semaine 15

L'eusses-tu-cru?

Pasta par Michel Noirret, le 04 février 2020

© Wich

Nous avons en Belgique un poète NATIONAL. 

C'est pas le type dessiné ci-dessus par Wich qui aime bien se payer ma tête ! Tssss! c'est Carl Norac, un Montois.

Il y a toujours eu toutes sortes de poètes : des poètes voyous, genre Villon, des poètes alcoolos, genre Verlaine ou son camarade de lit, Rimbaud, trafiquant d’un peu de tout, des poètes guerriers, Déroulède, des anarchopoètes comme Prévert, des poètes communistes, Aragon et j’en passe (sauf Serge Noël, poète Entre-les-Lignes), car je suis loin de connaître tous les pouètes-pouètes de tous les pays. Il y en a partout dans ce vaste monde. Mais ils ne sont pas contagieux. En général, on parle d’eux quand ils sont morts. Quelque fois juste avant, quand on les met en prison, au goulag ou, comme au Chili, qu’on leur coupe les mains s’ils ont le malheur de poétiser en s’accompagnant à la guitare. Et qu’ils en jouent bien. Ce qui est plutôt rare, reconnaissons-le.

Mais un Poète NATIONAL !

D'abord, grosse déception. Je pensais qu'il n'y avait qu'en Belgique qu'on pouvait avoir une idée pareille. (Je devrais sortir plus!) Eh bien, même si ce n'est pas très répandu, il n'y a pas que le pays surréaliste dans lequel nous vivons surréalistement, quoique pour certains la réalité dépasse l'affliction, qui complète la verroterie nationale par un poète.

Ah les salauds ! me suis-je écrié ensuite dans ma Ford intérieure, comme disait Bérurier, ils veulent tailler des croupières à Achille Chavée qui se proclamait lui-même, comme chacun sait,le plus grand poète de la rue Ferrer, à La Louvière.

Force est de reconnaître qu’il l’est resté et que personne ne le détrônera. Du solide, quoi.

Alors que le Poète National, ai-je appris, est tenu de disparaître tous les deux ans, aussitôt remplacé par un autre kamikaze de la poésie. Telle est la loi d’airain du patriotisme, diront les poètes graves. La Belgique sait cultiver les vraies valeurs, ajouteront-ils. Mais les vraies valeurs sont tellement nombreuses qu’elles finissent par se contredire méchamment. La gravitude, que pourrait chèrir Ségolène Royal, est plus le signe d’un manque de discernement que de sérieux.

Perso, j’aime qu’on s’autoattribue des titres ronflants. Personne ne vous croit, mieux : ça fait rire. Signe de bon sens. Moi qui vous parle, je ne suis pas moins que Grand Nouilleux de Belgique. Personne ne le conteste. Et tout le monde fait semblant de ne pas rire. C’est pas une preuve de sérieux ça ?

Par contre, quand on se met à plusieurs pour décerner des distinctions, le public est censé croire aux titres et aux ronds de jambe qui vont avec. Et là, les mauvais esprits, notamment pastafariens, rigolent derrière leur main.

« Poète National. Pfffuuiii ! Pourrait s’appeler au moins Sérénissime Grand Poète National, c’t’oiseau-là ! »

Evidemment, chacun, même pas poète, se demande : Comment devient-on Poète National ? Comment faire de la poésie qui transcende toute une nation ?

Eh bien, les sources sur la procédure de désignation sont quasi inexistantes, en tout cas, manquent sérieusement de transparence. Pour un sujet concernant la nation toute entière, un peu plus de clarté conviendrait mieux ; or le citoyen semble délibérément tenu hors de l’affaire, conduite par quelques associations autoprocalmées de poètes ou d'officionados. Un complotiste crierait à la magouille.

À y regarder plus attentivement, ce n’est peut-être pas si grave. En effet, la Belgique étant divisée en quatre tribus linguistiques, les néerlandophones, les francophones, les germanophones et les charabiaphones, ces derniers indifféremment infiltrés dans toutes les tribus, le Poète National, qui doit poétiser en flamand, en français, en allemand ou en charabia pendant deux ans, ne représente donc, au mieux qu’un quart de la nation.Calcul très approximatif car pour ajouter le trouble à la confusion certains locuteurs belges vont jusqu’à parler la langue de l’autre. C'est pas simple.

Devrait-on nommer notre barde patriotique « Quart de Poète National » ?

Tant qu’à rire…

Cela dit, la charge est-elle lourde, à la hauteur de la dignité ?

Heureusement non. Le lauréat n’est censé produire que douze poèmes en deux ans, la pression est supportable.

Félicitons tout de même les poètes d’avoir obtenu, à travers ce titre, une sorte de reconnaissance de leur métier, qui, dès lors, cessera de faire ricaner chez le boulanger, ou à la friterie, mais déplorons qu’il n’existe pas de Journaliste National, de Plombier ou de Menuisier National, etc.

La Justice n’est pas encore de ce monde.

Il reste tout de même une question. Comment devient-on candidat à ce poste honorifique, comment est-il choisi? mais surtout comment se fait-il qu’on accepte ? Car enfin, il faut des nerfs plutôt solides pour supporter un tel manque de distance par rapport à soi.

Peut-être certains ont-ils refusé. Mais, comme le disait Eric Satie à propos d’Anatole France qui n’avait pas voulu de la Légion d’honneur : "C’est pas le tout de refuser la Légion d’honneur, encore faut-il n’avoir rien fait pour la mériter ».

C’était un poète.

Que le Monstre en Spaghetti Volant vous touche de son appendice nouilleux

Ramen.

 

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Commentaires

Portrait de etienne.favart@gmail.com
J'aime l'exercice journalistique ! En aimant Eric Satie … Et Chavée, de ma chère "vile" et ville d'origine. E. Toujours un Peau-Rouge !

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