semaine 33

Francis Groff et l'énigme de l'Observatoire de Cointe

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 28 mai 2022

Francis Groff lance son personnage Stanislas Barberian sur la piste d'une inconnue retrouvée sans tête, dans l'Observatoire de Cointe à l'abandon. Derrière l'écrivain se dessine le Mémorial Interralié et l'église du Sacré-Coeur. Photo © J-F Deliège

Groff, à la manière de Barberian, recueille les impressions de la statue de Georges Simenon, près du Palais des Princes-Evêques qui abrite la Cour d'Assises. Photo © J-F Deliège

Pour la cinquième fois, Francis Groff lance son enquêteur Stanislas Barberian dans le sillage d'un crime. Après la Haute Sambre, Namur, Binche et Waterloo, "Casse-tête à Cointe" transporte ses lecteurs dans les parages de l'Observatoire de Cointe, sur les hauteurs de Liège. Tout qui passe par la Cité Ardente, levant le regard au-dessus de la gare des Guillermins, s'interroge sur  la tour Art déco du Monument Interrallié. Erigé en hommage aux soldats morts en 14-18, cet édifice de 75m de haut surplombe la  ville et ses mystères. C'est là-haut que se trouvent aussi l'Observatoire astronomique de Cointe, splendide outil à l'abandon et en quête d'avenir, et une église de style néo-byzantin. Un parc et de belles maisons de maître complètent le tableau d'un petit monde en marge du tohu-bohu urbain...

Barberian a une fois encore quitté sa librairie parisienne pour se rendre à à Liège à propos d'un livre sur la guillotine. Sa copine Martine, libraire à Bruxelles, espère qu'il fasse un crochet par la capitale avant de remonter à Paris. Stanislas débarque du train dans la gare signée Calatrava. L'édifice ressemble à une aile de béton, de métal et de verre. En juillet 2021, les inondations font rage. La vallée de la Vesdre est balayée par une sorte de tsunami tombé du ciel. La Meuse menace de sortir de son lit. A Cointe, deux jeunes gens dont un garçon féru d'urbex (exploration urbaine) s'apprêtent à s'introduire dans l'Observatoire de Cointe. Leur expédition les confrontera à la découverte du corps d'une femme décapitée. Où est la tête de l'inconnue? 

Le fait divers de la "femme sans tête" recoupe la recherche de Stanislas sur la guillotine. Epaulé par un reporter judiciaire de La Meuse, le chasseur de livres se retrouve sur la piste de la jeune femme qu'il réussira à identifier. Ce qui l'entraîne dans un chassé-croisé avec des historiens, des policiers et des tas de personnages de la cité. Que ce soit dans un restaurant populaire, au Palais des Princes-Evêques ou par les rues qui le fascinent, Barberian se révèle une fois de plus remarquable observateur d'un lieu de vie. Il donne envie de se mettre dans ses pas, en remontant le col de notre anorak,  pour grimper la colline, au-dessus de la gare et aller voir de plus près la réalité  se confondre avec la fiction. 

Derrière Barberian se profile Francis Groff. On vous a parlé de ses précédents travaux. Des grands reportages, des films documentaires, des recherches opiniâtres sur divers sujets, que ce soit le monde des gueules noires, Albert Frère, la RTBF et son histoire, les bières trappistes, Caterpillar ou encore le manganèse en Afrique centrale, sans esquiver les chansonniers de rue ou le grand cartooniste qu'était Péji. Depuis quelques années, le reporter s'est mué en romancier. Il publie ses ouvrages dans la collectioin Noir Corbeau, chez Weyrich. Avant de rédiger ses enquêtes, en des lieux précis du Royaume de Belgique, il va sur le terrain, lit, pousse des portes, pose des questions. Avec ses guides il fait le point dans des restos chaleureux et se profile, petit à petit, l'histoire que vivra Barberian, l'homme à la Facel Vega.  

Groff a le sens de l'humour et prend du recul. Amateur de Simenon, il n'écrit pas ce nom illustre dans "Casse-tête à Cointe" mais cite Georges Sim, le jeune chroniqueur liégeois. Quant au grand écrivain, on devine qu'il lui aura donné l'envie de s'imprégner d'une atmosphère, d'un personnage, d'un moment. On n'échappe pas au syndrome Maigret! Francis Groff avec ses romans policiers, trouve un ton. Cette manière vive nimbée de laconisme qui permet de ressentir un lieu de vie. Solidement ficelée, l'intrigue permet l'évasion. On apprend en s'amusant, en frémissant, en s'arrêtant un moment, pour revenir en arrière et relire une description, une notice historique. On retrouve la fibre de Henri Vernes, père de Bob Morane. Cependant, au lieu d'aller voir au bout du monde comme le fait Bob,  Stanislas Barberian se concentre sur l'exploration de ce petit pays aux mille facettes toujours trop vite traversé via les autoroutes. Avec "Casse-tête à Cointe", on largue les grands axes pour s'aventurer dans ce Liège insolite sous le drapé du quotidien. 

 

 

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