semaine 04

Abandon du souci de la vérité

L’avenir de l’école par Laurent Berger, le 02 novembre 2020

Photo © Laurent Berger

Notre époque a abandonné le souci de la vérité, la prise en compte des faits scientifiques, la liberté d’expression, l'indépendance d'esprit, l'autonomie du jugement. Ceux, qui me connaissent, savent que je ne cherche pas à rejoindre les courants de mode, que je me méfie des idéologues fermés. Désobéir, c’est courir le risque de déplaire, de s’isoler, de prolonger sa solitude. J’ai constate que l’esprit critique est souvent assimilé à la plainte, au pessimisme. Or comme le soulignait si bien Camus, savoir dire non, c’est pouvoir affirmer ensuite un grand oui. Mais nous avons remarqué que malgré des faits scientifiques avérés, les gens ont ce week end préféré se rassembler devant les grands magasins, se retrouver dans des fêtes les uns contre les autres. Je ne fustige pas la jeunesse, car je peux observer tous les jours des adultes qui se comportent de manière absurde, portant le masque sous le nez, et même un homme politique encourager les habitants de sa ville à se rendre un dimanche de fête des morts dans les rues commerçantes avant le second confinement.

La négation de la science n’existe pas seulement chez le président américain. La science prouve que le virus circule dans l’air dans les endroits confinés, non aérés. Le masque qui fut présenté comme parfaitement inutile est maintenant vendu comme la solution miracle dans les écoles: le professeurs seraient protégés. Mais avec un groupe de trente élèves collés dans un petit local dont certaines fenêtres ne s’ouvrent pas, nous pouvons nous interroger sur les risques courus par les uns et les autres. Dans une salle des professeurs où les gens mangent et abandonnent le masque pour se reposer, là, encore on prétendra que ce n’est pas à l’école qu’un virus peut circuler. On a jadis reconnu que l’école était un lieu de contamination : grippes, pharyngites, gastros, et autres virus circulant à cause de la proximité. En ces temps de relativisme excessif, de bricolage avec des codes couleurs, de communications rassurantes qui ressemblent à la novlangue d’Orwell, l’heure n’est plus à la recherche de la vérité. Les scientifiques démontrent qu’aujourd’hui la vilaine chose circule partout. Mais les bus bondés d’élèves le matin et en fin de journée indiquent que l’économie demeure la priorité. Le télé travail est rendu obligatoire, tous à la maison. Sauf dans les écoles, les transports en communs, les supermarchés, les trains, les avions, dans les artères commerçantes.

L’assassinat en France d’un professeur qui défendait certaines valeurs, éliminé par la propagation du mensonge, de la propagande, de l’idéologie, démontre le retrait de la liberté d’expression devant le retour des croyances qui circulent si facilement sur les réseaux sociaux. Ce phénomène récurrent est dénoncé depuis longtemps par les acteurs de terrain, mais à chaque fois, on leur a répondu qu’ils exagéraient, qu’ils feraient mieux de se reposer, de se mettre en congé, que ce n’était pas le moment d’agir, qu’il ne fallait pas troubler la paix sociale, que la dépression les menace. On vous encourage ainsi à vous taire et à croire que deux plus deux est égal à cinq. La magie de la communication finit par l'emporter sur le bien être.

Il existe une médicalisation de la contestation, une criminalisation de l’indignation. On l’a vu dans la mise en évidence de la violence des gilets jaunes et dans la mise sous silence des violences policières en France par les dirigeants. De même, les espaces de contestation sociale à l’école devenant rares, les professeurs ont trouvé refuge dans la maladie, alors que c’est la société qui est malade.

La liberté d’expression de l’enseignant est aussi menacée par la surcharge administrative et l’hyper connectivité qui l’attend. Où trouvera-t-il encore le temps pour préparer ses cours, aller au musée, au cinéma, pour lire alors qu’il devra sans cesse être rivé sur son écran, contrôlé par des parents et directeurs qui sur le site de l’école verront les professionnels et les paresseux de l’informatique sans parler de la concurrence entre les professeurs qui utiliseront les moyens techniques possibles pour demeurer en contact avec leurs classes.

Au mois de mars, le professeur venait à l’école afin de vérifier les conditions sanitaires. En mai, il commence à enseigner à distance tout en venant deux fois par semaine sur le terrain. En septembre, en code jaune, il vient tous les jours, il explique à un élève récalcitrant et frileux la nécessité de laisser les fenêtres ouvertes. En octobre, son école ferme pendant une semaine à cause des chaudières défaillantes, il recommence à enseigner à distance, bon, après on prolonge le congé d’automne pour les élèves. En novembre, la rentrée se déroulera pour le deuxième et le troisième degré en enseignement hybride, en présence et à distance, avec un employeur qui ne fournit par le matériel à ses employeurs, avec l’obligation d’utiliser telle plateforme informatique, avec les courriels des parents, des élèves, les circulaires successives, avec les annonces dans la presse, avec bien sûr une absence de consultation de la base. Mais par les temps qui courent, il n’est pas bon de chercher la vérité.

Vous avez du jaune, de l’orange, de l’orange adouci, de la communication, tout devient alors relatif. Au lieu de fermer les écoles clairement, on a les a laissées se débrouiller, on a laissé pourrir la situation sur le terrain pour certaines, on a écouté un lobby de pédiatres qui ont prétendu que les enfants ne sont pas contagieux. On a vu des écoles en mars qui ont donné des nouveaux apprentissages alors que les circulaires l’interdisaientt afin de sauvegarder leur réputation. Au départ, je ne suis pas pour la fermeture des écoles, mais la COVID est révélatrice des inégalités entre les écoles, des réseaux scolaires multiples, des directeurs qui ont caché les cas de contamination dans leur établissement, des élèves positifs présents en classe, des mises en quarantaine successsives, des collègues atteint par le vilain microbe. Alors je me permets de poser cette question impertinente. Ne vaut-il pas mieux fermer les écoles qui n’ont pas les moyens de garantir les mesures sanitaires et les rouvrir après que le virus se sera calmé? Je vous laisse répondre. Mais que tout le monde se rassure, les écoles vont demeurer ouvertes car elles sont soumises depuis lontemps à l'ordre économique. Les bons citoyens doivent bien se rendre au travail!

 

 

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