semaine 49

Sentinelles vertes

Pérégrinations par Lucie Van de Walle, le 03 février 2022

Primary forest 18, roots, Malaysia 2012 © Olaf Otto Becker.

Créé et organisé par Hangar, le PhotoBrussels Festival se déploie dans une quarantaine de galeries bruxelloises. Carte à la main, un public de curieux ou de passionnés pourra se balader au gré d’un « Festival Tour », soit autant d’étapes « découvertes » de cette 6e édition dans la diversité.

Toutefois, l’exposition phare de cette édition a bien lieu au Hangar dont les spacieux et lumineux espaces se prêtent à la mise en valeur de tous les formats et supports de photos. 

Titre de l’exposition, « In the shadow of Trees - Dans l’ombre des arbres », indique manifestement que l’arbre est le thème décliné par la vingtaine de photographes invités. Les uns se sont avec bonheur focalisés sur l’aspect purement esthétique, d’autres insistent sur le côté politique quant à, par exemple,  l’exploitation et la destruction des forêts et leur impact désastreux sur la planète et ses habitants.  

Deux artistes se sont penchés sur les arbres en ville. Avec « Street of Broken Hearts », série sur papier coréen qui semble être de la soie, Kim Jungman ramène de l’intérêt pour une ruelle de Séoul où survivent des arbres complètement oubliés et négligés. De son côté et également urbain et en grand format, Mitch Epstein, a choisi trois arbres enracinés dans des parcs de New York. 

Les arbres, dont l’impressionnante longévité dépasse largement celle de plusieurs générations d’humains, laissent des spécimens fabuleux, tel cet imposant épicéa suédois appelé Old Tjikko proposé par Nicolai Howalt dont la datation montre des racines âgées de 9.550 ans. Parmi d’autres très vieux arbres, on trouve la suite« Ancient Trees » signée Beth Moon et qui a vraiment ma faveur. Cette photographe a parcouru le monde à la recherche des arbres les plus anciens, tel le très connu séquoia Général Sherman (Sequoia NP), les fameux chênes de Avenue Oaks en Louisiane ou bien les baobabs de Madagascar, autant de sentinelles de l’histoire géologique. Les spécialistes seront éventuellement intéressés  d’apprendre que Beth Moon a utilisé le procédé de tirage le plus lent, à savoir platine-palladium. 

Dans une approche qui est plutôt celle du reportage photographique, Pascal Maitre est aussi revenu de Madagascar, mais pour nous montrer un usage particulier : des baobabs devenus citernes dans une zone géographique d’une grande sécheresse. Ainsi, les habitants creusent-ils les baobabs - un seul baobab par famille - pour leur confier l’eau qu’ils peuvent récolter dans les alentours après les rares pluies. 

Les artistes et/ou reporters-photographes - on n’est pas forcément l’un ou l’autre - n’ont pas pu oublier le drame de la forêt amazonienne ni les incendies - certains sont bénéfiques dit-on - de grands espaces. Il y a les forêts « ordinaires », par exemple une impressionnante, mystérieuse, étrange forêt primaire de Pologne présentée en une composition vidéo par  Broersen&Lukacs.

Et puis enfin, à la suite d’un héritage, des images de l’heureux nouveau propriétaire découvrant « sa » forêt, ce qui n’arrive pas à beaucoup de monde. 

Toutes ces approches sont réellement intéressantes, pertinentes, et - le plus souvent fort réussies. Reste que la vedette de cette riche initiative reste l’arbre; les arbres, les étendues d’arbres, la nature, leur beauté, leur histoire, leur présence parmi les hommes. Ceux-ci, parfois admiratifs, souvent distraits de l’essentiel par la vitesse du monde actuel, peuvent aussi se métamorphoser en créatures destructrices de ceux qui, en bonne partie, permettent la vie sur terre. 

In the shadow of Trees. Hangar, place du Châtelain, 18, 1050 Bruxelles. Jusqu’au 26 mars 2022.

Informations : www.hangar.art

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