semaine 14

Idlib, que sont devenues les fleurs?

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 22 février 2020

Le temps des jonquilles sauvages est revenu...Photo M.Leroy

Mars approche. A l'orée du bois, les premiers rayons de soleil, avant que le feuillage ne fasse barrage à la lumière, ont permis aux premières jonquilles sauvages de fleurir. Tôt le matin, les oiseaux chantent dans les jardins, vous avez entendu? Dans le sentier qui longe le ruisseau, les pétales jaunes ploient sous le vent encore un peu d'hiver. Les jonquilles, avec la promesse du beau temps, danseraient-elles sur  "Que sont devenues les fleurs?" Vous vous en souvenez, vous, de cet hymne à la paix, interprété en français par Marlene Dietrich, Dalida, Nana Mouskouri? Le titre de la version originale, en anglais, était "Where have the flowers gone". En 1955, Pete Seeger en écrivit la première version.Au début des années 60, Joe Hickerson compléta les couplets initiaux, donnant au texte son mouvement. C'est une comptine cosaque qui, aui départ, avait inspiré Pete Seeger...

Mais c'est l'interprétation de Joan Baez, après celles de Peter, Paul&Mary, du Kingston Trio, de Roy Orbison - parmi des tas d'autres-, qui court dans ma mémoire. Dans les années 60, la guerre déferlait sur le Vietnam. J'avais un copain d'enfance, d'origine américaine, qui se battait loin de notre jeunesse insouciante. Dans une lettre, il me disait avoir survécu à un premier "tour" et qu'allait bientôt retourner là-bas. Son père avait été un G.I. Jimmy était né à Charleroi, un peu après la guerre 40-45. Avant ses vingt ans, il s'était engagé dans les marines. J'ai encore une photo de lui, avec son casque, celle que "Le Journal de Charleroi" a publiée, dans un entrefilet, avec quelques lignes pour dire qui il était et où il est tombé. Je ne saurai jamais s'il avait entendu "Where have the flowers gone". Peut-être écoutait-il "This boots are made for walking" de Nancy Sinatra, balancée sur un train d'enfer.

Ah, les jonquilles sauvages, direz-vous. La chanson, devenue hymne pacifiste, est passée à travers les décennies, portant l'idée que les humains sont des fleurs chargées de promesses  qui, à cause des guerres, finissent sur des tombes. Ce matin, à la radio, les dernières nouvelles de Syrie m'ont fait revoir les images d'un reporter revenui d'Idlib. Des visages de vieux, de gosses, de femmes et d'hommes, sous les bombardements, sur les routes de l'exil, crevant de trouille, de froid et de faim. En Syrie, la guerre civile n'en finit plus de broyer les 3,5 millions d'habitants de cette zone charnière où s'affrontent les intérêts syriens, turcs, russes et autres. J'essaie de comprendre mais il me faudra lire et relire longtemps pour approcher de la cruelle réalité. 

Alors je me demande, devant les jonquilles, si Amir Al-Muarri, le rappeur d'Ildlib, âgé de vingt ans, qui a écrit et scande "On all fronts" a entendu Joan Baez. Peu de chance, j'imagine. Mais je me promets d'écouter sa chanson,  un cri au nom de la population qui endure mille souffrances. En n'espérant peut-être même pas  qu'une opération humanitaire s'élabore, comme au temps du siège de Sarajevo, près de chez nous. Ah, c'est loin, Idlib. Et compliqué. Si loin, faut dire, du Royaume où des gens qui ont tout pour vivre en harmonie ne parviennent pas à former un gouvernement dont l'objectif serait plus de justice pour les plus faibles.

"Que sont devenues les fleurs, du temps qui passe/Que sont devenues les fleurs du temps passé?" Il y a de ces matins où l'on voudrait ne pas penser à la Syrie en se penchant sur les premières jonquilles sauvages...  

        

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