semaine 39

Malaurie. L’appel de Thulé

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 11 avril 2020

Une magnifique exploration en Arctique chez les derniers rois de Thulé.

Jean Malaurie, 98 ans, ethno-historien, géographe spécialisé en géomorphologie, écrivain français et grand explorateur est l’auteur d’un livre extraordinaire : « Les Derniers Rois de Thulé ». Il a été publié en 1955 dans une collection qu’il a créée : « Terre Humaine », devenue mythique dans le monde puisqu’elle regroupe des grands classiques de l'anthropologie et de l'ethnologie.  Il y raconte sa mission dans le nord-ouest du Groenland entre l’été 1950 et l’été 1951, au cœur du territoire des derniers Esquimaux polaires. Le récit de cette aventure scientifique et humaine est devenu une référence mondiale dans le domaine de la vulgarisation ethnographique.

Cette exploration est revenue dans l’actualité grâce à une adaptation en bande dessinée scénarisée par Makyo (Balade au bout du monde, Grimion gant de cuir, le Cœur en Islande, Jérôme K. Jérôme Bloche, etc.) et dessinée par Frederik Bihel (auteur aussi du magnifique « Africa Dreams » avec Maryse et Jean-François Charles au scénario).

L’actualité est aussi la convoitise accrue des grandes puissances et des grandes firmes multinationales pour les richesses de l’Arctique, de plus en plus accessibles au fur et à mesure que se produit le réchauffement climatique et la destruction de la banquise. Corollaire de cela : la disparition progressive de la culture traditionnelle du peuple Inuit condamné à la pauvreté

Car Jean Malaurie continue à défendre les droits des minorités arctiques, menacées par la mise en valeur industrielle et pétrolière du Grand Nord. Pour lui, la mondialisation, suivie de l'unification des cultures, est un malheur : « Je ne cesserai de plaider contre la mondialisation. Le pluralisme culturel est la condition du progrès de l'humanité. », explique-t-il dans un documentaire de Michel Viotte sur Arte en 2009.

La bande dessinée nous plonge dans cette atmosphère étrange et dure et les températures extrêmes de l’Arctique. Avec ce jeune explorateur de 28 ans, nous découvrons le mode de vie des esquimaux, leur culture, leur spiritualité fascinante. Et aussi le compagnonnage avec les chiens de traîneaux à qui tant d’explorateurs doivent la vie ! On le voit effectuer des relevés géomorphologiques dans le nord-ouest du Groenland, préparer un hivernage et un raid audacieux, profitant de la dernière banquise praticable du printemps, pour gagner en traîneau à chiens le nord du Groenland (Terre de Washington) et l’île d'Ellesmere. C’est dans le village de Siorapaluk où il hiverne avec les 34 habitants  qu’il apprend la langue du groupe, découvre sa culture : vêtements, nourriture, chauffage, techniques de chasse. Adopté par eux, il partage la vie de tous les jours, sans pour autant perdre son statut de « Quallunaat » (le Blanc, par opposition à l’Inut, l’homme esquimau). Il peut alors dresser l’arbre généalogique de la tribu des Inughuits, les Esquimaux Polaires, à l’époque forte de 302 membres, répartis sur un territoire très isolé et immense (300 km à vol d’oiseau du nord au sud), disséminés dans une dizaine de villages constitués d’iglous de terre et de tourbe. Avec Quaaqqutsiaq et Kutsikitsoq, les deux esquimaux choisis pour l’accompagner, et leurs femmes Natuk et Padloq, la mission scientifique parcourt 1.500 kms en traîneaux dans des conditions très dures de froid, de fatigue et, parfois, de découragement et d’anxiété.

C’est cela qui est admirablement dépeint par le dessinateur Bihel. (G.L.)

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