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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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21 septembre 2016

La magie de la vente

Les yeux fixés sur le mur de sa cuisine, Frank touille son café. Le sucre s’est dissous depuis longtemps, mais la petite cuillère continue à tourner en rond dans le café noir. Frank ne sait qu’une chose : nous sommes le 30 juillet, dernier jour avant les vacances. Frank déteste les vacances. C’est pire : elles l’angoissent. Il tente de se convaincre qu’il s’agit d’une journée ordinaire. Allez Frank, reprends-toi ! Il boit son café d’une traite, il est froid, et part à son premier rendez-vous. Frank est agent commercial dans une société qui fabrique et commercialise des fontaines d’eau. Il préfère dire qu’il est vendeur, le meilleur de la firme, chiffres à l’appui. Vendre tient de la magie. Personne ne sait pourquoi une vente se fait. Les mécanismes d’une bonne vente sont inconnus. Il n’a qu’une seule certitude : la magie de la vente disparaît quand on arrête de vendre. Il le sait. Il l’a vécu. Il s’inquiète. Au printemps dernier, ses résultats étaient si bons qu’il avait pris deux jours de congé. Deux jours de détente dans un hôtel au bord de la mer. Une erreur. A son retour, la magie de la vente l’avait quitté. On ne devrait jamais se détendre. A son retour, Frank ne parvint plus à ensorceler ses victimes. Son argumentation tombait à plat. Et quand il parvenait enfin à hypnotiser le client, il gaffait. Un mot de trop dans la fragile formule magique et son interlocuteur reprenait ses esprits en disant : « Votre produit est intéressant, mais je vais réfléchir ! » Réfléchir c’est l’horreur ! La réflexion est l’ennemi du vendeur comme du magicien. Les bons de commande de Frank restaient vierges. Trois semaines sans rien vendre, il commença à paniquer. Avril fut désastreux. Au bureau, il évitait son patron. Devant ses collègues, il simulait des conversations avec des clients au téléphone et puis, il éloignait le combiné de sa bouche pour murmurer : « Il mord à l’hameçon, je le tiens ! ». L’angoisse de ne rien vendre lui donnait de douloureuses crampes à l’estomac. La nuit, il rêvait que son patron le congédiait et qu’il errait en ville sans un sou. Des huissiers noirs volaient au-dessus de sa tête pour s’emparer de sa mallette, de ses bons de commande, de ses costumes et de sa grosse voiture de fonction. Un soir de mai qu’il déprimait dans un bar, Frank rencontra un vague copain, un vendeur de voiture. Au premier coup d’œil, Frank et Jérôme comprirent que les affaires roulaient pour l’un et pas pour l’autre. - Ca va pas fort, hein, Frank, remarqua le vendeur de voiture. Frank lui expliqua que la magie de la vente l’avait quitté. L’autre se fendit d’un sourire méprisant: « C’est bizarre ! Ca ne m’est jamais arrivé ! ». - Tu as peut-être trouvé la formule magique, répondit Frank. - La seule formule qui fonctionne, déclara Jérôme, se résume en trois mots : BOUFFER L’AUTRE. Frank déposa son verre. Mais oui, c’est évident ! Il avait oublié le principe premier de la vente : la cruauté. Jérôme continuait sa démonstration: "Bouffer l’autre dans le cadre du boulot mais aussi en dehors. La vente est une philosophie de vie. Il faut se comporter en permanence en prédateur. En requin ! Ne jamais desserrer l’étreinte ! Jamais!" Frank opinait sans rien dire. Jérôme vida son verre et appela la serveuse. - Mon ami Frank va payer nos verres et mon ardoise. Devant l’air étonné de Frank, Jérôme ajouta : « Tu me dois bien ça ! Pour la leçon ! » - Heu … Evidemment ! La note était salée. Frank paya sans sourciller une somme exorbitante, le crédit de plusieurs semaines mais estima que la leçon en valait la peine. Frank suivit les conseils de Jérôme et la fréquence de ses crises d’angoisse diminua. Les ventes remontèrent lentement. Il ressentit à nouveau ce bonheur intense, la sensation de pouvoir absolu au moment précis où son interlocuteur signait le bon de commande. Mai fut meilleur, juin excellent. Frank vit arriver les vacances avec anxiété : Et s’il perdait à nouveau la magie de la vente ? Au bureau régnait la joyeuse animation qui précède les départs en vacances. Quand Frank croisa son patron, il lui parla de ses bons de commande. : « Excellent Frank, vous êtes notre meilleur élément, répondit le patron, la tête déjà à la Côte d’azur. Et, plus tard, devant le personnel de la boîte, il ajouta : « Cette année, vous êtes celui qui mérite le plus de prendre des vacances ! ». Cette remarque ne procura aucun plaisir à Frank. Toute la matinée, il encoda ses commandes et donna des coups de téléphone afin d’organiser les rendez-vous de la rentrée. Au bureau, tout le monde avait filé. Finalement, le concierge, qui partait aussi en vacances, supplia Frank de quitter la firme. Il devait fermer l’immeuble pour la quinzaine. Sa femme et ses gosses l’attendaient. Frank rentra chez lui. La nuit avant les vacances, il ne réussit pas à fermer l’œil. Le matin, l’angoisse était à son comble. Il envisagea même, un instant, d’aller visiter des clients, mais il y renonça. La plupart des responsables étaient absents et les entreprises fermées. Finalement, il prit une décision : il partirait lui aussi en vacances. - Pourquoi les autres et pas moi ? C’est une bonne manière d’évacuer mon stress ! Il fit sa valise, monta dans sa voiture et prit la direction du Sud. Après trois heures de route, il s’arrêta pour faire le plein. Un auto-stoppeur l’aborda. Ils allaient dans la même direction et Frank accepta la compagnie du jeune homme. L’auto-stoppeur parlait sans arrêt. De tout, de rien, de ses projets. Frank avait l’impression de n’avoir rien à dire. C’est vrai qu’il n’avait rien à dire. En dehors de son métier, rien ne l’intéresse. Il fallait réagir et vite. L’angoisse le prenait déjà à la gorge. Il se mit en tête de persuader l’auto-stoppeur de payer son voyage. Pourquoi ne participerait-il pas aux frais d’essence ? L’autostoppeur refusa tout net : « Ce n’est pas la coutume ! ». Frank se redressa alors sur son siège et mit sa brillante machine de vendeur en marche. Plus Frank développait son argumentation, plus le jeune homme perdait pied. Au moment où Frank arrêta la voiture pour débarquer le jeune homme, celui-ci, de mauvaise humeur, paya exactement la somme proposée par Frank. Il était aux anges. Cet argent avait été royalement gagné. De plus, Frank avait roulé l’auto-stoppeur de dix pour cent environ sur la consommation réelle d’une voiture de fonction dont il ne payait même pas l’essence. Quelle satisfaction ! Ses sensations étaient identiques à celles qu’il ressentait devant un bon de commande dûment rempli et signé. Frank s’installa dans une petite station balnéaire. Il négocia longuement le prix de la chambre avec l’hôtelière qui finit par lui accorder une ristourne. Les premiers jours, Frank se sentit apaisé. Il se comporta en simple touriste et fit la connaissance de Betty, une jeune femme seule, qui logeait dans le même hôtel. Betty le dragua ouvertement. Elle était blonde, blanche, grasse et appétissante. Elle plongeait ses grands yeux bleus dans ceux de Frank et riait délicieusement. Frank se laissa prendre au jeu. Après tout, il était célibataire ! Pourquoi ne connaîtrait-il pas lui aussi la joie des amours de vacances ? Ils se promenèrent sur la plage. Betty riait à toutes les phrases de Frank. Il se dit qu’un type normal emmènerait Betty dans sa chambre. Ils restèrent silencieux quelques minutes après avoir fait l’amour. Frank aurait voulu briser le silence et son malaise grandissant par une phrase banale, mais il ne trouvait rien à dire et Betty ne riait plus. La jeune femme prononça quelques mots sur la difficulté de l’existence en général et celle des jolies blondes grasses en particulier. Sa bonne humeur s’en était allée avec le désir. Frank se sentait à mal à l’aise. Il commençait à souffrir de crampes. Il ressentait très précisément qu’il n’existait pas quand il ne vendait pas Pris de panique, il se leva d’un bond et arpenta la chambre. Ses yeux tombèrent sur les prix affichés par l’hôtel. Il se rendit compte qu’il avait obtenu une réduction très importante en négociant avec l’hôtelière. Son corps se redressa un peu et une terrible envie de vendre l’envahit. Il lutta quelques secondes contre la pitié que lui inspirait la jeune femme et puis, il lança son attaque : « Betty, tu bois de l’eau minérale ? ». - Oui, évidemment. Il lui vanta la qualité de son eau, rappela le prix élevé des bouteilles plastiques et leur poids. Il se sentait fort et sûr de lui. Il se dit qu’il n’avait jamais été aussi bon. Chaque mot était judicieusement choisi, les silences calculés et surtout, il donnait l’impression à la jeune femme que cette vente ne l’intéressait absolument pas. Seuls, le confort et la soif de Betty avaient de la valeur à ses yeux. Par un heureux hasard, dans sa valise, il avait, pensait-il (il en avait la certitude), un ou deux bons de commande pour des fontaines d’eau de cinquante litres. Elle se défendit encore : « Cinquante litres ? Ce n’est pas trop pour une femme seule ? ». - Le pouvoir amaigrissant de l’eau de source est prouvé scientifiquement. Il avait frappé juste. La jeune femme était tourmentée par son poids.

Elle était prête pour le coup de grâce.

- Les gobelets en plastique sont offerts à l’achat de cent litres d’eau ! Il lui tendit son stylo. Betty, assise, nue, devant la petite table de l’hôtel, signa là, là, et encore ici. Elle se dit que le plaisir de Frank était plus grand au moment de la signature que celui qu’il avait éprouvé un peu plus tôt dans ses bras et puis, elle chassa cette idée ridicule. Frank vendit encore six fontaines pendant ses vacances. Il ensorcela deux couples de retraités, une famille, une autre femme seule, et l’hôtelière. Il gérait bien son stress. Dès les premières atteintes du mal, il trouvait une victime susceptible de satisfaire son besoin de vendre. Sur la route du retour, Frank planait au-dessus des hommes. Ses vacances avaient été un succès. Il avait jugulé ses angoisses et se sentait capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. La radio déversait des nouvelles économiques et Frank sentait combien il était un rouage du monde. Aujourd’hui, Frank reprend le travail. A 8h 30, il se rend chez son premier client quand une mauvaise pensée lui traverse l’esprit : « Et si, malgré tous mes efforts, j’avais perdu la magie de la vente pendant les vacances ? ». Le feu vire au rouge. La voiture s’arrête. Il fait déjà chaud. La vitre de la voiture est baissée. Chacun est à l’abri dans son véhicule. Personne à qui vendre quoi que ce soit. Un garçon de huit ans s’est planté devant la voiture. Colombien ? Syrien ? Gitan ? Sans prononcer un mot, le gosse lui montre une éponge. Il désire visiblement nettoyer le pare-brise en échange d’un peu d’argent. Frank qui lutte contre un début d’angoisse n’a pas la force de dire non. D’un mouvement de la tête, il marque son accord et le gamin se met au travail. Il passe rapidement une éponge sur la vitre et racle l’eau. - C’est mal fait, se dit Frank. L’enfant se présente à lui la main tendue. Pendant une seconde, Frank se demande s’il ne pourrait pas le rouler. Démarrer, argumenter, jouer celui qui n’a pas de fric en poche. Son angoisse s’évanouirait et tout serait réglé. Mais c’est un gosse. Frank veut lui donner une pièce. Zut ! Pas de monnaie. Le feu vient de passer au vert. Il sort maladroitement son portefeuille de sa veste et prend un billet. -Non, c’est trop ! se dit-il. Il veut le replacer dans son portefeuille, mais le gamin décide que ce billet lui convient. Il le prend dans la main de Frank et s’éclipse. Frank est effaré. - Quel culot ! Le feu est rouge. Frank retire précipitamment sa ceinture et sort de son véhicule. Il veut poursuivre le gosse mais il est déjà loin.

- Le salaud ! Le feu est vert. Autour de lui, les voitures klaxonnent. Des types lui montrent le poing et l’insultent. Des hommes en cravate avec des mallettes bourrées de bons de commande. Frank, en sueur, sent qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Trop fragile pour ce monde, il est exclu.

26 juillet 2016

D'occasion

Quoi de plus énergisant pour un auteur que d’acquérir un nouvel ordinateur ? Bon, je l’avoue, il est loin d’être neuf. C’est un ordinateur portable d’occasion mais il s’agit d’une machine superpuissante que je n’ai pas pu m’acheter quand elle est sortie faute de liquidité mais que je peux m’offrir, aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros parce que sa technologie et son design sont largement dépassés et parce qu’il a déjà été utilisé par un précédent propriétaire. Qu’importe ! Il est très enthousiasmant d’acheter un nouvel ordinateur même d’occasion. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression, en sortant de la boutique, de porter mon œuvre future et tellement talentueuse sous le bras. Et puis, un nouvel outil crée l’émulation et l’envie comme, quand gamin, je recevais un nouveau stylo à la rentrée des classes. Cet ordinateur a déclenché une nouvelle et puissante envie d’écrire. Des phrases se bousculent dans ma tête comme des clients dans un magasin le premier jour des soldes. En pensée, je possède déjà le premier chapitre que, modestement, je trouve très réussi. J’ai l’impression que cet ordinateur va enfin me sortir de l’impasse dans laquelle je perds mon temps depuis plusieurs années déjà. A la maison, j’ai voulu me mettre immédiatement au travail. Le vendeur m’avait bien précisé que l’ordinateur était équipé d’un excellent logiciel de traitement de texte et sur ce point-là, il ne m’avait pas menti. J’ai pu facilement créer un nouveau dossier et à l’écran, s’est affichée une magnifique page blanche et lumineuse. Je pouvais me mettre au travail, j’étais prêt. Je le croyais. C’est alors que je me suis rendu compte que certaines lettres sur les touches du clavier étaient presque complètement effacées. L’ancien utilisateur avait dû les utiliser beaucoup plus que les autres. L’impact régulier des doigts avait presque eu raison de ces signes. Pourquoi ces lettres-là en particulier ? Pendant quelques minutes, je suis resté devant l’écran sans rien entreprendre. Toutes les pages que je comptais écrire s’étaient envolées mystérieusement. Bizarrement, mon enthousiasme m’avait quitté. Ces touches effacées me perturbaient. Qu’avait écrit l’ancien propriétaire de l’ordinateur ? Je pensais à son texte et plus du tout au mien. Quelque chose d’important avait été écrit sur ce clavier mais quoi ? Les phrases magnifiques que je me répétais comme on suce un bonbon, s’étaient effacées de mon cerveau. Je ne voyais plus du tout comment débuter mon œuvre. J’ai bien tenté de rassembler mes idées, mais la page restait blanche à l’écran. Qu’avait-il écrit si régulièrement que ses doigts avaient effacés les lettres ? Ma concentration s’était évanouie comme les lettres sur ces touches dégradées. L’obsession avec laquelle l’ancien propriétaire de cet ordinateur avait utilisé certaines lettres me perturbait. Qu’avait-il écrit de si fondamental ? Le N, le A, le I et le E avaient complètement disparu. Rien d’anormal. Ces lettres sont beaucoup utilisées en français. J’ai remarqué le même phénomène pour les signes T, S, E, O et U. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte que le N et le V étaient aussi en passe de disparaître. L’ancien propriétaire avait probablement tapé les mêmes mots et seulement ces mots-là pendant des années d’autant que les autres signes paraissaient flambants neufs pour un clavier d’occasion. Qu’avait-il écrit et répété cet obsédé ? J’ai tenté de reconstituer ce qui avait été écrit avec tant de régularité en rassemblant les lettres effacées. Un véritable anagramme. NTSIEUOVA Du slovaque ? Du moldave ? une langue extra-terrestre ? VATNSIEUO Le langage crypté de la C.I.A ? NTIESAVUO Aucun résultat. J’ai eu l’idée de doubler certaines lettres. Le T par exemple qui était presque invisible. ANUOTTVIES Incompréhensible. NIOTTAVSEU Rien. C’est ma fille, fan de scrabble, qui a, finalement, découvert ce que je ne voulais pas voir. TOUT EST VAIN

25 juillet 2016

Contre Djokovic

- Le vin est bon, tu ne trouves pas ?

- Pas du tout, il est dégueulasse et plein de sulfites.

Elle lui a mis l’étiquette de la bouteille sous les yeux et du doigt, elle a souligné deux fois « …contient des sulfites… » Il reconnait volontiers que sa balle était molle. Entamer un échange sur le vin dans un restaurant, rien que de très commun mais bon, elle aurait pu enchaîner sur les les écrits de Jean -Claude Pirotte, Rabelais et pourquoi pas Omar Khayyam et de là sur les interdictions religieuses. Mais non, elle a préféré lui renvoyer une balle impossible à remettre, une balle impossible à jouer. Depuis quelques temps, il trouvait que les conversations avec elle ressemblait de plus en plus à un match de tennis contre Djokovic. Il était incapable de renvoyer ses balles parce qu’elles étaient trop puissantes et trop rapides. En un mot, elles étaient terminales. Coup droit ou revers le laissaient à plusieurs mètres de la balle. Ils ne jouaient plus vraiment ensemble car il était un joueur de tennis médiocre alors qu’elle faisait partie du top. Ses balles flirtaient plus souvent avec les lignes qu’avec lui. - Tu vois, on va passer là, là et là. C’est direct, dit-elle, la carte étalée sur la table. De son côté, il trouvait que l’itinéraire proposé était un détour et le lui dit. - Tu te trompes encore. D’ailleurs, tu n’as jamais été capable de lire une carte ! A nouveau, il ne renvoya rien. Parfois, ses balles étaient limites. Dehors ou dedans ? Impossible de l’affirmer. Ils avaient bien consulté un psychothérapeute de couple, une espèce d’arbitre de chaise qui condescendait parfois à descendre sur le terrain mais qui ne trouvait jamais aucune trace de balles sur la terre battue et qui donnait systématiquement le point à Djokovic. N’est-il pas numéro un mondial ? Malgré le score largement en sa défaveur, il continuait à jouer parce qu’il aimait le jeu. Courir, espérer, sentir battre son cœur et même rater : C’est la vie ! Les coups ratés sont parfois les plus beaux. De temps en temps, il réussissait un coup correct qui le remplissait de fierté même si, au final, le point était encore perdu. Rien à faire quand on joue contre Djokovic. Pendant un match où le score était particulièrement sévère et les échanges impossibles, il abandonna la partie. Il suivit sa carrière de loin. On ne joue pas au tennis pendant vingt ans sans tisser des liens très intimes avec l’adversaire. Elle gagna encore des matches ? Certainement. Par abandon ? Le plus souvent. Et des tournois ? Evidemment. Les tournois du grand Chelem et les autres. Longtemps, elle est restée numéro 1 mondial.

24 juin 2016

Laïcité et politique migratoire

Qui sont les barbares ?

Nos ancêtres ont utilisé la religion comme instrument « d’exportation de la civilisation ».

Ce fut le cas pour la conquête de Jérusalem en 1099 par Godefroid de Bouillon et Pierre L’ermite. Ce fut le cas du projet colonial dès la conquête de l’Amérique latine par Christophe Colomb - au nom de l’universalisme catholique - et en Afrique, au nom de la civilisation chrétienne. 

Les peuples colonisés ont puisé dans leurs racines culturelles et cultuelles les ressources nécessaires pour s’opposer à l’envahisseur/prédateur/esclavagiste. Ce dernier, pour justifier ses conquêtes, revendiquait la mission divine, civilisatrice universaliste.

Parmi ces rebelles, citons, entre autres :

Les Indiens Mapuche au Chili

Les Kibanguistes au Congo

Les moines bouddhistes s’immolant par le feu au Vietnam pour dénoncer l’impérialisme guerrier durant les années 60-70.

Le peuple tunisien face à la prédation d’une dictature soutenue par le système économique néolibéral. 

Avez-vous lu Franz Fanon ? 

Peut-on supposer que, parmi ceux qui se ressentent comme les « damnés de la terre » et qui ont commis ces crimes odieux au Bataclan à Paris et en d’autres lieux du monde, certains considèrent, quelque part dans leur subconscient, qu’il s’agit d’un juste retour des choses ?

Quand nous sommes allés chez eux, c’est pour les dominer, les exploiter, les convertir. C’était cela le colonialisme.

Quand ils viennent chez nous, c’est pour travailler là où nous ne voulons plus travailler. C’était vrai pour les Marocains dans les charbonnages du Limbourg et les Marocaines dans nos bureaux à Bruxelles. 

En outre, à propos de l’Islam, ne nous trompons pas. Cela fait plus d’un millénaire que l’Occident chrétien lui en veut d’exister et d’avoir choisi Jérusalem pour deuxième lieu saint. 

J’entends dire ici et là en France et en Belgique que la communauté issue de l’immigration maghrébine serait aujourd’hui honteuse… Je demande à entendre et à comprendre, car je rencontre nombre de jeunes issus de l’immigration qui participent à un effort permanent pour s’émanciper de l’aliénation culturelle et cultuelle produite et reproduite (réactualisée) par le colonialisme. 

L’écrasante majorité d’entre eux le font en adoptant les éléments nécessaires à l’élaboration d’une société modernes. Ces éléments sont d’ordre pacifique et national. Ils intègrent les aspects universels, notamment les valeurs de droits humains issues de 1789. Dans le même temps, ils entendent combattre l’exploitation dont ils se sentent victimes et puisent dans leur bagage culturel et cultuel les raisons de leur propre dignité, tant individuelle que collective.

Quand j’entends, lis ou vois le nombre de laïques athées ou agnostiques s’émouvoir et dire leur admiration envers le bon pape François, je me rends compte qu’en Occident aussi les ramifications culturelles et cultuelles sont parfois enchevêtrées et, aujourd’hui encore, largement utilisées. La belle image de François opposable à la barbarie sanglante de Daesh…

A propos de barbarie…

Les guerres de l’OTAN : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ont toutes pour motivation annoncée la défense du « monde libre ». Dans les faits, dès la chute du Mur et le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1990, l’Otan va se découvrir une nouvelle mission en prétendant défendre les intérêts de la « Communauté internationale ». Une fois encore, l’OTAN, qui représente environ 10 % de la population mondiale, s’arroge le droit de la défense mondiale de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché.

En 25 ans, les guerres de l’OTAN ont causé des millions de victimes parmi les populations civiles et ce, quasi exclusivement dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, c’est-à-dire dans le monde musulman.

Durant ces guerres très actuelles, ce sont les mêmes services de l’OTAN qui ont discipliné les services d’information et les mass médias en vue de nous fournir leur version des événements. 

Si nous voulons contribuer à rétablir ce qui grandit l’humanité dans sa recherche de progrès vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité entre les individus et les collectivités, nous devrons sortir de la vision unilatérale qui nous est imposée, celle du concept de « civilisation occidentale », de sa défense et de la lutte contre les terroristes ; à savoir tous ceux qui contestent notre hégémonie basée sur la force.

Toutes les guerres menées aujourd’hui par - ou avec - l’OTAN bafouent, violent l’ensemble des valeurs que nous prétendons défendre. Celles de la démocratie et de l’Etat de droit.

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17 février 2018

Yoann est aveugle

&

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Yoann est aveugle
C’est arrivé, voilà
Il chante triste et il pleure joyeux
Il a l’abord clandestin
Il se trompe de jambe et de chaussettes
Fonce dans la galerie des femmes
Comme un vent de plaisir
Yoann a une seule voix
Et n’a aucune promesse
Yoann, l’aveugle
L’oiseau rare
Se fout du pouvoir en place
Et de l’impuissance en face
Il chante triste et il pleure joyeux
Le rideau se lève
Sur un lendemain imprévu
Yoann à la dérive
Fait attention à la marche
Il est brouillard et contours
Il est ce point qui explore
Un beau milieu
Privé de centre
Yoann croque la vie et laisse faire
Il chante triste et il pleure joyeux
Il est la flamme dans la mer

16 février 2018

Le pouvoir : une drogue, un élixir de jouvence…

Jeudi 1er février

 Gibraltar est fréquenté par des hommes d’affaires, des commerçants et des ouvriers. Les premiers sont liés au Royaume-Uni, les seconds sont espagnols. Lors du référendum, 96 % des Gibraltariens se sont prononcés pour le maintien dans l’Union européenne. Ceux qui n’ont que leurs bras pour vivre sont un peu plus inquiets que ceux qui ressortissent d’abord au pouvoir de l’argent (air vieux comme le marxisme). Il se pourrait qu’un statut particulier de liens avec l’UE soit envisagé pour la péninsule comme pour Monaco, Andorre, le Liechtenstein ou encore Saint-Marin, restes de petits territoires autonomes de la vieille Europe. Le traité des coffres-forts, un bon titre pour pareil statut.

                                                                       *

 Quand Jean-Jacques Rousseau allait rendre visite à Diderot enfermé au donjon du château de Vincennes, il rentrait à Paris à pied. Ce ne sont toutefois pas ces parcours-là qui lui inspirèrent les Rêveries d’un promeneur solitaire.

Vendredi 2 février

 L’exercice du pouvoir, c’est bien connu, est une drogue autant qu’un élixir de jouvence. Dès lors, l’appétit de pouvoir, surtout pour celui qui l’a exercé, semble tout bonnement impérissable. La démonstration est faite ces jours-ci par Silvio Berlusconi, 81 ans, que l’on croyait aux Invalides, et qui pourrait bien désigner le Premier ministre italien le mois prochain après des élections que son parti – qui passait aussi pour déclinant -  remporterait peut-être. Mais alors dira-t-on, pourquoi ne pas pousser le raisonnement plus loin et l’imaginer de nouveau en personne à la tête du gouvernement ? Mais parce qu’il est toujours, pour l’instant, sous le coup judiciaire de l’inéligibilité ! Surréaliste ? Non. Dantesque.  

                                                                       *

 Daniel Cohen souhaite que l’Europe trouve son « moment rooseveltien » en espérant voir naître un « New deal » grâce au duo Macron-Merkel. Il est un fait que si Merkel parvient à former un gouvernement avec un europhile comme Martin Schultz, compte tenu des mois sans élections qu’ils ont devant eux, le président de la République et la chancelière devraient en profiter pour marquer une étape décisive dans l’évolution de l’Union. Dans le cas contraire, ce serait offrir aux eurosceptiques des preuves irréfutables de ce qu’ils avancent. Mais pourquoi un « moment rooseveltien » ? Un « moment mitterrandien », un « moment kohlien », un « moment delorien » ne seraient-il pas heureux et féconds ? Si l’Europe commençait par être elle-même plutôt que de vouloir ressembler aux Etats-Unis d’Amérique, elle s’assurerait déjà d’une réelle capacité à progresser.

                                                                       *

 Décidément, le tableau L’Origine du monde de Gustave Courbet n’a pas fini de nourrir sa propre légende. Un enseignant français en avait installé une photographie sur son compte Facebook ; il fut éjecté de la noble communauté des internautes. La pudibonderie et le puritanisme étatsuniens avaient encore frappé. L’instituteur accusé de pornographie assigna l’entreprise de réseaux informatiques. Le tribunal de grande instance de Paris vient d’entendre les deux parties. Il rendra son verdict le 15 mars. Il faut s’attendre à ce que cette affaire suscite la publication d’un ou deux livres de plus à propos d’une œuvre qui a déjà, comme on disait jadis, fait couler beaucoup d’encre.

Samedi 3 février

 Emmanuel Macron a beau enterrer le principe de la Françafrique, les images et les paroles qui informent le pays sur son voyage au Sénégal en rappellent d’autres, un peu plus anciennes. Que l’on remplace le président par Jacques Chirac et rien ne sera contrarié dans la relation de l’événement.

                                                                       *

 Brasillach, Céline, Maurras, Rebatet… Et demain la traduction française de Mein Kampf… Qu’est-ce que c’est que ce débat sur l’autorisation éventuelle de republier les écrits antisémites des années trente ? D’abord, rappelons qu’interdire, c’est enfler l’envie de voir. Bien peu de gens se seraient intéressés aux Versets sataniques de Salman Rushdie si le livre n’avait pas fait l’objet d’une fatwa. Ensuite, ne pas publier, c’est considérer le peuple comme incapable de prendre le recul par rapport à une décennie qui, certes, nous transmet souvent des relents, mais qui appartient quand même à des générations passées. Et puis enfin, ajoutons que la question elle-même est oiseuse et vaine. Avant l’arrivée de l’informatique, on parvenait déjà aisément à diffuser des livres sous le manteau (l’expression est née de cette clandestinité); désormais, grâce à Internet, tout se voit, tout se dit, tout se sait et tout se commente, au point que la question philosophique sur la transparence et la vérité guidant le monde redevient prégnante. Car le mieux, on le sait, est parfois l’ennemi du bien.

Dimanche 4 février

 Patrick Roegiers au journal Le Soir : « J’ai écrit mon dernier livre sur la Belgique. » On sentait bien qu’il était occupé à vider son fond de commerce. Maintenant qu’il est français, il se découvrira un plus large domaine monarchique à exploiter. Dix-huit Louis, ça fait quelques euros…

                                                                       *

 De même que la France maintient des pavés dans certaines routes du Nord afin de conserver l’attrait de la course cycliste Paris-Roubaix, de même faut-il souhaiter que dans son fulgurant essor économique, la région flamande ne supprime point tous ses labours. Depuis de nombreuses années, ce sont ses enfants qui sont couronnés aux championnats du monde de cyclo-cross, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.

                                                                       *

 Les colporteurs de mauvaises nouvelles prétendent que Wonder Wheel pourrait être le dernier film de Woody Allen. Pourquoi ? Il a 82 ans et serait malade ? Que nenni ! Il est (lui aussi) soupçonné de harcèlement et les studios de Hollywood pourraient lui être interdits… Et alors ? Woody aime tellement l’Europe – et la France en particulier – qu’il trouverait toujours bien une possibilité de réaliser un film… D’autres cassandres en herbe anticipent déjà et trouvent que Wonder Wheel n’est pas un grand Woody Allen. Certes, mais ce film qui décrit un drame familial dans un parc d’attractions est cependant un bon Woody Allen, bien dans son style et dans ses peintures sociales. La prestation de Kate Winslet dans la scène finale est magistrale.

Lundi 5 février

 Quand l’âge produit la sagesse, l’on devient aisément pyrrhonien. Parfois, l’époque encourage la mutation. Ainsi en va-t-il de ce début de 21e siècle.

                                                                       *

 L’heure est aux dénonciations pour harcèlements et viols. Parfois, on découvre aussi un enfant illégitime. Ainsi cette femme, flamande de 40 ans, qui aurait été le fruit d’un amour éphémère de Claude François. Une nuit, une seule. Les courses de spermatozoïdes n’empruntent pas toujours les voies du Seigneur.

Mardi 6 février

 Jean-François Kahn consacre sa tribune bimensuelle du Soir de Bruxelles à un parallèle entre certains faits divers tragiques et l’analyse de Diderot dans ses méditations sur Le paradoxe du comédien. Il achève sa réflexion sur des rappels cocasses : « Finalement, Albert Dieudonné qui joua longtemps Napoléon finit par se prendre pour Napoléon. L’acteur qui incarna Tarzan finit sa vie en s’accrochant à des rideaux comme à des lianes tout en poussant son fameux cri. Et l’interprète de Dracula dormait, la nuit, dans son cercueil. » Comme il serait amusant d’imaginer la poursuite de la liste : le interprètes de Maigret fréquentant des commissariats de police un peu sordides et poussiéreux, les interprètes des gendarmes tropéziens continuant d’errer en uniforme parmi les estivants, … et Spencer Tracy en Jekyll le jour et Hyde la nuit…

Mercredi 7 février

 Conclu entre Angela Merkel (pour la CDU-CSU) et Martin Schultz (pour le SPD), l’accord de gouvernement comporte 117 pages. Il s’ouvre sur un premier chapitre intitulé L’Europe. C’est dire l’option dynamique et volontariste que l’Allemagne veut adopter. Macron attend la formation de la coalition. Le printemps européen risque d’être fécond.

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 Une tempête de neige s’est abattue hier sur Paris. Aujourd’hui des skieurs s’emparent de la Butte Montmartre. Et voici de nouvelles images insolites d’une ville en perpétuelle activité imaginative. Ville de poésie permanente. Ville unique. Ville de joies et d’émois.

Jeudi 8 février

 La tendance paraissait irréversible. Elle l’était. 2015 marqua le tournant. Désormais, dans l’Union européenne, il y a plus de gens qui meurent que de gens qui naissent. C’est une donnée fondamentale pour aborder le débat général sur l’immigration.

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 Il fait un froid glacial à Pyeongchang et cependant, on ne parle que de réchauffement. Réchauffement des relations s’entend…Car cette ville qui accueille les Jeux Olympiques d’hiver provoque un rapprochement significatif entre les deux Corées afin de permettre aux athlètes du Nord et à celles et ceux qui les accompagnent de pouvoir participer aux compétitions. Embrassades et cotillons symbolisent l’événement. Mais que se passera-t-il le 26 février, lendemain de la cérémonie de clôture ? Ou bien on assistera à des exils volontaires accompagnés de sollicitations quant à l’accueil d’une patrie d’adoption ainsi qu’on le vécut jadis lorsque des sportifs ou des artistes soviétiques venaient se produire en Occident. En ce cas, la tension entre les deux pays reprendra de plus belle. Ou bien le réchauffement des relations s’accentuera au point de les normaliser voire de les harmoniser. Il conviendra en ce cas de saluer cette évolution et de convaincre Donald Trump de ses bienfaits. François Mauriac précisait, au temps de la guerre froide : « J’aime tellement l’Allemagne que je suis ravi qu’il y en ait deux ». Par bonheur, il y a fort à parier que le président des Etats-Unis ne connaisse pas l’écrivain catholique ami de Charles de Gaulle.

Vendredi 9 février

 Tandis que les femmes britanniques commémorent le centième anniversaire de leur droit de vote, aboutissement du long combat des suffragettes (1918, vote des femmes âgées d’au moins 30 ans ; 1928, à partir de 21 ans ; pour les autres pays d’Europe occidentale, ce sera seulement après la Seconde Guerre mondiale…) Tandis que l’on se prépare à évoquer le 70e anniversaire de la parution du Deuxième sexe, le livre-phare de Simone de Beauvoir, la vague d’émois et de protestations consécutive aux méfaits des prédateurs (Strauss-Kahn, Weinstein…) suscite partout des débats multiples et variés. Il est trop tôt pour les cerner, pour les évaluer, pour, a fortiori,  en appréhender les conséquences, mais une chose est sûre : la révolution féministe est entrée dans une nouvelle phase.

Samedi 10 février

 Tôt ou tard, il était écrit qu’Israël ne pourrait pas rester au balcon devant le drame syrien. Voilà que Netanyahou se voit dans l’obligation d’intervenir militairement par la voie de sa force aérienne afin de stopper une implantation militaire iranienne avec l’assentiment de Damas. Le coup de chaud n’est peut-être qu’un début. Si des puissants voisins choisissent le territoire syrien pour s’expliquer à coup de bombinettes, l’escalade qui pourrait en résulter deviendrait beaucoup plus inquiétante que celle potentiellement nourrie autrefois par la guerre civile.

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 Berlusconi, dont le retour sur la scène politique italienne s’apparente à celui du colonel Chabert, dopé par son succès dans les sondages, commence à soliloquer comme à ses plus belles heures. Il est en train de se demander haut et fort si Trump est plus riche que lui et prend bien entendu le peuple italien à témoin. Triste époque où les pauvres votent pour les (très) riches.

Dimanche 11 février

 Emmanuel Maurel, député européen socialiste, est un des quatre prétendants au poste de Premier secrétaire du PS. Il estime que le prochain congrès sera « non pas un congrès de refondation mais un congrès de survie ». Il doit avoir bien pesé ses mots en connaisseur, lui qui faisait partie des frondeurs, c’es-à-dire des apprentis-fossoyeurs.

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 Il n’y a pas qu’à Hollywood que l’on déplore des agressions sexuelles. On en dénombre aussi beaucoup au pèlerinage de La Mecque. Les victimes se révoltent-elles là-bas ? Il est vrai que leurs plaintes seraient vaines : les hommes ne font que suivre l’exemple du prophète.

Lundi 12 février

 Dans un entretien au quotidien Israël Hayom proche de Netanyahou, Donald Trump déclare qu’il n’est « pas certain qu’Israël veut faire la pais avec les Palestiniens ». Quand le président des Etats-Unis redécouvre l’Amérique…

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 D’un côté Laetitia, de l’autre Laura et David. La famille Hallyday commence à se déchirer autour du testament du rockeur. Les détenteurs de journaux à sensation et de magazines à ragots peuvent se frotter les mains : ça va durer.

Mardi 13 février

 Kim Jong-un, président de Corée du Nord, trouve que la Corée du Sud est « très impressionnante par ses caractéristiques ». Cet homme est très impressionnant par ses avis contrastés autant que par ses sautes d’humeurs.

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 D’un côté la Russie et l’Iran. De l’autre les États-Unis et Israël. On est encore dans un round d’observation mais les (vraies) hostilités pourraient bien commencer. Le ring est la Syrie. Tout un programme déjà bien élaboré…

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 En Belgique, ce sont désormais les associations culturelles qui sont visitées par la police afin d’en dénicher des réfugiés ou des migrants. Un nouveau symbole rappelant des heures tristes…

Mercredi 14 février

 « Je suis un étranger et vous m’avez accueilli »… Ainsi se serait exprimé Jésus le Nazaréen selon Matthieu. Ainsi aurait pu s’exprimer le père du pape actuel, venant du Piémont à Buenos-Aires. On a des photos du second, on n’a rien du premier. Il n’existe pas d’image de Jésus de son vivant. Ce ne serait pas prudent de tirer des conclusions de cet état de fait mais on peut au moins considérer que cela est étrange. Parce que des images de Jésus, il en est aujourd’hui des centaines de millions. Cependant, elles datent toutes d’après sa mort. Ce sont donc des portraits imaginaires, basés sur aucune description. Étrange, disions-nous.

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 En France, à 8,9 % Le taux de chômage est le plus bas depuis 2009. Chacun s’accorde encore à souligner que ce sont les effets du quinquennat Hollande qui se font sentir. Mais à quoi bon ? Cette remarque commence à ne plus valoir que pour les historiens. Le citoyen-électeur n’est plus dans cette appréciation-là.

 

 L’administration belge a découvert enfin la solution d’éviter des nuisances sonores aux communes du nord de Bruxelles provoquées par les avions décollant de Zaventem. Il suffirait de lever l’interdiction de survoler le palais royal. Comment se fait-il que l’on y pense seulement maintenant ? Parce que le respect de la monarchie s’effrite un peu plus chaque jour…

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 Fêtards oui, pétards, non ! C’est le slogan qui dominera en Chine tout au long de ces quatre prochains jours. Le Nouvel an est proche et pour éviter d’accentuer la pollution, le gouvernement a interdit l’usage d’objets à feu. Il n’empêche que selon la tradition, les citadins vont retrouver leur famille dans les campagnes. Un milliard et demi de personnes sur les routes pour célébrer la fin de l’année du coq et entrer dans l’année du chien. La caravane passe…

Jeudi 15 février

 Le président sud-africain Jacob Zuma finit par démissionner après des mois de désaccords avec son parti et des soupçons de corruption organisée. Un jour prochain, on lira sur les murs du Cap : « Mandela réveille-toi, ils sont devenus fous ! » Air connu.

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 Á la fin du siècle dernier, les démocraties occidentales européennes ont procédé à la suppression du service militaire comme par enchantement, sans débat de fond, sans réflexion connexe. L’effondrement du bloc communiste suffisait à laisser le champ libre à l’armée de métier, sans plus. Absentes au moment de la décision, les analyses survinrent ensuite. Si le maniement des armes pouvait être laissé de côté, l’idée de servir sa patrie en lui offrant quelques mois de sa jeunesse devint plus pertinente. Aujourd’hui, comme il l’avait annoncé dans son programme, Emmanuel Macron envisage d’instaurer un service obligatoire dès 2019. Une commission est constituée afin d’en élaborer les modalités. Ses conclusions pourraient s’avérer utiles aux autres membres de l’Union européenne.

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 Des réformes dans l’Éducation ? Toutes affaires cessantes, rattraper le Temps. Les techniques évoluent plus vite que les idées. D’où, misère de l’idéologie. L’initiation aux médias est ringardisée par l’apparition des fausses informations (fake news). D’où, misère de la citoyenneté. Les réseaux sociaux – qui ne sont jamais qu’un Café du Commerce hypertrophié… - influencent les appréciations et les réflexions. D’où, misère du comportement civique. Les boussoles s’affolent. Trêve dans les rêves.

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 Le réchauffement climatique et quelques maladies devraient provoquer la disparition des hêtres wallons dans cent ans. Le « h »  a, ici, toute son importance.

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 Et Tariq Ramadan est toujours incarcéré. 13e jour. Mais que fait Allah ?

 

Image: 

Silvio Berlusconi en 2010. Le retour? Photo © Alessio85. commons.wikimedia

16 février 2018

David Kennedy, peintre dans l’âme.

 

Comme il est difficile de parler des œuvres de David Kennedy ! D’abord poser des mots, fussent-ils beaux, sur de la peinture, peut paraitre superfétatoire, superflu, incongru, illégitime. Et puis, quoi dire ? Doit-on comme le font les critiques depuis que la critique d’art existe ranger l’œuvre dans un mouvement, cerner les sources, dire les influences. Bref, faire de l’Histoire de l’Art. Pourquoi à toute force ranger ? L’historien des Sciences, l’épistémologue, sait que le classement est une des conditions de la recherche scientifique. Mais les choses de l’Art obéissent-elles aux mêmes lois ? Je n’oublie pas que les mouvements artistiques ont été nommés a posteriori, de drôle de manière, et que les artistes créant leurs œuvres se soucient comme d’une guigne de l’éventuel mouvement dans lequel sera classée leur œuvre. Pensons au Sturm und Drang, à l’impressionnisme, à Dada, aux Fauves etc.

Ce besoin de créer des catégories, de rassembler des œuvres ayant des points communs, semble ignorer que ce qui définit une œuvre ce ne sont pas ses ressemblances avec d’autres œuvres mais les différences ;  c’est le refus de considérer qu’une œuvre ne résulte pas d’une savante alchimie d’influences mêlées, mais quelle est sui generis, qu’elle est unique. Tout se passe comme si son caractère profondément original était une aporie rédhibitoire. La tentation est grande d’inscrire une œuvre dans un continuum chronologique et logique. L’œuvre s’explique alors par  les œuvres qui l’ont précédée. Elle résulte d’une fusion d’influences et, soit prolonge une logique interne, soit est en rupture avec elle. S’il est vrai qu’à partir de rien, rien ne naît. Il est également vrai qu’il est illusoire de réduire une œuvre à ses influences.

 

Comprendre les ressorts de la création en train de se faire est ma manière d’éclairer les œuvres. Y apporter, au sens propre, de la lumière, non sur l’analyse de tous les ressorts de la création, mais sur quelques-uns, est l’entrée que j’ai choisie pour rendre compte de l’œuvre qui se fait.

 

Aussi, il est inutile de donner à lire des informations qui ne servent pas à la compréhension de la création. Inutiles donc, les longs développements biographiques. Seules m’intéressent la relation à la peinture de l’artiste. David Kennedy s’est construit, seul, une culture plastique en fréquentant les musées.  Entre lui et les œuvres, la transmission a été directe, fondée sur la sensation et l’émotion. Il n’a pas reçu sa culture en héritage ; elle résulte de la satisfaction profonde de ses besoins.

 

David Kennedy s’est créé un monde. Un monde qui est un reflet de sa vie.  Un monde qui a à voir avec le nôtre mais qui n’en est pas la reproduction mais une traduction. Entre le réel et l’œuvre peinte, tout est transmuté : les formes qui n’obéissent pas à la géométrie, les situations à la logique cartésienne, les couleurs aux traités de peinture. Les rapports de dimensions, les règles de la perspective sont réinventés et varient en fonction des toiles. Leur caractère immuable est nié. Par exemple, dans ses portraits en pied, tout apprenti artiste apprend par cœur les proportions du corps humain[1]. Le dessin de Kennedy n’obéit pas à l’anthropométrie mais à l’esthétique. Une esthétique singulière qu’il a inventée et qui n’est pas régit pas la constance. L’artiste refuse les règles, toutes les règles, y compris l’obligation de la constance. L’invention et la reproduction d’une esthétique nouvelle ne l’intéresse pas : il peint sans contrainte d’aucune sorte. En un mot, il est libre.

Dans son monde tout devient possible : il peut se représenter sur un même plan plusieurs fois, s’il « récupère » un tableau de la Renaissance hollandaise ce n’est pas pour le copier mais, éventuellement,  pour faire le portrait d’un ami, un portrait dans lequel la ressemblance est recherchée. Les sujets sont le plus souvent « détourés », pas de décor, juste une couleur de fond, mais c’est loin d’être systématique. La liberté de l’artiste s’accommode mal de la logique, de la reproduction des contraintes formelles. Il est guidé par son désir.

 

Ce qui frappe dans son œuvre peinte, ses dessins et ses gravures, c’est une liberté consubstantielle de l’artiste. Un « drôle » d’artiste qui, aidé par un mécène, refuse de vendre ses toiles, qui les garde car leur présence lui est nécessaire pour vivre. Un artiste qui refuse le commerce de sa création, l’exposition, la galerie, le contact avec les collectionneurs. Je ne désespère pas de le convaincre de partager un peu de sa chair et de son sang.

Le deuxième trait fort de son œuvre dont j’ai pu voir l’intégralité est la prégnance des sujets « religieux » et mythologiques. Il ne reproduit pas des images mais s’approprie la situation pour exprimer ses émotions et ses peurs. Ainsi, il avoue que ses sources d’inspiration sont Titien, Rembrandt et Van Dyck. Il dit les traiter «  à sa manière ». Une autre manière de définir l’appropriation.

David Kennedy peint comme il respire, naturellement, et son œuvre lui est nécessaire.

 Je crois comprendre les liens fusionnels qu’il entretient avec ses œuvres ; on ne vend pas son journal intime, ses cauchemars, ses désirs. Son « travail » est bien davantage ce qui le travaille.  Pas de limite entre l’homme et l’artiste. Il est tout entier dans son œuvre. Il pourrait, à son tour, dire qu’il est la matière de son œuvre : une œuvre qui s’édifie et qu’il paie au prix fort.[2]


[1] Par exemple, le rapport entre la tête et le corps est compris entre 1/7ème et 1/8ème.

Image: 

L'enlèvement d'Europe.

Orphée et Eurydice.

Diane et Actéon.

L'écorchement de Marsyas par Apollon.

Autoportrait de l'artiste.

Expiation du péché d'orgueil.

Don de tunique à un mendiant.

Saint François parlant aux oiseaux.

Chutes d'après Hokusai.

Paysage avec colline et arbres.

Pont.

13 février 2018

Oxfam, une ONG respectable

J’ai rejoint Oxfam en Belgique en 1967. A l’époque l’Inde sortait d’une famine meurtrière, c’était la guerre en Indochine, en Afrique australe sévissaient les guerres coloniales portugaises, l’apartheid régnait en Afrique du Sud, les Palestiniens étaient laissés pour compte.

Oxfam, créé à Oxford en 1942, portait assistance aux victimes de la 2ème guerre mondiale, notamment en Grèce et se portait au secours des réfugiés dans le monde.

Durant près de 30 ans, j’ai participé au travail remarquable de cette ONG, toujours à l’avant-garde des mobilisations pour un monde plus juste à l’égard des plus démunis : un monde générateur du commerce équitable,  un monde de paix en plaidant pour le désarmement en faveur du développement. Car la solidarité est un moyen essentiel pour l’émancipation des peuples, pour leurs droits à disposer d’eux-mêmes et l’accès à leurs ressources naturelles.

Cet Oxfam-là, j’en suis fier. C’est ce même Oxfam qui, aujourd’hui, ose critiquer et dénoncer ceux qui s’approprient indument les richesses qui devraient assurer à tous les êtres humains le minimum vital et la dignité. Oxfam fait ce travail au nom de tous ceux et celles avec lesquels l’ONG coopère de par le monde.

Que certains, engagés par Oxfam pour secourir les victimes du tremblement de terre en Haïti en 2011 aient eu des comportements pour le moins critiquables dans le cadre de leur mission, c’est regrettable et inacceptable.

Oxfam est une organisation humanitaire entreprise par des gens le plus souvent bénévoles et cela mérite un grand respect même si, comme ce fut le cas en Haïti, certains de ses employés, par leur comportement indigne, ont manqué aux règles de leur mission. Et cela, c’est inacceptable d’autant que le rapport du plus fort au plus faible comporte plus d’obligation de respect de la dignité humaine.

Ils ont entaché la respectabilité de l’ONG, soit, mais cela ne peut diminuer l’immense mérite d’une association qui, en 78 ans, a travaillé pour améliorer le sort des populations les plus démunies de notre planète.

Certes, s’il appartient aux bailleurs de fonds de contrôler le bon usage de leur contribution, menacer de retirer à Oxfam les fonds publics de soutien à la lutte contre le sous-développement et à l’aide d’urgence, c’est se tromper lourdement de cible.  Car Oxfam, j’en témoigne, est une organisation éminemment respectable.

- Pierre Galand, secrétaire-général d'Oxfam-Belgique de 1967 à 1996.

Image: 

Pierre Galand devant la boutique Oxfam d’Oxford, en 2014. Photo © Gabrielle Lefèvre

12 février 2018

pour faire les courses

Comme presque tous les jours, ça commence le matin, au petit lever.

Les rideaux fermés ne laissent passer qu’une lumière parcimonieuse qui n’éclaire rien du tout. Oui d’accord, ce n’est plus la noirceur de la nuit, tempérée parfois par la clarté de la lune et des étoiles, non tout ça a disparu. Il y a une pénombre glaciale qui n’incite guère à rejeter les couvertures et à ouvrir les rideaux.

On distingue  les objets habituels légèrement floutés, et presque sans coloration ; tout ça reste indistinct, et même en chaussant les lunettes, lesquelles devraient préciser les contours, on est dans l’ouate, un oreiller sur la bouche, et si on voulait crier, ça serait inaudible, alors on ne crie pas…

Une espèce de malaise plane, inaudible lui aussi, qui pourrait être submergé par le boucan d’enfer des camions de la voirie que laisse passer la fenêtre entr’ouverte. Le malaise, qui se bloque aux triples vitrages, épaissit l’air ambiant. Après, l’érection matinale, a-t-on  eu une prise de conscience ce matin, de ce malaise d’être mal à l’aise, de cette sensation qui s’insinue dans les articulations, passe dans les membres et débouche souvent dans les intestins ?  C’est alors aussi que ça peut remonter,  et que ça revient dans la bouche. Alors on a le goût de quelque chose que l’estomac n’a pas aimé. Ca doit venir de la veille au soir, ou même avant, au petit « quatre heure », quand la tartine au fromage blanc séché ou à la vieille marmelade d’orange du Lidl, n’offrait aux papilles qu’un arrière goùt de moisi. 

Le chauffage dans un sursaut, vient à peine de se mettre en marche. Cet abruti obéit aux ordres thermostatiens d’une ponctualité imbécile alors qu’il fait un froid de canard partout dans la maison.

Le malaise vire à l’inquiétude. Y a-t-il encore assez de carburant dans la cuve ? Les manettes des radiateurs sont-elles sur trois ? A combien est le mazout de chauffage? Et la fenêtre de la chambre du dessus est-elle fermées correctement ?

L’ignorance des réponses renforce l’inquiétude qui passe au niveau 4. Monseigneur Lainternet du Péssé fait sa mijaurée et traine avant de se mettre à fonctionner presque normalement. Mais là aussi les réponses se dissolvent, flottent à la surface d’une soupe d’infos qui ne sent pas la bonne nouvelle. Elle ressemble de plus en plus à une bouillie qui s’épaissit à force d’évaporation. Les précisions s’altèrent, les angles s’arrondissent, les nouvelles s’amollissent, et pour avoir du publiable, on réchauffe une ènième fois. Certes, on peut crocheter dans le tas et parfois, retirer une perle…mais en général, il s’avère que ce n’est qu’un vieux noyau de cerise.

A propos, la plante verte aux larges feuilles grasses, celle qu’on n’arrose presque jamais, a accumulé la poussière sans le vouloir et aimerait bien se secouer le « parenchyme palissadique » pour effectuer une photosynthèse politiquement correcte au moins une fois sur l’année…elle aimerait tant conserver ce teint de cadavre luisant utilisé abondamment dans les films d’horreur.

Bon, faut y aller. Le moteur démarre au ¼ de tour et prend son temps pour atteindre sa température  ad hoc.

Le damar est direct sur la peau, le pull au col roulé viens par dessus, celui aux grosses mailles mi-laines/mi-synthétique couvre le tout, vient ensuite l’écharpe « pura lana », qui tient lieu de filtre aux inquiétants malaises qui cherchent à nous apitoyer en miaulant… la suite, c’est la veste rembourrée, dont la glissière se ferme aux revendications des sans papiers, elle s’enfile sans réfléchir aux bonnes intentions glapissantes qu’on ne prend jamais pour faire les courses au carrefour.

A pa peur, ma vieille, on y va.

 

Image: 
11 février 2018

Première écoute

&

Image: 

Première écoute
Un air à boire
Jusqu'à se perdre
Premier toucher
Un nœud du bois
Comme un sourire
Première vision
La lumière revient et rend l'ombre
Invisible
Première odeur
Un reste de pluie sur les orties
En souvenir du ciel
Première dégustation
Des mauvaises herbes
En grosse soupe
Premières pensées
Surprises
Du fond des sens

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