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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Arabesques à la Savary

Chemins de traverse par Marcel Leroy, le 05 septembre 2018

La géographie poétique selon Savary: une question de signes, grâce à la traduction en langue arabe de Gharraa Mehanna et à la sensibilité du calligraphe Ali Hassan. Un grand travail d'équipe. (Photo ML)

Les livres de Louis Savary nous arrivent comme des lettres. Au fil des ouvrages, la constance du poète trace une route. L'ensemble serait comme une carte du monde dont les zones non explorées lentement se dessinent. Cet été, il nous revient avec une série de textes choisis. Des aphorismes, bien sûr, parce que l'homme des hauteurs de Wasmes, au Borinage, a compris depuis belle lurette qu'il ne faut pas tirer à la ligne, mais piquer au coquin de sort le juste mot quand le besoin s'en fait sentir. Des balises, ces textes. En 2007, dans "Livre sans objet", Louis Savary confiait..."Certains poèmes mériteraient les meilleurs calligraphes pour au plaisir de les entendre ajouter celui de les contempler". A l'époque, on s'était dit que c'était vrai. Que la musique des mots, eux mêmes des images pareils à des rivages quand la vague s'en va, suggère bien des formes, des pleins, des déliés, des entrechats et des sauts de rock'n'roll, aussi. 

Au hasard des pages, ceci: " Fidèle à sa parole, le poète exprime le silence". Après ça, il faut emprunter le sentier de Savary. Balisé grâce aux efforts conjugués de Gharraa Mehanna, initiatrice du livre où les langues arabe et française dialoguent. De Cécilia Burtica, écrivaine belgo-roumaine,  qui évoque Chavée et Scutenaire en relisant Savary. De Ali Hassan, calligraphe. Gharraa, professeure émerite à l'université du Caire, rappelle que l'aphorisme a précédé la poésie. Quant à Ali, il nous mène à l'âme des mots avec son graphisme à l'encre de chine qui est un un opéra de signes que l'on comprend d'instinct.

En parcourant ce livre, en lisant les signes, on revoit le Savary magicien qui change de costume parce que la vie n'est pas une chanson monocorde. On revoit l'éducateur si humain à l'internat - déjà en train d'écrire...-, le comédien burlesque car l'humour est la politesse du désespoir, le fils des bouchers de la place de Wasmes et le chanteur des mineurs, l'amateur de vieilles bagnoles et le jardinier. Derrière la maison de Savary, le jardin décline des kiwis, des fleurs et des légumes, les arbres sont taillés comme des plumes que les oiseaux de passage laissent en souvenir. Le poète a toujours, avant tout, été un lutteur. Un tsigane. Un trapéziste en quête de liberté sur le fil ténu de sa raison de vivre: écrire. Enfin, c'est ce qu'on se dirait bien, entre deux blagues, au café du coin, dans un moment de trop grande méditation.

-Aphorismes (textes choisis)  de Louis Savary. Editions Les Presses Littéraires. (Conception et réalisation graphiques, Jean-Claude Derudder et Claudia Cornez). 15 euros.

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