semaine 39

Sentiers d'une liberté fragile

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 25 avril 2021

Dans les paysages asphaltés de l 'Europe du Nord, la défense des sentiers est une résistance qui a les pieds sur terre.(Ph ML)

Tout voyage commence par se hisser sur les pieds puis d'avancer. Au temps du covid marcher est une forme de résistance à l'épidémie. D'un côté, les transports en commun risquent de favoriser la circulation du virus. Du coup, la bagnole reprend du poil de la bête, bulle protectrice à nouveau. Malgré sa capacité de pollution. Quant à la voiture électrique, pas si propre qu'on le raconte, elle restera un bon bout de temps encore trop chère pour le plus grand nombre. Quelles alternatives, alors? Les épouvantables webinaires, visioconférences et autres apéros virtuels donnent surtout envie de prendre ses jambes à son cou.

Dans ce climat, le vélo et la marche permettent à peu de frais de se rendre à une baraque à frites pour partager un sachet et une pinte en plein air avec des autres humains. Découle de ce raisonnement (vous avez le droit de l'estimer faible d'esprit) que la défense de la marche libre est une urgence de notre temps. Ce qui nous mène aux sentiers. Depuis des décennies, hormis l'héroïque saga du Ravel (Réseau autonome des voies lentes), le travail des Sentiers de Grande Randonnée et d'autres associations, les bons vieux sentiers ont la vie dure. Partout le béton et l'asphalte et mille interdictions gomment les chemins les plus discrets. L'autoroute, si pratique, serait un tunnel à ciel ouvert où l'évasion est canalisée. Merci de pardonner l'excès du propos. Pas la peine de dire combien on aimerait descendre vers la Grande bleue...

En attendant, en Wallonie, l'Atlas des chemins vicinaux est en train de se métamorphoser en Atlas des voiries communales. A charge, pour des groupes de réflexion composés de représentants des communes et de citoyens, de préserver, protéger, créer, supprimer, élargir, adapter ces voies de liberté que représentent les sentiers. Quand vous habitez dans un village où le bus scolaire ne passe que le matin et le soir, si vous n'avez pas de bagnole ou qu'elle est en panne, comment vous rendre à la gare sans guichet "humain" d'une ligne dont on rêve qu'elle survive? A pattes, pardi! 

Alors nous voici suivant le large chemin, qui devient plus petit pour se figer à l'entrée d'un champ immense. Des tracteurs modèles "Conquête de Mars" malgré leurs GPS embarqués rabotent sans remords ces braves sentiers que ne surlignent plus les haies depuis le remembrement absurde. Heureusement,  la Wallonie encourage la création de haies. Les plus belles sont classées. L'espoir existe. Paroles en l'air, pour le marcheur ou la marcheuse qui, perdu, le sentier foutu, retrouve la grand-route. Pas de piste cyclable ni de trottoir même pas une bande de terre accessible. Reste à se jeter dans le fossé à l'approche des camions ferraillants. Jusqu'à la gare où les cracks spécialistes en automates réussiront peut-être à imprimer leur ticket. Pensée pour les cheminots qui veillaient sur les gares et leurs abords...

Mauvaise foi?  Le voyageur motorisé, en 2021, a le privilège d'une plus grande liberté que le piéton ou le cycliste. Paradoxal, quand on compare les investissements respectifs! On rêve de ces dispositifs qui en Grande-Bretagne, permettent de franchir les clôtures sans déchirer son froc.  En lieu et place de ces équipements, chez nous on tombe sur des panneaux intimant aux usagers lents de passer chemin. Tout le monde devrait se lancer sur les sentiers, sans attendre les grandes marches collectives. Plaidoyer est fait ici pour la liberté du sentier,  sans contrainte. Sinon celles que l'on s'honore de respecter. Ne pas déranger les oiseaux ni les animaux, ne pas laisser de canettes et sachets de chips, ne pas hurler à tue-tête, ne pas foncer, en horde, à 500 VTT, au risque de blesser les motorisés en godasses, baskets, sandales. Porteur d'une vague conscience que la meilleure façon d'avancer, tenue de la nuit des temps, reste la marche qui procure santé et bonne humeur.

En Chine, il est un proverbe qui dit  approximativement ceci..."L'humain  est fait pour marcher pas pour courir". C'était il y a bien longtemps, quand les Chinois privilégiaient le vélo. 

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