semaine 28

Vacances de pâtes

Pasta par Michel Noirret, le 27 avril 2020

© Wich

Il y a peu, c’était les fêtes de Pâques pour les chrétiens, de pâtes pour les pastafariens.

Pour ces derniers, la vie, quoique confinée, continuait sans trop de souci, du moment que le stock de nouilles, dans les garde-manger, avait toujours le sourire.

Les pastafariens ne se nourrissent pas de PQ comme, semble-t-il, nombre de leurs contemporains. Un trait du comportement de ceux-ci corrobore cette nouvelle mode gastronomique, dans la mesure où à peine un tout petit orifice de confinement venait-il de s’ouvrir, qu’il se formât des files de bagnoles devant les distributeurs de Mac Do, ou de Quick, j’ai pas la mémoire des marchands de merde. Cette ruée, et celle qui le précédait — le pillage des rayons PQ au début du confinement — une fois bien analysée par de pointus spécialistes, devraient permettre une avancée majeure dans le domaine du confort humain et de la consommation qui en découle, fondement de notre économie qu’il faut d’urgence relancer. Lequel bien-être consiste, pour mémoire, à ne plus fournir le moindre effort qui pourrait nous contrarier.

Je suggère de réunir en une assemblée internationale les marchands de PQ et ceux de la bouffe de merde pour mettre au point un hamburger contenant le PQ qui éliminerait la corvée de se torcher après évacuation. Ça serait-y pas un progrès immense vers l’émancipation de contraintes déplaisantes ? Une manière de gagner un temps précieux, plus utilement passé à visiter l’immense catalogue d’Amazon, rêve éveillé de tous nos désirs ?

De la sorte pourrions-nous déféquer mieux en consommant plus.

Georges-Louis Bouchez-Double serait très intéressé par cette mesure qui donnerait au libéralisme toute sa dimension humaine et intellectuelle, le Libéralisme en a grandement besoin. Mais ce ne sont que des rumeurs.

Pour ce qui est des chrétiens, ils n’ont guère renouvelé le discours pascal.

Mais comme la transcendance touche cette fois à l’actualité, je ne peux m’empêcher, pour votre édification, de vous faire part de mes lectures. Enfin, un petit peu seulement, sinon c’est trop dur pour des personnes peu disposées à des exercices spirituels.

Ainsi s’épanche le philosophe des religions et chrétien Denis Moreau, devinez où ? Oui ! Dans la Libre Belgique, mon missel préféré. (N’allez toutefois pas croire que cette honorable feuille ne s’occupe que des affaires de sacristie.) 

Après les banalités de base sur la mort du petit Jésus commanditée par son père (ce qui aujourd’hui lui vaudrait une condamnation pour complicité d’assassinat, car il y avait incontestablement préméditation), il oublie, comme la plupart de ses coreligionnaires, une question d’importance : Dieu ayant créé l’humain à partir de rien ou quasiment (c’est raconté en long en large et en travers dans les Saintes Ecritures), nous sommes tous, ipso facto, ses enfants, en tout cas d’après les mêmes Ecritures, toujours d’application. Dès lors on ne voit guère pourquoi il lui fallait un fils, il en avait déjà plein à sa disposition. A moins d’un élan de favoritisme assez méprisant pour ses autres enfants.

Ils l’ont échappé belle, finalement !

Trêve de considérations mécréantes. D’après notre philosophe des religions, à la question « Pourquoi les catholiques prient-ils » le prêtre bruxellois Benoît de Baenst, un saint homme, disait « Dieu ne veut ni ne fait le mal, même pour obtenir le bien ». Dieu, en somme, comme on dit, n’est ni pour ni contre, bien au contraire. Tout de même, faire assassiner son fils... ni bien, ni mal… mais il paraît que finalement il en a fait un bien. On dirait du Trump.

Mais le plus renversant reste à venir : « Dans le catholicisme, la prière prend plusieurs formes, et une des plus importantes est la prière de demande. C’est une prière à laquelle Jésus invite dans les évangiles (…) et à laquelle il peut répondre de deux manières : directement comme dans le cas de miracles, mais c’est rare, ou indirectement. Si je demande à Dieu d’arrêter l’épidémie, sa manière habituelle de répondre sera d’agir à travers des gestes posés par les médecins... »

J’arrête là. Si je vous balance la suite vous allez penser que c’est de l’acharnement de laïcard. Néanmoins, médecins formés à l’Université des mal pensants je vous interpelle : si vous guérissez des malades, c’est parce que Dieu vous a fait faire de bonnes études, que vous le vouliez ou non. Vous avez l’air malins maintenant avec votre « A bas la calotte ! »

 

Je ne saurais terminer sans une information piquante, piquée toujours dans La Libre, rubrique économie :

« AB Inbev (un des plus gros fabricants et distributeur de bières) va produire du désinfectant ». Ca n’a l’air de rien, mais putain ! ça, c'est du marketing! : après avoir produit la Corona, AB Inbev va produire l’antidote !

Hips !

Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux.

Ramen.

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