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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Gérard De Smaele et le Blue Horse

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 08 octobre 2018

"Blue Horse" est une sculpture de BK Adams. Elle orne la couverture du livre de Gérard De Smaele sur l'évolution du vélo. Cette oeuvre est une image de liberté qui parle des chevaux et des humains mais aussi du temps et de la recherche. Photo Marcel Leroy

La dernière fois que je l'ai vu, il traversait Paris sur son vélo pliant. En parcourant son dernier livre, "Du Vélocipède à la bicyclette dans les livres et revues de 1817 à 1939, j'ai aussitôt  reconnu dans le ton, le sérieux et l'allégresse, ce sacré Gérard De Smaele qui est aussi un grand joueur de banjo à cinq cordes et un éminent restaurateur d'oeuvres d'art sur papier, ancien spécialiste à la Bibliothèque Royale de Belgique. Le récit de ses aventures vaudrait bien un des gros volumes qu'il consacre aux bécanes de tous les temps, en passionné absolu qu'il est. En cycliste de tous les jours qui étouffe dans une voiture et qui estime qu'un vélo est une machine douée de sens, vibrante, inspirée...

En couverture, sous le titre, apparaît le sous-titre "Le Cheval bleu" et la photo d'une étrange sculpture que l'on peut voir à Washington, au Smithsonian National Museum of African American History and Culture. L'artiste, BK Adams, est afro-américain, aime rouler à vélo, s'est cassé la figure très jeune et a enchaîné illico presto sur le dessin, exercice moins périlleux mais tout aussi vertigineux que le deux roues. Longtemps, pense Adams, l'être humain s'est déplacé à cheval. Puis il a créé la bicyclette pour l'améliorer sans relâche, l'allégeant, la juchant sur des pneus de caoutchouc, l'équipant de freins à disques, de dérailleurs sophistiqués et tout cela pour aller plus loin, en préservant sa santé, à travers tous les décors que nous offre la planète Terre. 

Le Blue Horse d'Adams est un cheval qui pèse ses 100 kilos de métal, de résine, de couleurs, d'étoffe et de matière grise. Pour le découvrir, il faut aller voir de l'autre côté de l'Atlantique. L'oeuvre montre que le vélo est d'inspiration chevaline, outil hybride, vivant à sa manière; quand le cycliste faisant corps avec la matière voit son esprit comme ses poumons se déployer. Le vélo est un mythe, un mystère, une promesse d'avenir. Gérard De Smaele, qui avait déjà publié "Le Cyclisme dans les livres et les revues, entre deux expositions universelles,- Paris 1857 et Bruxelles 1958", ouvre les portes du domaine littéraire pour inaugurer son musée imaginaire portatif consacré aux mécanismes de la bécane à travers les âges. 

La lecture de ce nouvel opus vous donne des ailes comme quand vous descendez une belle route vers le fond d'une vallée où serpente une rivière. Votre vélo vous emporte alors dans un léger chuintement de pneus qui vaut la plus céleste des musiques. Mais il en aura fallu de la patience, de l'ingéniosité, de la réflexion et des prises de risque, pour que des générations de mécanos et d'inventeurs, coureurs et flâneurs, arrivent à donner sa définition actuelle à la bécane. Une épure efficace aboutie grosso-modo vers 1939,  synthèse de la notion d'économie de moyens au résultat époustouflant. Celui ou celle qui ne vibre pas devant une machine ancienne ou un des derniers modèles sortis depuis le dernier Tour de France ne sait pas ce qu'il perd. Qui sait? Peut-être le sens véritable de la vie?

Gérard De Smaele a constitué, au départ de cet inventaire sélectif des vélos qui ont marqué des étapes d'un long cheminement technique, un musée imaginaire constitué de tas d'images. Des photos de modèles préservés dans des collections, des musées, évoqués et illustrés dans des livres et revues. Où les descriptions libèrent un parfum d'épopée. Voyez, en page 301, l'invention, en 1912, de "la chaîne flottante" et du "Doigt d'acier" de Vélocio. Impossible de résumer, dans une aussi courte chronique, cette éminente contribution à l'évolution du dérailleur qui permit de démultiplier la force des cyclistes en leur permettant de gravir les plus hautes montagnes. A ce propos Frank Berto, dans  "The dancing chain", célèbre cette conquête avec la grâce fougueuse d'un Eddy Merckx. Bref, Vélocio comme le rappelle Gérard De Smaele, imagina de laisser flotter la chaîne et de fixer sous le pignon un petit cylindre, qu'il nommera doigt d'acier, et qui l'empêcherait de décoller. C'était la flottante, ou "la chaîne dansante". Mais ce n'est pas de là que vient l'expression "rouler en danseuse". En selle!

-Gérard De Smaele. Du Vélocipède à la bicyclette dans les livres et revues de 1817 à 1939. Préface de Raymond Henry. L'Harmattan. 412p.      

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