semaine 32

Notre vraie nature et le papier Q

Humeurs d'un alterpubliciste par Patrick Willemarck, le 11 avril 2020

Joseph Gayetti, inventeur du papier q, extrait de The Free Encyclopedia

Le papier Q tel que nous le connaissons n’a été inventé qu’en 1857 par cet homme sur la photo. Avant cela, il existait en Chine et au Japon où son usage était réservé à l’empereur. Au Japon, aujourd’hui, on lui préfère des robots rince-cul tandis que de nombreux Français apprécient encore le bonheur du bidet. Et comment faisait-on avant? Peu importe. Un petit virus menaçant arrive d’Asie et l’humanité s’arrête en deux semaines avec le vent de panique universel du manque de papier Q. Comment expliquer cela? Serait-ce une façon symbolique de se prémunir contre tous ceux qui vont nous faire chier? Est-ce une pulsion soudaine pour l’hygiène de ce fameux cul qui mène le monde, disent certains?

Ce n’est en tout cas pas un début de réflexion sur le pourquoi on en est là. Et si ce n’était qu’une révélation de la part sombre de l’humanité? De l’égoïsme de ceux qui la composent. De leur sentiment d’être menacé dans leur confort quand ils en ont et de dénier ce droit à ceux qui en sont dépourvu parce qu'ils sont nés au mauvais endroit?

Et quand on applaudit dans les rues du monde entier à 20h les gens dont l’exercice du métier a été et est encore menacé, que fait-on? Et que dire quand on applaudit en même temps l’arrivée de Sophie Wilmès à la tête de notre gouvernement alors qu’elle était solidaire du précédent qui a menacé les soignants en première ligne? Que valent ces applaudissements qui saluent le bon et le mal, le beau et le moche? Est-ce qu’il y en a qui se demandent comment ils ont voté et ce qu’on fait de leur vote?
Est-ce qu’on va enfin penser au revenu universel maintenant que nous éprouvons à quel point les métiers les plus mal payés sont les plus nécessaires des soignants aux nettoyeurs, des enseignants aux journalistes? Va-t-on attendre que le confinement par principe de précaution vienne définitivement laminer notre civilisation pour réaliser que le soin du vivant est un devoir universel? La santé publique est le premier bien public dont les états doivent se soucier en veillant à celle de tous sans exception. Le réchauffement climatique n’est pas une question de débat entre climatologues ou géologues sceptiques ou non, c’est une question de santé publique.

Mais regardons ce qui se passe. Qui s’intéresse à la santé publique? Personne. On s’intéresse au contrôle. Contrôle budgétaire et contrôle du citoyen. Il y a des décrets qui se préparent et qui menacent nos libertés fondamentales. On va contrôler le citoyen et identifier les sains et les malsains. On cultive la peur pour asseoir l’autorité. On fait de ce plus petit truc vivant qu’est ce foutu virus, l’horrible ennemi qui nous menace et contre lequel en nous enjoint de nous considérer en guerre. On rigole ou quoi ? En 1969 la grippe de Hong Kong a fait des millions de morts, 50.000 en deux mois à New York et 35.000 en France. Mais la scène politique et médiatique était différente. Deux ou trois chaînes nationales assuraient l’exercice du pouvoir. Il n’y a pas eu de panique. Aujourd’hui tout est média, tout est communication, tout le monde parle de tout à tout le monde. Tout est transparent et tellement transparent qu’on ne voit plus rien, on ne distingue plus le vrai du faux, la connerie du génie. Transparent, c’est-à-dire qu’il n’y a rien à voir. Sauf le comptage des morts et des masques qui n’arrivent jamais.

Même ce petit billet va passer inaperçu. Au moins, comme il est sur le web, vous ne pourrez pas le lire d’un derrière distrait, comme disait je ne sais plus qui à je ne sais plus quel journaliste. Parce qu’on ne peut rien faire. Sauf essayer de bien faire autour de nous, privilégier le beau, et réfléchir à une autre façon d’être citoyen ne serait-ce qu’en votant mieux et en retrouvant des intermédiaires pour voir plus clair.

Allez, courage.

Mots-clés

Il semble que vous appréciez cet article

Notre site n'est pas devenu payant! Mais malgré le bénévolat de ses collaborateurs, il coûte de l'argent.

C'est pourquoi, si cet article vous a plu (et même dans le cas inverse), nous faire un micropaiement d'un ou de quelques euros nous aiderait à sauver notre fragile indépendance et à lancer de nouveaux projets.

Merci à vous.

Nous soutenir Don mensuel

Ajouter un commentaire

entreleslignes.be ®2020 design by TWINN