semaine 49

« J’appartiens à la rue »

L'as-tu lu,lulu? par Nous on l'a lu, le 03 septembre 2019

Pour secouer les consciences!

La rue, cette jungle et ce refuge à la fois, représente l’ultime destination pour des milliers de paumés de la vie, de perdants dans notre système économique et social de plus en plus inégalitaire, de migrants fuyant les guerres de toutes sortes : économiques, de pauvreté, de belligérants qui s’en prennent de plus en plus aux civils…

La rue, cet espace de rencontres, de convivialité, de partage de l’espace, cette démarcation entre le privé et le public, ce lien entre toutes les catégories de population, la rue devient un enfer lorsqu’on y sombre dans l’extrême pauvreté, dans le désarroi, dans l’alcoolisme et la drogue, dans la souffrance du rejet, dans le manque d’amour humain.

C’est tout cela que nous confie Denis Uvier, travailleur social dans les rues de Charleroi, depuis 1993, lorsque le prêtre ouvrier Paul Trigalet l’engagea à « Solidarités Nouvelles ».  Denis Uvier décrit l’enfer dans lequel il a été lui-même submergé pendant des années : désespoir, colère, alcool, drogue, débrouille pour la survie, petits métiers, amours brisés, des enfants dans ce tumulte et l’espoir qui revient, la main tendue par Paul Trigalet, l’action pour les autres.

Le témoignage est poignant. Ce sont ses mots à lui, sa « confession » qui ne demande pas de pardon mais un partage de savoirs. Car qui connaît vraiment les drames vécus par ces personnes paumées, englouties dans les problèmes et l’indifférence ou la peur de nos concitoyens ? Le travail, la plupart du temps admirable, des travailleurs sociaux ne suffit pas à endiguer la montée de la misère. Il faut y ajouter la solidarité de tous ces hommes et femmes de bonne volonté qui savent que nous sommes tous « frères humains ». Car, en filigrane de ce texte, se devine cette douloureuse supplique de François Villon dans « La ballade des pendus » vers 1450 : « Frères humains, qui après nous vivez, n’ayez contre nous le cœur endurci, car si pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous merci ».

C’est bien en « frères humains » que nous sommes interpellés par Denis Uvier et par notre confrère Marcel Leroy, porte-parole éloquent et sensible de ceux qui n’ont pas droit à la parole publique. Il a accompagné Denis Uvier dans la rédaction de ce livre, l’éclairant par un prologue, une interview, un épilogue et des balises qui situent l’ampleur du problème des sans-abris, des SDF, de l’action sociale et celle de nombreuses associations. Celles-ci démontrent que le combat contre les inégalités se poursuit plus que jamais, supplantant la charité d’antan, car il vise l’instauration de plus de justice sociale et de solidarité. (G.L.)

https://www.solidaritesnouvelles.org/

  • Denis Uvier, avec Marcel Leroy. « J’appartiens à la rue ». Editions du Basson. Septembre 2019. Charleroi. 170 p. 15€.
  • Ce livre sortira officiellement le 7 septembre à Charleroi lors d’une soirée conviviale pour découvrir 27 nouveautés de 9 maisons d’éditions : du local à l’universel, de l’inattendu, du surprenant, du touchant. A 18h30 au PBA (La Réserve). Entrée gratuite.

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Commentaires

Portrait de Semal jessika/ceulemans steve
Merci Denis pour toute ta débrouille et ton soutien, envers nous, les SDF, grand respect a toi ! Steve ceulemans et jessika semal.
Portrait de Francis GROFF
Je viens de terminer « J’appartiens à la rue » écrit en collaboration avec notre confrère Marcel Leroy qui, une fois de plus, a su faire preuve de talent et d'humanisme pour raconter l'histoire de Denis Uvier, un homme qu’en définitive je connaissais mal malgré quelques rencontres et/ou expériences professionnelles. Ce n’est plus le cas aujourd’hui grâce à ce duo de personnes et différentes et si complémentaires, l'homme de la rue et le conteur passionné. Au terme de cette plongée dans un univers démoralisant mais malheureusement bien réel, je pense que je regarderai désormais ces sdf ou assimilés avec d’autres yeux. Me concernant, c’est une petite victoire car il m’arrive de considérer ces personnes d’un œil trop froid. Je remercie également Marcel d'avoir pensé à compléter le récit de Denis Uvier avec deux dernières parties bien utiles pour éclairer et contextualiser le propos au-delà du récit. Une fois le bouquin refermé, il reste une question lancinante : le problème est-il résoluble (excusez le néologisme) et, si oui, par qui et comment ? J’aurai néanmoins appris avec bonheur que les efforts déployés inlassablement par des gens comme Denis Uvier ont généré des résultats concrets, en tout cas dans la région de Charleroi. Lisez, réfléchissez et propagez ce beau récit de vie... Francis GROFF

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