semaine 49

Réfugiées parce que journalistes et femmes

Par Théophraste ! par G. Lefèvre, le 18 décembre 2021

Quelques-unes des journalistes réfugiés en Belgique, lors de la rencontre avec la ministre Bénédicte Linard et la secrétaire d’Etat Sarah Schlitz, par l’ASBL En-Gaje à Bruxelles, ce 17/12/2021. Photo © Gabrielle Lefèvre

« J’animais un talk-show sur la télévision palestinienne à Gaza, j’y traitais des affaires de femmes. Vous savez, à gaza les femmes écrivent leur propre histoire avec leur sang ! », s’exclame Omeyma Khair Masoud, exilée en Belgique après avoir été menacée par le Hamas qui n’appréciait pas cette indépendance de pensée et d’action d’une femme journaliste. Elle ne voulait pas être réduite à un rôle de propagande du pouvoir en place. Elle a vécu les bombardements criminels et meurtriers par l’armée israélienne, les privations, les pressions des hommes pour qu’elle réintègre un rôle de femme réduit aux tâches domestiques.  A présent, réfugiée en Belgique, à l’âge de 50 ans elle a trouvé non seulement la sécurité mais aussi le bonheur puisqu’elle s’est mariée chez nous.

Omeyma était la première à s’exprimer devant Bénédicte Linard, ministre de l’Enfance, de la Santé, de la Culture, des Médias et des Droits des femmes pour la FWB, ainsi que devant Sarah Schlitz, secrétaire d’Etat à l’Egalité des chances et à la diversité au sein du gouvernement fédéral. Deux femmes aux compétences en phase avec l’initiative lancée par l’ASBL En-Gaje (Exiled Journalist’s Support Association » (Ensemble – Groupe d’aide aux journalistes exilés). Une initiative soutenue activement par la FIJ (Fédération Internationale des Journalistes) car cette action de solidarité entre journalistes vise aussi à soutenir la liberté d’expression et de la presse dans les pays où elle est bafouée. Les femmes journalistes sont victimes à double titre : comme journalistes et comme femmes.

Ainsi, Fatimetou Som Deyna, journaliste à la TV mauritanienne, femme indépendante, qui ne dépend pas d’un mari, a été arrêtée par la police de son pays car elle avait rencontré des leaders anti-esclavagistes. Elle dénonçait aussi les mariages forcés, l’excision encore pratiquée dans ce pays très discret sur la scène internationale mais où les droits des femmes sont constamment attaqués, surtout dans les classes pauvres de la société. Les rapports d’Amnesty international, un des soutiens à En-Gaje, sont éclairants.

Par contre, l’actualité donne un éclairage plus fort encore au témoignage de Lailuma Sadid, journaliste et universitaire afghane. « Nous tuons les talibans avec notre plume », s’exclame celle qui avait refusé de porter la burqa, qui avait créé des cours séparés pour les filles – « je ne veux pas qu’elles restent dans l’obscurité ! ». Elle nous explique qu’il est impossible de pratiquer le métier de journaliste en Afghanistan, et donc, aucune nouvelle ne provient des provinces entièrement sous la coupe des Talibans. Les femmes qui se rebellent se retrouvent en prison. Mais, malgré tout, « les femmes changent beaucoup même si les Talibans ne changent pas. Nous avons organisé un groupe Facebook, nous organisons des manifestations. Nous ne restons pas silencieuses. Cela va changer. Par l’éducation nous serons libres ! »

C’est le triste sort des femmes journalistes burundaises qui a clôturé cette série de témoignages. Celui de Madeleine, qui animait des émissions consacrées à l’éducation à la radio-télévision burundaise. Elle a expliqué le malheur des enfants privés d’études parce que pauvres, la répression des journalistes et des opposants au régime, les disparitions de nombre d’entre eux ce qui a provoqué la fuite des autres. « Heureusement, je suis encore en vie », dit Madeleine qui espère trouver un job dans un média belge.

Quant à Joséphine, elle a reçu tant de menaces de viol, de répression par le service de renseignement burundais, après s’être exprimée sur les réseaux sociaux contre la prolongation abusive du mandat présidentiel, qu’elle s’est enfuie par le Rwanda, le Bénin, la Côte d’Ivoire. Elle a tenté de pratiquer son métier dans l’un ou l’autre pays, puis, aidée par le Rotary, elle a pu gagner l’Allemagne et ensuite la Belgique où elle a découvert les affres de la demande d’asile politique, du refus de l’administration. Elle a vécu cachée jusqu’à la fin de la procédure Dublin et l’obtention, enfin, de ses papiers belges, trois ans après sa fuite du Burundi.

« L’intégration ici n’est pas facile. J’ai l’impression de n’être rien, sans famille, dans la difficulté de trouver du travail. Mais cela va mieux ; j’ai à présent un CDI et j’ai repris des études en économie politique, j’étudie les questions de paix et de sécurité et je suis toujours activiste sur Twitter. »

Ces témoignages de réfugiées nous rappellent à quel point il faut défendre la liberté d’expression et les droits des femmes, souligne la ministre Bénédicte Linard. Elle souligne à quel point les attaques se multiplient chez nous contre le journalisme de qualité, pourtant en expansion, mais victime de propagande mensongère, principalement sur les réseaux sociaux, souvent organisée par des mouvements populistes. Pour contrer cela, il nous faut stimuler une éducation aux médias, pour tous les âges. Elle souligne que la FWB a accru ses aides à la formation des journalistes, à l’enquête et au reportage, et au développement du Conseil de déontologie journalistique.

Ces témoignages de femmes journalistes exilées chez nous ont été recueillis par de jeunes étudiantes en journalisme de l’ULB, sous l’impulsion de leur professeure Florence Le Cam qui est aussi membre du CA de En-Gaje. Elles nous démontrent ainsi que la confraternité entre journalistes n’est pas un vain mot. Cette notion fait partie de notre déontologie mais elle a été éclipsée par un système de concurrence entre médias et par les répressions multiples contre les droits humains dans trop de parties du monde.

La confraternité, la solidarité sont les meilleures défenses contre les atteintes aux droits humains.  

https://www.engaje.be/

 

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