semaine 38

Paul Dumont - Monotype

Les yeux ouverts par Boris Almayer, le 28 janvier 2023

Monotype de Paul Dumont Photo © Marc Lerchs

Active depuis dix ans, la galerie 89B montre l’art vivant d’artistes belges qui comptent par l’originalité et la force de leur production plastique.

C’est le graveur Paul Dumont, professeur durant plus de trente ans à l’Ecole des Arts de Braine-l’Alleud qui a investi les cimaises.
L’étrange univers de ces monotypes trouve une alcôve accueillante dans cette maison particulière, qui offre l’intimité nécessaire à ce rassemblement d’œuvres.
Réalisés depuis quelques années, les paysages grandioses de cet artiste discret montrent avec une inventivité puissante les aspects les plus étonnants d’une technique originale du domaine de la gravure. Á la fois savante et empirique, la spécificité du monotype annihile d’emblée toute idée de multiple. Ce qui rend chaque impression plus précieuse et engendre également un gain de picturalité, par le fait de son encrage unique.
Ces monotypes ont évolué de nuits d’encre en blancs de neige, jusqu’aux deux compositions plus récentes, vert émeraude, denses et charpentées, où des formes nerveuses y dansent d’une vivacité nouvelle.

Un univers étrange ? Pas véritablement.
Il s’agit plutôt d’archétypes de notre imaginaire trop humain. Images enfouies, ressurgissant en pleine lumière et en pleine conscience. Hors du temps, elles semblent souvent précéder ou suivre la présence de toute vie.
Avant ou après la vie, et pourtant résonnantes en nos yeux émus, happés par ces mystères. Ceux des grands récits d’aventure de l’âge d’or de la littérature, dans lesquels tout était initiation et exploration sans fin.

Happés par un mystère silencieux

Les compositions de Paul Dumont possèdent toujours en elles des moments de réalisme. Sorte de réalisme photographique créant des jeux de lumière, d’espace, de proches et de lointains, donnant à croire en des paysages connus du grand Nord ou d’Oceano Nox. Imaginons un instant avec Marguerite Yourcenar ce temps où l’homme n’est pas encore, ce temps qui, précédant la vie même, cherche à structurer des territoires et à façonner leurs devenirs. (cf. les premières pages d’ Archives du nord).
L’encre, le geste et la presse, mais aussi le désir du vaste Monde. Nous entendant parler de réalisme, Paul Dumont corrige et propose plutôt le terme d’illusionnisme. Glissements de l’encre accompagnant les glissements de la pensée.
Mais ces monotypes ont parfois l’allure de fusains, suggérant encore quelques visions anciennes à la surface desquelles bruisse toujours le souffle du temps. Il y a là le vent des steppes, le poudroiement de particules en mouvement et des températures insensées, qui font se fracasser les parois de glaciers millénaires. Sous le permafrost, attendent leur réveil depuis des millions d’années des virus inconnus. Courent ici des forces à jamais vitales, et l’on se prend à croire que la seule contemporanéité de l’œuvre d’art est celle de notre propre regard.
Paul Dumont réalise des images en forme de pensée radieuse et de mémoire flottante.
De quoi s’agit-il enfin ? D’encres choisies, de pages blanches pleines de leur vide, de la force sage d’une machine qui presse et puis alors, de cet infime espace, entre l’encre et le papier, celui que notre imaginaire va combler.

Boris Almayer


Les monotypes de Paul Dumont sont visibles jusqu’au dimanche 5 février au 89B Dachelenbergstraat à Beersel.

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