vérifiables, nous nous référons à l’article du journal suisse Le Temps qui passe en revue les diverses mobilisations d’étudiants et les actions policières et d’intimidations de diverses autorités étasuniennes envers des professeurs et des étudiants défenseurs de la liberté d’expression et des droits du peuple palestinien. (1)

Indignation sur les campus, comme en 1968

La jeunesse étudiante américaine nous fait revivre les grands moments de la contestation contre l’absurde et meurtrière guerre du Vietnam, une guerre « contre le communisme », aux relents colonialistes et racistes, avec des crimes de guerre atroces et inacceptables – jamais condamnés - commis par les forces armées américaines contre des villages complètement anéantis, des femmes et des enfants aspergés de napalm… Ce qui se passe à Gaza, à savoir un génocide implacablement perpétré par les forces armées israéliennes, suscite une indignation très forte, même si, dans ce cas-ci, ces étudiants américains ne sont pas destinés à devenir des soldats complices de crimes de guerre.

« Le mouvement de solidarité avec Gaza a pris une tournure politique à sept mois de l’élection présidentielle américaine, entre allégations d’antisionisme et d’antisémitisme et défense de la liberté d’expression, un droit constitutionnel aux États-Unis. », explique Le Temps. « Le pays compte le plus grand nombre de juifs au monde derrière Israël (quelque six millions) et aussi des millions d’Américains arabo-musulmans. ». La politique du président Biden est donc fortement contestée par ces milliers de jeunes, plutôt tendance parti démocrate, comme lui.

Cette indignation se retrouve dans les manifestations et occupations de campus de jeunes européens et notamment à Science-Po dans plusieurs villes françaises. Médiapart a réalisé un reportage sur divers de ces campus et interrogé les étudiants et professeurs participants aux mobilisations pro-palestiniennes. Ils dénoncent l’apathie de leurs institutions face aux centaines de personnes tuées chaque jour à Gaza. C’est l’injustice qui les fait bouger. Pour eux, pas question d’antisémitisme, jamais ils ne s’attaquent aux juifs en tant que juifs mais à la politique israélienne contre les Palestiniens. Ils soulignent le « deux poids deux mesures » à propos de la réaction occidentale face à la Russie et face à Israël. Pour eux, l’objectif est de faire pression sur Israël en participant à son isolement international.

Non à « la paix par la force »

Le contraste est frappant entre leurs paroles et déclarations et ce qu’en fait la presse « mainstream » française qui ne rapporte pas les motivations réelles de ces étudiants mais se complaît dans les justifications de répressions exercées par divers pouvoirs publics (voir notre articlehttps://www.entreleslignes.be/humeurs/apologie-du-terrorisme-crie-le-perroquet/).

Ces étudiants analysent l’actualité géopolitique à la lumière des droits humains, des Conventions de Genève, du droit de la guerre, de leur droit à une vie en paix dans un monde apaisé et qui soigne la survie de l’espèce humaine.Tout le contraire des tonitruantes déclarations américaines, françaises et d’autre leaders de pays européens qui ne jurent que par « la paix par la force » en menaçant la Russie d’une intervention armée en Ukraine. Tout cela repris par les médias de masse qui renforcent ces slogans guerriers dans la tête des lecteurs, auditeurs et téléspectateurs, censés approuver leurs dirigeants pour le plus grand profit des marchands d’armes.

Ces milliers de jeunes résistent, contestent, argumentent, occupent des locaux, des campus, interpellent leurs concitoyens. Ils portent l’espoir d’un monde de paix, celui de notre avenir.

Résister aujourd’hui ?

C’est donc par l’enseignement, par la culture que nous pouvons contrer les propagandes mortifères dont nous sommes abreuvés de force par trop de leaders politiques et par trop de médias ayant oublié leur sens critique et la défense des droits humains. Le Centre d’Action Laïque et le Musée des Résistances (4) viennent de publier un bel outil de vigilance démocratique : un dossier pédagogique « Résister aujourd’hui ? » publié dans le cadre de l’excellente campagne d’éducation permanente du CAL « Les extrémismes, notre prison ».

Pour contrer la montée des populismes d’extrême-droite en Europe et dans le monde, il nous faut réapprendre à analyser les mots antisémitisme, censure, dictature, fanatisme, fascisme, racisme, sexisme, homophobie, xénophobie, dogmatisme, fake news… Et ainsi, comprendre les événements, décoder les discours des dominants de ce monde, entrer en résistance quand les rouages de la concertation démocratique sont grippés. « Résister, c’est refuser une situation insupportable et s’y opposer activement : agir par l’écrit, la parole ou l’action pour s’opposer à un pouvoir ou une contrainte. Réagir contre l’injustice ou l’oppression. » (…) L’objectif de cette résistance est de défendre ou rétablir la démocratie, les droits humains et les libertés civiles. On peut également résister à une injustice sociale : inégalités entre citoyens, discriminations raciales, de genre, de sexe, de langue, de (non-) croyance, d’origine ou de culture, ou à tout autre type d’injustice. »

Les droits humains, c’est plus qu’une déclaration, c’est un programme d’actions, expliquait Stéphane Hessel qui a si bien contribué à l’indignation, ferment de l’esprit de résistance des jeunes, il y a de cela 13 ans lors de la publication de son essai « Indignez-vous ! ».

Quant à Lucie Aubrac, grande résistante communiste française lors de la dernière guerre, elle affirmait : « Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent. » Effectivement !

(1) https://www.letemps.ch/monde/ameriques/samedi-agite-sur-les-campus-americains-avec-pres-de-200-arrestations-de-militants-pro-palestiniens

https://www.rfi.fr/fr/am%C3%A9riques/20240504-le-mouvement-%C3%A9tudiant-contre-la-guerre-%C3%A0-gaza-se-prolonge-aux-%C3%A9tats-unis-et-s-%C3%A9tend-au-canada

(2) https://www.nationalgeographic.fr/histoire/2018/03/cinq-mouvements-menes-par-des-jeunes-qui-ont-change-le-monde

(3) https://www.mediapart.fr/journal/france/020524/sciences-po-bordeaux-montre-que-la-jeunesse-dans-toute-sa-diversite-se-mobilise-pour-la-palestine

(4) https://www.laicite.be/dossier-pedagogique/resister-aujourdhui/

Le Musée des Résistances

Fermé pour rénovation, le musée rouvrira ses portes en 2025 avec un programme modernisé et enrichi. Il comprendra, outre le parcours dédié à la Résistance historique, une salle consacrée aux résistances contemporaines ainsi qu’un espace d’exposition temporaire et une salle de conférences & projections. Le musée proposera une offre pédagogique adaptée en direction des élèves et des étudiants, ainsi qu’une série d’outils ludiques et interactifs propres à éveiller à la thématique de la résistance. Il développera également une programmation culturelle et scientifique plurielle.

Durant sa fermeture, le musée demeure actif dans des locaux provisoires situés au COOP, quai Fernand Demets 23 (Anderlecht). Il organise des évènements ponctuels : visites guidées, projections, conférences, expositions en coproduction et participe aux Nocturnes de Brussels museums.

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