semaine 27

Mélanie De Biasio ou le chant des rails

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 28 janvier 2022

Entre l'Italie et la Belgique, sur les rails de la voix et des images de Mélanie De Biasio Photo © Mélanie De Biasio

A l'étage du Musée de la Photo, à Mont-sur-Marchienne, au bout  d'un couloir où les pas claquent, une pièce est aménagée en boîte noire. On s'assied comme  dans un compartiment de deuxième classe. Le silence est palpable. C'est la nuit. Sur le mur qui fait face à un banc s'allume un écran. Et  le voyage de Mélanie De Biasio, chanteuse de jazz, nous mène en Italie. Celle de la mémoire de l'artiste et de ses aïeux, de toutes celles et de ceux qui un jour prirent le train quelque part en Italie pour venir travailler en Belgique et ont regardé s'effacer les paysages en laissant s'effilocher leurs souvenirs.

Europalia consacre son édition actuelle au thème "train and tracks". Des trains et des voies...L'imaginaire du rail est infini. Blaise Cendrars célébra le Transsibérien. L'Orient Express fascinait Agatha Christie. "L'Etoile du Nord" qui reliait Paris à la Hollande via la Belgique inspira un roman de Simenon. Les voies de l'exil s'inscrivent dans celles des trains. D'où l'idée d'évoquer le voyage des générations d'immigrés qui montaient à Milan-Central pour descendre vers les charbonnages dans le Borinage, à Charleroi, Liège ou Genk. Pour donner corps et âme à cette idée, Mélanie De Biasio a travaillé avec le Musée de la Photo. Où sa vidéo chantée fait escale pour la première fois avant, sans doute, de poursuivre son chemin...

Mélanie, qui enregistre son nouveau disque- inspiré par le voyage...- à Portland, aux USA, n'est pas là. Mais pas besoin d'expliquer. Juste de se laisser aller. D'entrer dans la boîte noire. De se laisser glisser le long des images vidéo captées par la fenêtre d'un wagon, en Italie. Au début se dessinent des photos aux bords dentelés, des fragments de journaux, peut-être de lettres, ou de documents. On entend des chants d'oiseaux, des bruits de la vie, des échos de voix, des entames de récits. Emergeant des ces échos, la voix de la chanteuse murmure, monte, prend de la puissance, resdescend, s'accorde aux décors via les lignes de fuite des images. Voix et musique, au fil du temps s'estompe l'espace.

La trame de la voix s'accorde à la ligne de césure qui relie le haut et le bas de la vitre du compartiment. Vibrato. Boggies. Rails. Tourbillon. Fermer les yeux pour mieux voir. Tout vibre. A bord de la boîte noire les images dans les têtes des gens rejoignent celles de l'écran. "Lay your ear to the rail" dit Mélanie De Biasio. Dans les westerns des Indiens posent l'oreille contre un rail pour anticiper l'approche du train. A bord de la  boîte noire du Musée de la Photo, la scansion des images et des sons se mêle à nos souvenirs entremêlés. Quand le film s'arrête et nous laisse au bout du quai de nos ressentis. 

Comme ces hommes, puis ces femmes, puis ces enfants qui, juste après la guerre 40-45, dans le cadre du traité entre l'Italie et la Belgique, quittèrent leurs racines pour aller au charbon? Modifiant à jamais la trajectoire de leurs existences mais aussi celles des gens qu'ils rencontrèrent. Ce serait  peut-être bien ce que nous raconte la vidéo chantée de Mélanie. Des voix à la croisée des destinées. 

 

Musée de la Photographie, Mont-sur-Marchienne. Du 29/1 au 15/5/2022. 

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