semaine 22

Argentina ! Argentina !

Libres propos par Aline Dhavré, le 11 mai 2017

Très chaleureux et enthousiaste accueil à Cristina Kirchner au Parlement européen à Bruxelles par des argentins, Latino-Américains et européens à l'invitation du gue/ngl, et la participation des députés de nombreuses formations politiques.Photo © Aline Dhavré

Marina Albiol (GUE/NGL) - Espagne - Présidente Cristina Fernández de Kirchner - Xabier Benito Ziluaga (Vice-Chair Del. for relations with Mercosur (GUE/NGL, ES) - Igor Soltes (Greens, Slovenia) Photo © Aline Dhavré

Ce mercredi 10 mai, le GUE/NGL, organisait  une conférence publique de Cristina Fernandez de Kirchner, Présidente de la Nation d’Argentine pendant deux mandats consécutifs : de 2007 à 2015 sur la liste du parti « Front pour la Victoire – parti justicialiste ».  
Le GUE/NGL -  Gauche unitaire européenne/gauche verte nordique - est le 5ème groupe, en nombre de députés, du Parlement Européen. Il défend une ligne éco-socialiste et antilibérale.  

Dès 14h30, cette salle du Parlement Européen est comble. Le public, majoritairement composé des diasporas successives de l’Amérique-Latine, et majoritairement d’Argentins : deux à trois générations issues  de l’exil des prisonniers politiques sous la dictature du général Jorge Rafael Vileda et de la Junte dirigée par Roberto Eduardo Viola, qui lui succéda (1976-1983). Il y a aussi une nouvelle génération, celle des expatriés des crises économiques.  

La foule est expansive, et fébrile, on se passe des affichettes qui sont déposées sur les pupitres , prêtes à être brandies. « Cristina = Rights », « Free Milagro Sala », « Justicia y castigo », « Memoria, Verdad, Justicia », « No al decreto 2 + 1 ». Que cela signifie-t-il ? Cristina Kirchner, n’est plus au pouvoir; lui a succédé depuis deux ans Mauricio Macri, étiquetté Centre Droit.
L’entrée de la « Présidente », rompt le suspense, elle est accueillie par des applaudissements nourris, une standing ovation et des chants. Les affichettes, sont là pour rappeler les attentes et ponctuer son discours.
Un incident se passe au moment de la présentation de la conférence par Xabier Benito Ziluaga, député Podemos, représentant du GUE/NGL. Une seule affiche semble hostile : « Korruptos - Welcome ». Ceux qui la portent sont deux assistants d'un eurodéputé d'extrême-droite qui sont aussitôt hués par le reste de la salle, traités de fasciste et priés de quitter l’hémicycle.

Que dit Cristina Fernadez de Kirchner ?

Ses premiers mots seront pour annoncer la manifestation qui aura lieu ce même jour en Argentine à l’appel des organisations des Droits de l’Homme, pour s'opposer à la Cour suprême de Justice d’Argentine,  
qui vient de décider d’appliquer une loi abrogée il y a 10 ans, appelée la loi "deux + un " , qui permet la libération anticipée des militaires condamnés. La loi s’appliquerait à plus de 700 condamnés y compris pour crimes de génocide, torture, disparition forcée, enlèvement,  substitution d’identité d’enfants, et viol, commis pendant la période la dictature. Et cela au moment même où la députée indigène Milagro Sala est détenue arbitrairement sans que personne ne puisse venir à son aide.

CF-K propose ensuite de créer de nouvelles architectures institutionnelles qui permettent de reconstruire la démocratie et d’éviter que des personnes désespérées et désinformées, se tournent vers les extrêmes. Aujourd’hui, les pouvoirs législatif et judiciaire ne sont plus que des appendices  du pouvoir exécutif. La séparation des pouvoirs organisée depuis la Révolution française, existe toujours structurellement, mais des groupes sociaux puissants monopolisent le pouvoir. Des pouvoirs non officiels agissent : Organisations patronales, multinationales ainsi que les médias. Cette nouvelle architecture, à construire, devrait prendre en compte les nouveaux pouvoirs réels et permettre une réglementation, une régulation sociale.

Concernant la dette, l’Argentine avait obtenu un accord négocié dans le cadre de l’ONU qui a permis de mettre en œuvre de nouveaux principes de base pour le réaménagement de la dette. Ce qui a permis de réduire le remboursement à 2 % du budget et d’en consacrer 6 % à l’éducation. L’Europe est soumise aux mêmes tensions de la dette, à commencer par la Grèce. Or l’exemple argentin montre qu’il est possible de s’opposer à ces dettes impayables. L’expérience a été mise en œuvre pendant 12 ans. Elle a permis de réduire la dette de 150 % à 10 % et de ramener le chômage à 5,9 %. Sans décisions prises par décret, mais en passant par le Parlement.

Les agissements du gouvernement actuel vont à l’encontre de ces pratiques : 3 des 5 juges de la Cour suprême avaient été nommés par décret, alors que la décision appartient au Parlement et au Sénat. Même si, suite aux réactions du pays ils ont dû être nommés avec un semblant de légalité, le plus inquiétant est que les juges ainsi nommés avaient accepté cette procédure initiale illégale.
A l’opposé des promesses de la campagne électorale qui les a portés au pouvoir, les dirigeants actuels veulent revenir en arrière sur la question des droits de l’Homme, entre autres en signifiant que les décisions de la Cour Suprême nationale prévalent sur toute juridiction internationale, en dépit des obligations du pays, dérivant des Conventions des Nations-Unies. Ce qui équivaut à rendre caduques les plaintes qui pourraient être déposées par des Argentins auprès  de ces instances telle la Cour internationale américaine des Droits de l’Homme, ainsi que les décisions les concernant.
La dévaluation de 30 % du Peso, début 2016, a provoqué une progression de la pauvreté, entre autre, la pauvreté énergétique, qui affecte les foyers les plus démunis, mais aussi les petites entreprises et les petits commerces et les conduit à la fermeture.

CF-K parle ensuite du rôle des médias : dans l’affaire des Panama Papers, alors que toute la famille du Président, et plusieurs membres du gouvernement étaient cités, aucune enquête n’a eu lieu, aucune investigation, les médias n’ont posé aucune question et aucune sanction n'a été prise. C'est un cas unique, on n'a vu ça dans aucun pays. Sans compter les conflits d’intérêts que suppose le fait que le Ministre de l’énergie soit actionnaire de Shell. Ou que des accointances existent entre des membres du gouvernement et les milieux pharmaceutiques.

A propos du Libéralisme

Le Libéralisme, de doctrine économique, est devenu aujourd’hui, une construction politique.
La chute du mur de Berlin, provoquée par l’aspiration à la consommation des habitants de l’Est de l’Europe, a permis cette consommation, mais devait également mettre en évidence le modèle européen de protection sociale.
Aujourd’hui, un autre discours a vu le jour, qui cherche à rompre les liens sociaux et le contrat social : le mot clé en est la méritocratie, chacun devenant rival de l’autre.
Ce discours se tient dans un cadre médiatique de destruction du bon sens, d’accusation des autres (migrants, pauvres, sans-papiers) qui seraient responsables des dérives sociales.
Il s’inscrit aussi dans le cadre de l’évolution des banques d’investissement, qui ne prêtent plus pour récolter des intérêts et permettre le développement du circuit de production: aujourd’hui, l’argent produit l’argent, en dehors de l’économie réelle.
La règle de l’offre et de la demande est également inversée : ce n’est plus la demande qui crée l’offre, mais l’offre qui crée la demande jusqu’à l’excès de consommation actuelle.

A propos des partis progressistes

Face à cela les partis progressistes doivent mettre en place une tribune mondiale, pour susciter une réflexion collective, parler de la Démocratie. Car aujourd’hui les systèmes politiques sont utilisés pour détruire la démocratie.
Il ne s’agit pas de revenir en arrière, mais de prendre conscience de la situation actuelle pour avancer des propositions.
Les personnes concernées par le recul de la démocratie et la destruction du contrat social sont très différentes sociologiquement, mais sont toutes mal informées. Il faut faire ce travail d’information.
Auparavant, nous pouvions lire entre les lignes de l’information. Actuellement, les gens ne peuvent plus le faire, car le système médiatique a été transformé, il est univoque et laisse chacun à sa solitude.

Il faut relier les gens, redéfinir la notion de peuple qui peut réunir tous ceux qui souffrent du néo-libéralisme, qu’ils soient de gauche ou de droite, et il est juste de se poser la question : ce critère est-il encore valable ?

Il est urgent de retravailler les grilles de lecture, car les néo-libéraux se servent de ces concepts vieillissants pour convaincre les gens. Au point que les gens finissent par voter contre leurs intérêts, clonclut l'ex-Présidente.

En réponse à la question d’une députée sur la société civile et les femmes :

Cristina Kirchner revient sur la question du clivage gauche/droite. Quelles ques soient les idées de chacun : personne ne veut être au chômage, personne ne veut être peu payé, personne ne veut manquer de soins médicaux.
Ce n’est pas la société qui se droitise, mais seulement les partis au service du néolibéralisme qui la trompent.
En cela, ils sont aidés par les médias. Il ne s’agit plus de journalisme, mais de grandes entreprises de communication qui martèlent un message et n’informent pas. Cette stratégie passe aussi par l’environnement de la fiction, des séries télévisées.
Concernant, les femmes, il faut une nouvelle façon d’aborder les choses, une façon collective. Les messages utilisés contre Dilma, Présidente du Brésil, destituée, sont identiques à ceux qui on été portés contre elle-même : attaques brutales et stigmatisantes sur des questions personnelles, sur le fait même d’être une femme au pouvoir. Sans jamais, qu'interviennent des questions sur sa politique. Cette brutalité a un effet sur les gens dont elle réveille les frustrations. Les violences conjugales sont aujourd’hui en augmentation en Argentine.  Ce manque de respect vis-à-vis des femmes politiques, premières magistrates de l’État, renvoie à la violence vis-a-vis de toutes les femmes dans la société.

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