semaine 42

Entendre la Voix des Sans-Papiers

Libres propos par Aline Dhavré, le 12 septembre 2016

Une conférence de presse donnée dans la rue, ce n'est pas banal. C'est pourtant là que la Voix des Sans papiers, et les organisations et associations qui les soutiennent ont convoqué la presse, devant l'immeuble qu'ils occupent depuis juin 2014 au Boulevard Léopold II, à Molenbeek.

Ils furent les premiers à tenter l'expérience de l'occupation, après l'expulsion du collectif des Afghans qui logeaient à l’Église du Béguinage.

Le juge de Paix leur a accordé le droit d'habiter les lieux après quelques mois de procédure, la Commune de Molenbeek s'est montrée tolérante, les enfants ont été scolarisés, le CPAS a assuré l'octroi de cartes médicales aux personnes qui avaient besoin de soins de santé. Périodiquement, la commune procédait à une expértise de sécurité et de salubrité du bâtiment. Pour tout le reste : l'alimentation, l'organisation des logements, le partage des tâches de sécurité des personnes et de l'entretien du bâtiments, ils se sont auto-gérés, ce qui n'est pas simple dans un groupe qui comporte plus d'une dizaine de nationalités, des hommes, des femmes, des enfants et quelques familles et a compté jusqu'à 250 cohabitants.

En deux ans, ils ont créés des liens avec le voisinnage, et ont été soutenus au quotidien par des associations locales et des personnes privées.

On ne peut que s'étonner de l'arrêté communal de juin 2016, exigeant le départ du collectif au 1er septembre (prolongé jusqu'au 15). La justification : insalubrité des locaux. Or, une contre-expertise démontre que le bâtiment loin de se dégrader a été amélioré par ses occupants. Il s'agit donc d'une décision politique et c'est ce que La Voix des Sans Papiers a voulu dire à l'opinion. Elle voulait également dénoncer les menaces d'expulsion forcée et de rafle.

Ont pris la parole : Aboubakri Nyang, porte parole de VSP et Serge Noël, Président de SOS Migrants, association qui est le support légal des actions du collectif Voix des Sans Papiers.

Rose-May, du comité du quartier Maritime de Molenbeek, soutien quotidien et efficace, a exprimé avec émotion ses remerciements aux habitants de l'occupation : « Vous nous avez aidés à dépasser une certaine peur, j'ai beaucoup appris de votre détermination, et de votre courage qui proviennent de vos expériences précédentes bien plus dures encore» .

Ne dites plus Sans-Papiers mais personnes illégalisées

Même avec des majuscules, le terme Sans-Papiers est chargé de malentendus et de sous-entendus. Sans-papiers égale clandestins, illégaux. Ceci ne correspond pas au parcours classique des migrants aujourd'hui dépourvus de droits, après dix ou 15 ans de vie légale en Belgique. Même ceux qui sont arrivés en catastrophe, par avion, à pied, ou dans la cale d'un bateau, avaient pour la plupart une identité et des papiers qui en faisaient foi. Ils n'étaient pas non plus clandestins, puisque dès leur arrivée ils sont allés demander l'asile à l'office des étrangers.

La cause de leur situation actuelle est la distorsion entre l'imprescriptible droit d'asile, inscrit dans notre constitution et toutes les conventions internationales, et les modalités concrètes de l'octroi de ce statut. Si après tant d'années de présence et d'intégration en Belgique, le droit d'asile leur est refusé, des recours légaux existent mais laissent ces personnes sans droit au logement, ni au travail. Ils sont exclus des structures d'accueil, et ne possèdent plus de carte de séjour. Et pourtant ils restent ! Soit parce qu'ils attendent les résulats d'un recours, soit parce qu'ils ne peuvent pas rentrer chez eux où les menaces qui ont motivé leur départ subsistent : la persécution, la mort ou l'arrestation pour raisons politiques, ou de discrimination ethnique, religieuse ou sexuelle. (lire à ce propos les témoignages recueillis dans le livre « Visages Humains » - publié à l'intiative de SOS Migrants). En ces jours où l'on se souvient de Sémira Adamu, il est aussi bon de rappeler que le mariage forcé reste le mobile de nombreuses femmes demandeuses d'asile.

Les syndicats FGTB et CSC, même combat pour les travailleurs sans-papiers.

Un moment fort de la conférence de presse fut la prise de parole des représentants syndicaux : Jean-François Tamellini, Secrétaire Général de la FGTB, et Luan Abenidaj, Responsable national du Service Diversité de la CSC.

Que disent-ils ? Que l'absence de statut et de ressources des travailleurs illégalisés les obligent à trouver des petits boulots au noir, ou à travailler clandestinement pour des entreprises qui profitent de leur situation pour les exploiter honteusement, en les souspayant et en les soustrayant aux droits sociaux. Cette situation constitue bien-entendu une injustice sociale, économique et humaine que les syndicats veulent combattre en revendiquant un statut légal pour ces travailleurs et une régularisation de leur séjour. Mais ils insistent sur le fait que la situation de ces travailleurs génère un effet de dumping social et salarial sur tous les travailleurs.

Et l'on comprend  entre-les-lignes, que la délégalisation d'un certain groupe de personne, leur fragilisation sociale profite à certains depuis des décennies.

Quelques jours après la conférence de presse, la Commune de Molenbeek n'a pas modifié sa poisition. Reste à la Voix des Sans Papiers à trouver une nouvelle solution pour sa survie, avec l'aide de tous ses soutiens. Reste aussi à poursuivre la lutte pour la régularisation de tous.

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