semaine 48

P comme Nobel de la Paix

Par Théophraste ! par G. Lefèvre, le 09 octobre 2021

C'est la première fois que le Prix Nobel de la Paix est décerné à des journalistes.

Les organisations internationales de journalistes se mobilisent pour défendre les droits des journalistes dans le monde entier. dessin de Anne-Catherine Van Santen, publié dans l'agenda de l'AJP en 2008.

En ces jours fastes où le journalisme acquiert, enfin, une palme, à savoir le Prix Nobel de la Paix, saluons une fois de plus des centaines de courageux, de téméraires mêmes, qui ont payé de leur vie le souci de vous informer. La Fédération Internationale des Journalistes a recensé 2658 journalistes assassinés depuis 1990, dont 65 en 2020, 235 sont actuellement en prison. Pas pour créer des scandales. Pas pour se faire valoir. Pas par curiosité malsaine. Pas parce qu’ils sont payés pour – d’ailleurs les journalistes sont rarement bien payés. Mais parce qu’ils veulent contribuer à votre droit d’être informés, à votre liberté de citoyens conscients de leur rôle grandissant dans une démocratie qu’ils veulent plus participative.

Saluons donc des survivants de ce combat pour la démocratie : la formidable Maria Ressa qui dénonce sans cesse les turpitudes de Rodrigo Duterte, ce président populiste autoritaire qui clame son dédain des droits humains aux Philippines ; pour cela, elle a fondé avec d’autres courageux la plateforme numérique d’investigation Rappler. Ce qui lui valut l’un ou l’autre séjour en prison et des menaces constantes.

Saluons aussi Dmitry Mouratov, cofondateur de « Novaïa Gazeta », qui, depuis 1993, honore la liberté de la presse en Russie, au prix de la mort de six journalistes. Parmi ceux-ci, la lumineuse Anna Politkovskaïa assassinée il y a quinze ans sans que les commanditaires de ce crime soient punis. Et la rédaction continue son travail. Courageusement. Contre les menaces, les intimidations, elle dénonce « la corruption, les violences policières, les arrestations illégales, la fraude électorale et les fermes de trolls », souligne le Comité Nobel.

P comme Pandora Papers

Au même moment, le monde est secoué par les révélations précises, documentées, prouvées, démontrées publiées par l’International Consortium of Investigative journalists, ces investigateurs qui ont ouvert la boîte de Pandore des secrets de la finance offshore.

Parmi ces journalistes, ceux du Soir, qui interrogent notre ministre belge des Finances sur ces révélations qui interpellent en cette période de crise économique et de paupérisation croissante de la population pendant que des très riches évitent par tous les moyens de participer à la solidarité générale. On est abasourdis de constater le ton soft d’un ministre qui n’a pas l’air de trouver cela tellement grave, démontrant une pitoyable impuissance alors que cela fait de années et nombre de révélations du même genre que l’on attend un renforcement de nos services fiscaux et des moyens donnés aux magistrats spécialisés dans ces affaires financières.

Et l’on se plaint de n’avoir pas assez d’argent pour boucler notre budget, pour aider les sinistrés des inondations de l’été, les victimes économiques et sociales de la pandémie, les laissés pour compte des guerres absurdes menées un peu partout dans le monde. On chipote pour accepter quelques malheureux sans papiers mais on dépense des milliards pour des avions militaires US extrêmement critiqués au point de vue techniques et inacceptables parce qu’ils importent la guerre nucléaire chez nous.

Le Prix Nobel de la Paix nous rappelle que le journalisme est un facteur de paix dans le monde.

Et la philosophe Hannah Arendt nous explique que « La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat. »

Ceci était donc une chronique pas neutre, pas du factuel soi-disant objectif, mais une des formes du journalisme, destinée à vous aider à participer au grand concert de la liberté d’expression, dans lequel la liberté de la presse est fondamentale.

 

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