semaine 14

Les aventures du Hennuyer Jean-Jacques Cloquet

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 08 décembre 2019

Joueur de foot en D1, ingénieur civil, cadre supérieur, patron de l'aéroport de Charleroi ou directeur de Pairi Daiza, Jean-Jacques Cloquet est un personnage attachant qui a l'art de travailler en équipe. C'est ce que raconte le journaliste Didier Albin, dans un récit mené au rythme d'un reportage. Photo © Marcel Leroy

Sous la charpente de la librairie Molière, à Charleroi, se trouve une salle où des auteurs et des témoins parlent de livres. En ce samedi d'après Saint-Nicolas, des gens d'horizons aussi divers que les passions de Jean-Jacques Cloquet étaient venus écouter le directeur de Pairi Daiza. L'homme a gardé l'allure du joueur du Sporting qu'il fut. Il a le sens du défi, ce qui pourrait bien l'avoir poussé à accepter de raconter sa vie à Didier Albin.Passionné de Charleroi, ce journaliste explore la ville depuis près de trente ans. Lors de ses pérégrinations, il croisa forcément la route de JJC. Comprit qu'il lui faudrait plus qu'un papier pour approcher la vérité d'un aventurier de l'entreprise et du travail en équipe. 

Les questions de Dominique Cabiaux amenèrent le journaliste et le grand patron (il a été manager de l'année) à parler de leurs métiers mais aussi de la ville, et de deux ou trois grandes grandes questions de notre temps. Au départ, Cloquet se demandait s'il faisait bien de se lancer dans ce récit qui après tout, pouvait n'intéresser personne, puis prit goût à l'exercice.  Comme si cette personnalité toujours en mouvement, en permanence sur le terrain, qu'apparemment rien ne peut abattre, avait réalisé que son chemin ne s'était pas déroulé par le seul fait du hasard. Il se souvint d'avoir eu un grand-père syndicaliste et l'autre, patron chez Boël. Serait-il la synthèse de ces deux approches? Ceci expliquerait  la manière quasi viscérale dont il parvient à se mettre dans la peau de l'autre.      

De l'entretien se dégagea la silhouette d'un être qui se mesure à sa capacité d'aller de l'avant, conscient que l'humour sauve de tout, ou à peu près. Il se souvient d'avoir vu son père pleurer, quand, à 54 ans, il perdit son travail aux ACEC. D'où, peut-être, la conviction qu'il faut adapter sans cesse les entreprises aux soubresauts du monde, en écoutant les travailleurs. Sans ces femmes et ces hommes, nul projet n'est réalisable.  Cloquet adore débarquer à 5 heures du matin avec des pistolets et un thermos de café pour discuter avec les gens de terrain, que ce soit à BSCA ou à Pairi Daiza, et nourrir son actioin  de leurs observations. Son écoute n'est pas un stratagème. Elle inspire l'attitude de cet homme qui ne semble pas apprécier le pouvoir. Sauf quand il permet de prendre des décisions en tenant compte de l'humain.

Quand il a fait le tour d'une fonction, JJC prend la poudre d'escampette. Typique de l'aventurier, cette soif d'horizons nouveaux, cette peur de l'enlisement de la routine. On se demande quel genre de propriétaire peut bien avoir l'idée d'engager un directeur de cette trempe. Pour engager un Cloquet, il faudrait que des rêves se recoupent. Pour engranger des victoires. Si JJC s'est envolé pour Pairi Daiza, alors que l'aéroport de Charleroi avait plus que réussi son décollage, c'était pour contribuer à la réalisation d'un rêve. On se rappelle d'Eric Domb, avant Pairi Daiza. Quand il lança son projet de parc animalier, certains le voyaient comme un utopiste. Dont le rêve correspondrait pourtant à l'évolution du monde et, en partie de l'économie. Il aura forgé une entreprise qui offre des emplois, dans ce Hainaut qui en a tant besoin, après le séisme de la desindustrialisation.

Evoquant son boulot, Cloquet dit oeuvrer en compagnie de passionnés. Il aime ça. Décrit avec bonheur le travail des soigneurs des animaux, évoque l'objectif de trois millions et demi de visiteurs, à moyen terme, tout en veillant à un développement durable. Pairi Daiza vise le stade du zéro carbone, assure-t-il. Pour dessiner son personnage, dit-il, Didier Albin a rencontré 80 personnes. "Toutes auront été positives à l'égard de JJC. C'est rare, une telle unanimité". Le journaliste évoqua les repas boulettes. Avec sa maman, car il a le sens de la famille, c'est le moins que l'on puisse dire, JJC prépare des boulettes à la sauce carolo. Puis il convie des gens qui ont des choses à dire à venir les partager, en discutant le coup. Pour faire monter la mayonnaise de ce genre de rencontres,il faut être capable de discerner des liens invisibles entre les êtres. Un peu comme un joueur de foot sur le damier gazonné d'un stade au public vibrant, qui danse avec les autres aux trousses du ballon. 


"Jean-Jacques Cloquet, grandir et faire grandir". Par Didier Albin. Kennes Editions.      

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Commentaires

Portrait de Jeanne Moreau
Ce monsieur Cloquet est passionnant. C'est un héros de notre temps mais qui reste modeste.
Portrait de Marc Lerchs
Merci, Marcel, pour cet intéressant article. Content de voir que Dominique Cabiaux assistait à la présentation. Je me souviens encore qu'il déclarait Van Cau Père (quand ce dernier réclamait à cor et à cris la "moralisation de la vie publique") "...aussi crédible qu'une vieille cantatrice mafflue tentant de nous faire croire qu'on attentât à sa vertu..." ! (c'était mieux écrit que çà, je cite de mémoire, hihihi...).

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