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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Charleroi: fin de l'hiver à l'accueil de soirée

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 03 avril 2018

Pino, troubadour carolo, a des dizaines de chansons dans son sac de voyage. Photos ML.

Pino, Eric, Jeremy, deux accueillants et un membre de l'équipe du Relais social.

Quand la saison hivernale touche à sa fin, gens de la rue, travailleurs sociaux et compagnons de route se retrouvent pour un repas à l'abri de nuit de la rue Dourlet. A côté de l'académie des Beaux-Arts, il offre une cour assez vaste et un garage où poser le barbecue pour griller poulets et merguez. Autour du brasero et des tables s'échangent souvenirs et projets, on rigole et certains se demandent aussi où ils passeront la nuit si l'abri fait le plein trop tôt. Ce vendredi 31 mars, il pleut, le soleil se pointe entre deux averses, et beaucoup regrettent que l'accueil de soirée touche à sa fin. Une jeune femme SDF dit que quelques heures au chaud, avant la nuit, vaut tout l'or du monde. 

Ce soir, l'équipe du film "Les Maux de la rue " est revenue sur un de ses lieux de tournage. Dans le réfectoire de l'abri de nuit, les acteurs bénévoles se retrouvent chez eux. Tout le monde se souvient de la projection  du film, au cinéma Le Parc. La salle était pleine à craquer. Anne-Marie, de l'équipe de Babel, l'association qui, avec le relais social, a encouragé les protagonistes de ce documentaire vécu, était contente de voir que le public avait répondu à l'appel. Parce que le film, en révélant la vie quotidienne des personnes qui sont sans toit, fait surtout passer leur humanité.

Dans une" lettre des gens de la rue aux passants qui ont un logement", en marge du film, l'équipe déplorait que l'accueil de soirée soit limité à la saison d'hiver. Le mauvais temps ne s'éclipse pas au printemps. Le  temps est  long, entre la fin  de l'après-midi et la nuit. Prendre une tasse de café en regardant tomber la pluie, dehors, est alors un réconfort. Aussi grand que de disposer de toilettes et de douches, quelque part dans la cité. C'est une des demandes des gens de la rue aux gens de l'hôtel de ville. Retaper une école désaffectée pour y installer assez de toilettes et de quoi se laver. Etre propre permet de garder sa fierté, quand on a perdu presque tout. Les équipes de Carolo santé font le maximum pour soutenir et soigner les sans abri, mais les sanitaires ne peuvent répondre à la demande. Certes, la Ville ne peut pas tout faire, mais ne serait-ce pas un projet concret, installer des WC et des douches, pour celles et ceux qui tiennent à leur dignité?

Autour de Pino, dans la cour, le cercle s'élargit. Chargé, avec d'autres, de l'accueil de soirée, l'artiste a écrit une chanson sur ce thème. Soutenu par la guitare qu'il trimballe partout, Pino chante le lieu où l'on se ressource, rit, pleure. Où l'on échappe à l'ombre qui emballe les gens tombés dans la précarité. Dans les refrains de Pino il est question de la rue où tu tombes plus vite que tu ne le croirais, des yétis des terrils, de la vodka du Kamtchatka et des fiestas échevelées qui t'empêchent de pleurer sur ton sort. A cinquante balais, le troubadour cueille en marchant dans les rues des souvenirs qu'il écrit dans sa tête, renforce de ses accords et partage là où il se pose, avant de redémarrer. L'autre soir, il devait se rendre au Passage de la Bourse. dans un café plein de livres d'occasion. Il  vient d'ouvrir ses portes vitrées et abrite une petite scène qui permet aux poètes de rencontrer le public.

 

 

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