semaine 28

Réouverture des écoles en mai?

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 15 avril 2020

photo © Laurent Berger

Il faut mettre la société au service de l'école et non pas l 'école au service de la société. Je partage ce principe de Gaston Bachelard. Nous avons entendu le président français hier assurer la réouverture progressive des écoles le 11mai en se servant du prétexte de l'égalité et de la pédagogie. On peut s'interroger sur son honneteté. L'égalité est-elle vraiment une valeur partagée par un personnage qui affirmait cyniquement qu'il suffisait de traverser la rue pour trouver un travail? Est-ce pour des raisons pédagogiques que les enseignants et les élèves doivent risquer leur santé ou pour des motivations économiques? Ma pharmacienne me reçoit derrière une vitre, du gel désinfectant est mis à ma disposition pour me laver les mains. Tant que les vaccins et les traitements ne seront pas trouvés, nous savons que la distanciation sociale est la seule vraie possibilité de nous protéger. Nous pouvons bien sûr passer des heures à fabriquer des masques en tissu. Ma pharmacienne me propose des masques FPP2 à 8 euro pièce. Des enfants peuvent-ils tenir leur distance? Les éducateurs seront-ils assez nombreux pour surveiller les mômes dans les cours de récréation? Regardez le beau tableau de la photo de l'article! On ne sait pas garantir un équipement scolaire adéquat. Alors nous alllons attendre nos masques avec impatience! 

Il est curieux de constater, qu'avant la crise sanitaire, la pénurie des professeurs ne dérangeait pas grand monde. Nous aurions dû nous interroger profondément sur le sens de cette pénurie. Ce métier dévalorisé n'attire plus de grande vocation. 1700 euros est le salaire d'un professeur du secondaire supérieur en début de carrière, il finance lui-même son ordinateur, ses livres, il investit dans des tentures pour sa classe, il la repeint lui-même. Donc, s'il doit venir en classe en mai, il ne préparera pas de nouveaux cours, mais passera son temps à chercher des masques ou à en fabriquer. Il tentera de séparer des élèves qui ont l'habitude de se coller. Il aura à peine de la place pour passer entre les adolescents qui n'auront eu aucun soutien psychologique. 

Déjà, on entend les mauvaises langues prétendre que les enseignants veulent voir leurs vacances se prolonger, alors qu'avant le congé de printemps, ils étaient pour la plupart en contact avec leurs élèves virtuellement leur proposant des activités. Les gens méprisant les professeurs devraient accueillir des groupes de trente élèves dans les locaux exigus, devraient vérifier si le savon est disponible dans les classes. On envoie déjà l'armée dans les maisons de repos.

Ouvrir les écoles qui sont un lieu connu de contamination, de contagion, avec des locaux insalubres alors que les restaurants seront toujours fermés, nous pouvons nous interroger sur la logique des choses. Une collègue est à l'hôpital depuis des semaines. On se félicite que la courbe des hospitalisations diminue alors que le nombre de morts augmente. On pense gérer la crise, on se vante de faire mieux que dans les autres pays. Alors que cette crise ne démontre que le définancement de la santé, de l'éducation, de l'école, de la justice.

Il n'y a pas si lontemps, la police française bien armée, suréquipée, applaudissait les médecins en les tabassant de leur matraque flambant neuve. 

En réalité, il faut remettre les parents au travail pour relancer l'économie, les enseignants servant avant tout de garderie, sous prétexte que les enfants ne tombent pas malades, alors que selon certains experts médicaux, ils sont hyper contagieux. L'école publique est née avant tout pour des raisons économiques en période d'industrialisation: discipliner les enfants au monde du travail utilitaire. Il serait naïf de croire que les motivations étaient réellement pédagogiques.

Les élèves, les enseignants ne sont pas des cobayes afin de vérifier l'immunité de la population face à un virus qui demeure assez mystérieux. Nous verrons si on est capable d'améliorer les conditions de travail, de vie des élèves. Nous observons que les membres du groupe d'experts qui analysent les possibilités du déconfinement sont principalement des adeptes de l'économie divine et des scientifiques. Je ne vois aucun membre qui soit psychologue, psychiatre, enseignant, directeur d'école, qui appartient au monde des sciences humaines. Ce fait en dit long sur la considération exprimée envers les disciplines qui ne participent pas directement à la croissance. 

Alors oui à la réouverture des écoles, mais avec une garantie de la sécurité, de l'hygiène, de la santé de tous! Le problème, ce n'était déjà pas le cas avant, comme dans les maisons de retraite, les hôpitaux, les palais de justice. Je vois déjà mes élèves venir à l'école dans le bus 43 pressés comme des sardines les uns contre les autres sans masque. On n'est déjà pas capable de maîtriser la situation dans les maisons de repos, alors réouvrir les écoles sans le matériel adéquat est une belle tromperie! Peut-être que l'on réfléchit déjà au prochain achat d'avions de chasse?

 

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Commentaires

Portrait de T. Debtoux
Je suis enseignant et n'ai rien à ajouter. Juste dire que je suis parfaitement d'accord avec cet article. J'aimerais juste ajouter que j'enseigne l'education physique et que je m'interroge sur la mise en oeuvre de la reprise des cours avec des masques qui freinent le flux d'air, la transpiration, les contacts physiques... !!!!!
Portrait de anonyme
Votre question est en effet pertinente!
Portrait de Jacques Feron
Si je suis la logique de cet article jusqu’au bout, le mieux est de supprimer l'école! Moi, je pense à ces enfants confinés dans les appartements des quartiers populaires, qui ne peuvent pas voir leurs copains, pas jouer au "foot" ou à n'importe quel autre jeu en plein air. L'école publique n'avait pas besoin d'exister pour "discipliner les enfants au monde du travail". Que ce soit à la ferme ou dans les mines, on les disciplinait très bien à ce monde. C'est l'obligation scolaire qui les a sortis de ce monde. Les grandes vacances d'été sont d'ailleurs une survivance de ce fait: il fallait les libérer pour les moissons! Les enfants propagent bien le virus: oui probablement (on n'a aucune certitude scientifique à ce jour), mais ils y résistent beaucoup mieux que les adultes. Et des enfants meurent d'accident sur le chemin de l'école, de méningite, ... Qu'on revalorise le statut des enseignant? Oui certainement! Mais c'est un problème sociétal et peu de gros sous. Respect de l'enseignant par les parents. meilleure compréhension du rôle e chacun. Plus grande délégation de la gestion aux directions d'école. Assistance adaptée et pas imposée, etc... Courir dans la cour de récréation, avec ou sans masque, sera en tous cas moins dangereux que de rester confiné dans un 70m² avec un papa chauffeur de bus et/ou une maman caissière qui risque tous les jours de faire entrer un virus. Nota: l'enseignement est le métier le plus important qui soit dans la société. Et encore plus l'enseignement primaire qui est particulièrement éprouvant pourtant. C'est là que se joue tout l'avenir de notre société!
Portrait de Laurent Berger
Il ne s'agit pas de supprimer l'école, mais bien de lui donner des moyens nécessaires pour accueillir les élèves dans la dignité. J'ai travaillé dix ans en discrimination positive et je peux vous dire que les jeunes issus des quartiers populaires méritaient mieux en ce qui concerne l'état des bâtiments scolaires. On n'a pas prévu la surpopulation scolaire bruxelloise, alors dans une classe de trente élèves dans des locaux insalubres, tenir ses distances? A l'école, il n'y a pas que des élèves, il y a des enseignants ( qui ont parfois plus de 50 ans comme moi), des ouvriers, des éducateurs, des cuisiniers etc … Enfin, je ne partage pas la vision idéaliste de l'école qui diminuerait les inégalités sociales, malheureusement elle les reproduit. De toutes façons, de nombreux médecins savent très bien que l'école est un haut lieu de contagion. Si l'école aurait été mieux défendue, soutenue comme la culture, la justice, et le secteur public, cela aurait été une autre histoire. Allons vérifier l'hygiène, la sécurité, les locaux et on verra la considération accordée à l'éducation. Et prétendre qu'il n'y a pas d'argent, ce n'est pas voir les dépenses qui sont réalisées ailleurs! Ce n'est qu'une question de choix politique. Cordialement.

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