semaine 41

Sur la Sambre avec Stevenson (Maubeuge)

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 13 août 2021

Maubeuge. L'étang Monier, au pied des fortifications de Vauban où coule la vieille Sambre. Reportage photographique, vidéos et drone © Jean-Frédéric Hanssens

Dans l’étrange repaire des pêcheurs des étangs Monier

Avec Jean-Frédéric, pour boucler ce voyage, on a choisi de se laisser aller à la dérive, de décrire des zig-zags et de revenir sur nos pas, à Maubeuge, histoire de brouiller les pistes. Sandrine, animatrice de Idem+Arts, nous avait donné rendez-vous pour une journée de découverte de l’art de la pêche, destinée à des jeunes venus de quartiers qui ne sont pas les plus huppés du Val de Sambre, c’est sûr...


La Sambre à Maubeuge, serpente à l'ombre des HLM puis continue sa course vagabonde...

L’idée était que, pour respirer l’air du large, il fallait descendre des HLM et traverser la rivière pour s’aventurer dans le mystère de la vieille Sambre. Au pied des fortifications de Vauban, où l’étang Monier se calfeutre, l’eau reflète des arbres qui trempent leurs feuilles entre les nénuphars. Des oiseaux incisent les reflets du soleil d’un coup d’aile avant de rejaillir dans le bleu, aux trousses des nuages flâneurs.

Sur les rives, des pêcheurs expérimentés avaient accepté de transmettre leur passion en partageant leur expérience. L’Amicale des Pêcheurs de Maubeuge compte deux cents membres. Patrick Moreau préside cette bande de camarades dont une partie a dévoilé les méandres de leurs rêves pour des mômes en vacances.

Le bruit de la ville s’était réduit à une rumeur de vagues lointaines. Roger Finet, pêcheur chevronné, expliquait à Enzo comment dérouler son poignet pour lancer sa ligne. “Observe bien la surface de l’eau, tu verras peut-être l’ombre du poisson qui rôde”.

Quelques dizaines de minutes plus tard, Enzo réussira à remonter un poisson qui sera remis à l’eau.

Un peu à l’écart, Gauthier Leroy réfléchissait. Comment laisser une trace de ce que les jeunes auraient éprouvé au contact de la nature et de leurs hôtes? Sur de grandes feuilles étalées sur les rives, il leur proposerait de poser des couleurs et dessiner en toute liberté...

Pour l’artiste, ces journées prolongeaient le travail effectué dans le sillage de Robert Louis Stevenson. En 2014, dans la région de Maubeuge, à bord d’un break suédois, - considéré comme un bateau, mais en moins cher et plus aisé à manoeuvrer-, il voyageait par monts et par vaux en s’imprégnant de ce qu’il voyait, entendait, ressentait, en gardant des ambiances et des traces.

Petit à petit, le vaisseau s’était métamorphosé en objet d’art nomade.

Dommage que la Volvo n’ait pas été conservée. Aurait-elle été à l’étroit dans un musée?

“Slovolvo” était le nom de ce projet qui associait la démarche lente, ou “slow“ et une voiture d’occase. En latin, “volvere” signifie “tourner”. D’où l’idée de la balade en Volvo à travers les terrains vagues, de rencontre en rencontre. Dans l’esprit de Stevenson à bord de son canoë sur la Sambre.

Nicolas Devigne a écrit, à ce propos, “Comme l’auteur du “Dr Jekyll et Mr Hyde”, Gauthier Leroy exploite le thème de la double identité. Regardant le réel avec les yeux de son imagination, il se place à la jonction des dissemblances”.

Au fond, l’artiste serait un messager. Ou un éclaireur.

Plus loin, le même texte évoque la “réalité virtuelle ou augmentée”.

Gauthier applique ce principe, sur le terrain.

Ces réflexions furent en quelque sorte emportées par une vague d’éclat de rires, quand nous nous sommes aventurés à l’intérieur des fortifications.

Dans l’insolite local des pêcheurs, prêté par la Ville en échange de l’entretien d’une partie du site, on avait l’impression d’être admis dans un univers parallèle. Proche de celui de l’auberge de l’Amiral-Benbow, imaginé par Stevenson à l’entame de ” l’Ile au Trésor”.

L’écrivain aurait aimé ce tunnel de forme semi-circulaire foré dans la panse de pierre de l’ouvrage militaire, paré d’un comptoir, orné de coupures de presse et photos-souvenirs, avec la lumière se réflétant dans les verres et la table bancale autour de laquelle les compagnons joyeux bientôt casseraient la croûte en refaisant le monde. Parmi eux, un confrère journaliste, ancien de la Voix du Nord, Jean-Philippe Mailliez, prenait des notes pour les deux livres qu'il publiera avec un ami photographe. Eux aussi suivent la poste de Stevenson.

Reçus avec une telle ouverture d’esprit,en ce lieu,  l’avertissement de l’illustre Stevenson destiné “à l’acheteur hésitant”, publié en exergue de son livre-phare, prenait une résonance partculière.

Ecoutez-bien...

“Si les récits de mer et les chants de marins

Les tempêtes, l’aventure et les embruns

Si les trois-mâts, les îles et les naufragés

Les flibustiers et les trésors cachés

Et toutes ces vieilles légendes racontées

Dans le souci d’une tradition respectée

Peuvent encore séduire, comme ils m’ont séduit

Les jeunes plus sages qu’aujourd’hui,

A la bonne heure! J’en suis ravi!

Mais si la jeunesse studieuse n’a plus d’envies,

Si elle a mis ses vieilles passions en sourdine,

Oublié Kingston, le hardi Ballantyne

Et Cooper, des vagues et du feuillage,

Eh bien tant pis! et que je partage

Avec tous mes pirates la sépulture

Où ils reposent avec leurs créatures”

 THE END


A Maubeuge, la Sambre éclaire la ville où l'on se balade en se rappelant de Renaud chantant à la Kermesse de la Bière, au temps de Mistral gagnant.  Photos, vidéos et drone © Jean-Frédéric Hanssens


Reportage réalisé avec le soutien du Fonds pour le Journalisme en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Vous pouvez aussi retrouver ce reportage dans le N°23 du magazine trimestriel MEDOR paru en juin dernier.

Et aussi, sur la Sambre avec Stevenson  de Namur à Macquigny : NAMUR , CHARLEROI , THUIN ERQUELINNES VADENCOURT et Macquigny 

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