semaine 42

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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle par Thierry Robberecht

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21 septembre 2016

La magie de la vente

Les yeux fixés sur le mur de sa cuisine, Frank touille son café. Le sucre s’est dissous depuis longtemps, mais la petite cuillère continue à tourner en rond dans le café noir. Frank ne sait qu’une chose : nous sommes le 30 juillet, dernier jour avant les vacances. Frank déteste les vacances. C’est pire : elles l’angoissent. Il tente de se convaincre qu’il s’agit d’une journée ordinaire. Allez Frank, reprends-toi ! Il boit son café d’une traite, il est froid, et part à son premier rendez-vous. Frank est agent commercial dans une société qui fabrique et commercialise des fontaines d’eau. Il préfère dire qu’il est vendeur, le meilleur de la firme, chiffres à l’appui. Vendre tient de la magie. Personne ne sait pourquoi une vente se fait. Les mécanismes d’une bonne vente sont inconnus. Il n’a qu’une seule certitude : la magie de la vente disparaît quand on arrête de vendre. Il le sait. Il l’a vécu. Il s’inquiète. Au printemps dernier, ses résultats étaient si bons qu’il avait pris deux jours de congé. Deux jours de détente dans un hôtel au bord de la mer. Une erreur. A son retour, la magie de la vente l’avait quitté. On ne devrait jamais se détendre. A son retour, Frank ne parvint plus à ensorceler ses victimes. Son argumentation tombait à plat. Et quand il parvenait enfin à hypnotiser le client, il gaffait. Un mot de trop dans la fragile formule magique et son interlocuteur reprenait ses esprits en disant : « Votre produit est intéressant, mais je vais réfléchir ! » Réfléchir c’est l’horreur ! La réflexion est l’ennemi du vendeur comme du magicien. Les bons de commande de Frank restaient vierges. Trois semaines sans rien vendre, il commença à paniquer. Avril fut désastreux. Au bureau, il évitait son patron. Devant ses collègues, il simulait des conversations avec des clients au téléphone et puis, il éloignait le combiné de sa bouche pour murmurer : « Il mord à l’hameçon, je le tiens ! ». L’angoisse de ne rien vendre lui donnait de douloureuses crampes à l’estomac. La nuit, il rêvait que son patron le congédiait et qu’il errait en ville sans un sou. Des huissiers noirs volaient au-dessus de sa tête pour s’emparer de sa mallette, de ses bons de commande, de ses costumes et de sa grosse voiture de fonction. Un soir de mai qu’il déprimait dans un bar, Frank rencontra un vague copain, un vendeur de voiture. Au premier coup d’œil, Frank et Jérôme comprirent que les affaires roulaient pour l’un et pas pour l’autre. - Ca va pas fort, hein, Frank, remarqua le vendeur de voiture. Frank lui expliqua que la magie de la vente l’avait quitté. L’autre se fendit d’un sourire méprisant: « C’est bizarre ! Ca ne m’est jamais arrivé ! ». - Tu as peut-être trouvé la formule magique, répondit Frank. - La seule formule qui fonctionne, déclara Jérôme, se résume en trois mots : BOUFFER L’AUTRE. Frank déposa son verre. Mais oui, c’est évident ! Il avait oublié le principe premier de la vente : la cruauté. Jérôme continuait sa démonstration: "Bouffer l’autre dans le cadre du boulot mais aussi en dehors. La vente est une philosophie de vie. Il faut se comporter en permanence en prédateur. En requin ! Ne jamais desserrer l’étreinte ! Jamais!" Frank opinait sans rien dire. Jérôme vida son verre et appela la serveuse. - Mon ami Frank va payer nos verres et mon ardoise. Devant l’air étonné de Frank, Jérôme ajouta : « Tu me dois bien ça ! Pour la leçon ! » - Heu … Evidemment ! La note était salée. Frank paya sans sourciller une somme exorbitante, le crédit de plusieurs semaines mais estima que la leçon en valait la peine. Frank suivit les conseils de Jérôme et la fréquence de ses crises d’angoisse diminua. Les ventes remontèrent lentement. Il ressentit à nouveau ce bonheur intense, la sensation de pouvoir absolu au moment précis où son interlocuteur signait le bon de commande. Mai fut meilleur, juin excellent. Frank vit arriver les vacances avec anxiété : Et s’il perdait à nouveau la magie de la vente ? Au bureau régnait la joyeuse animation qui précède les départs en vacances. Quand Frank croisa son patron, il lui parla de ses bons de commande. : « Excellent Frank, vous êtes notre meilleur élément, répondit le patron, la tête déjà à la Côte d’azur. Et, plus tard, devant le personnel de la boîte, il ajouta : « Cette année, vous êtes celui qui mérite le plus de prendre des vacances ! ». Cette remarque ne procura aucun plaisir à Frank. Toute la matinée, il encoda ses commandes et donna des coups de téléphone afin d’organiser les rendez-vous de la rentrée. Au bureau, tout le monde avait filé. Finalement, le concierge, qui partait aussi en vacances, supplia Frank de quitter la firme. Il devait fermer l’immeuble pour la quinzaine. Sa femme et ses gosses l’attendaient. Frank rentra chez lui. La nuit avant les vacances, il ne réussit pas à fermer l’œil. Le matin, l’angoisse était à son comble. Il envisagea même, un instant, d’aller visiter des clients, mais il y renonça. La plupart des responsables étaient absents et les entreprises fermées. Finalement, il prit une décision : il partirait lui aussi en vacances. - Pourquoi les autres et pas moi ? C’est une bonne manière d’évacuer mon stress ! Il fit sa valise, monta dans sa voiture et prit la direction du Sud. Après trois heures de route, il s’arrêta pour faire le plein. Un auto-stoppeur l’aborda. Ils allaient dans la même direction et Frank accepta la compagnie du jeune homme. L’auto-stoppeur parlait sans arrêt. De tout, de rien, de ses projets. Frank avait l’impression de n’avoir rien à dire. C’est vrai qu’il n’avait rien à dire. En dehors de son métier, rien ne l’intéresse. Il fallait réagir et vite. L’angoisse le prenait déjà à la gorge. Il se mit en tête de persuader l’auto-stoppeur de payer son voyage. Pourquoi ne participerait-il pas aux frais d’essence ? L’autostoppeur refusa tout net : « Ce n’est pas la coutume ! ». Frank se redressa alors sur son siège et mit sa brillante machine de vendeur en marche. Plus Frank développait son argumentation, plus le jeune homme perdait pied. Au moment où Frank arrêta la voiture pour débarquer le jeune homme, celui-ci, de mauvaise humeur, paya exactement la somme proposée par Frank. Il était aux anges. Cet argent avait été royalement gagné. De plus, Frank avait roulé l’auto-stoppeur de dix pour cent environ sur la consommation réelle d’une voiture de fonction dont il ne payait même pas l’essence. Quelle satisfaction ! Ses sensations étaient identiques à celles qu’il ressentait devant un bon de commande dûment rempli et signé. Frank s’installa dans une petite station balnéaire. Il négocia longuement le prix de la chambre avec l’hôtelière qui finit par lui accorder une ristourne. Les premiers jours, Frank se sentit apaisé. Il se comporta en simple touriste et fit la connaissance de Betty, une jeune femme seule, qui logeait dans le même hôtel. Betty le dragua ouvertement. Elle était blonde, blanche, grasse et appétissante. Elle plongeait ses grands yeux bleus dans ceux de Frank et riait délicieusement. Frank se laissa prendre au jeu. Après tout, il était célibataire ! Pourquoi ne connaîtrait-il pas lui aussi la joie des amours de vacances ? Ils se promenèrent sur la plage. Betty riait à toutes les phrases de Frank. Il se dit qu’un type normal emmènerait Betty dans sa chambre. Ils restèrent silencieux quelques minutes après avoir fait l’amour. Frank aurait voulu briser le silence et son malaise grandissant par une phrase banale, mais il ne trouvait rien à dire et Betty ne riait plus. La jeune femme prononça quelques mots sur la difficulté de l’existence en général et celle des jolies blondes grasses en particulier. Sa bonne humeur s’en était allée avec le désir. Frank se sentait à mal à l’aise. Il commençait à souffrir de crampes. Il ressentait très précisément qu’il n’existait pas quand il ne vendait pas Pris de panique, il se leva d’un bond et arpenta la chambre. Ses yeux tombèrent sur les prix affichés par l’hôtel. Il se rendit compte qu’il avait obtenu une réduction très importante en négociant avec l’hôtelière. Son corps se redressa un peu et une terrible envie de vendre l’envahit. Il lutta quelques secondes contre la pitié que lui inspirait la jeune femme et puis, il lança son attaque : « Betty, tu bois de l’eau minérale ? ». - Oui, évidemment. Il lui vanta la qualité de son eau, rappela le prix élevé des bouteilles plastiques et leur poids. Il se sentait fort et sûr de lui. Il se dit qu’il n’avait jamais été aussi bon. Chaque mot était judicieusement choisi, les silences calculés et surtout, il donnait l’impression à la jeune femme que cette vente ne l’intéressait absolument pas. Seuls, le confort et la soif de Betty avaient de la valeur à ses yeux. Par un heureux hasard, dans sa valise, il avait, pensait-il (il en avait la certitude), un ou deux bons de commande pour des fontaines d’eau de cinquante litres. Elle se défendit encore : « Cinquante litres ? Ce n’est pas trop pour une femme seule ? ». - Le pouvoir amaigrissant de l’eau de source est prouvé scientifiquement. Il avait frappé juste. La jeune femme était tourmentée par son poids.

Elle était prête pour le coup de grâce.

- Les gobelets en plastique sont offerts à l’achat de cent litres d’eau ! Il lui tendit son stylo. Betty, assise, nue, devant la petite table de l’hôtel, signa là, là, et encore ici. Elle se dit que le plaisir de Frank était plus grand au moment de la signature que celui qu’il avait éprouvé un peu plus tôt dans ses bras et puis, elle chassa cette idée ridicule. Frank vendit encore six fontaines pendant ses vacances. Il ensorcela deux couples de retraités, une famille, une autre femme seule, et l’hôtelière. Il gérait bien son stress. Dès les premières atteintes du mal, il trouvait une victime susceptible de satisfaire son besoin de vendre. Sur la route du retour, Frank planait au-dessus des hommes. Ses vacances avaient été un succès. Il avait jugulé ses angoisses et se sentait capable de vendre n’importe quoi à n’importe qui. La radio déversait des nouvelles économiques et Frank sentait combien il était un rouage du monde. Aujourd’hui, Frank reprend le travail. A 8h 30, il se rend chez son premier client quand une mauvaise pensée lui traverse l’esprit : « Et si, malgré tous mes efforts, j’avais perdu la magie de la vente pendant les vacances ? ». Le feu vire au rouge. La voiture s’arrête. Il fait déjà chaud. La vitre de la voiture est baissée. Chacun est à l’abri dans son véhicule. Personne à qui vendre quoi que ce soit. Un garçon de huit ans s’est planté devant la voiture. Colombien ? Syrien ? Gitan ? Sans prononcer un mot, le gosse lui montre une éponge. Il désire visiblement nettoyer le pare-brise en échange d’un peu d’argent. Frank qui lutte contre un début d’angoisse n’a pas la force de dire non. D’un mouvement de la tête, il marque son accord et le gamin se met au travail. Il passe rapidement une éponge sur la vitre et racle l’eau. - C’est mal fait, se dit Frank. L’enfant se présente à lui la main tendue. Pendant une seconde, Frank se demande s’il ne pourrait pas le rouler. Démarrer, argumenter, jouer celui qui n’a pas de fric en poche. Son angoisse s’évanouirait et tout serait réglé. Mais c’est un gosse. Frank veut lui donner une pièce. Zut ! Pas de monnaie. Le feu vient de passer au vert. Il sort maladroitement son portefeuille de sa veste et prend un billet. -Non, c’est trop ! se dit-il. Il veut le replacer dans son portefeuille, mais le gamin décide que ce billet lui convient. Il le prend dans la main de Frank et s’éclipse. Frank est effaré. - Quel culot ! Le feu est rouge. Frank retire précipitamment sa ceinture et sort de son véhicule. Il veut poursuivre le gosse mais il est déjà loin.

- Le salaud ! Le feu est vert. Autour de lui, les voitures klaxonnent. Des types lui montrent le poing et l’insultent. Des hommes en cravate avec des mallettes bourrées de bons de commande. Frank, en sueur, sent qu’il est passé de l’autre côté de la barrière. Trop fragile pour ce monde, il est exclu.

26 juillet 2016

D'occasion

Quoi de plus énergisant pour un auteur que d’acquérir un nouvel ordinateur ? Bon, je l’avoue, il est loin d’être neuf. C’est un ordinateur portable d’occasion mais il s’agit d’une machine superpuissante que je n’ai pas pu m’acheter quand elle est sortie faute de liquidité mais que je peux m’offrir, aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros parce que sa technologie et son design sont largement dépassés et parce qu’il a déjà été utilisé par un précédent propriétaire. Qu’importe ! Il est très enthousiasmant d’acheter un nouvel ordinateur même d’occasion. D’abord parce que j’ai vraiment eu l’impression, en sortant de la boutique, de porter mon œuvre future et tellement talentueuse sous le bras. Et puis, un nouvel outil crée l’émulation et l’envie comme, quand gamin, je recevais un nouveau stylo à la rentrée des classes. Cet ordinateur a déclenché une nouvelle et puissante envie d’écrire. Des phrases se bousculent dans ma tête comme des clients dans un magasin le premier jour des soldes. En pensée, je possède déjà le premier chapitre que, modestement, je trouve très réussi. J’ai l’impression que cet ordinateur va enfin me sortir de l’impasse dans laquelle je perds mon temps depuis plusieurs années déjà. A la maison, j’ai voulu me mettre immédiatement au travail. Le vendeur m’avait bien précisé que l’ordinateur était équipé d’un excellent logiciel de traitement de texte et sur ce point-là, il ne m’avait pas menti. J’ai pu facilement créer un nouveau dossier et à l’écran, s’est affichée une magnifique page blanche et lumineuse. Je pouvais me mettre au travail, j’étais prêt. Je le croyais. C’est alors que je me suis rendu compte que certaines lettres sur les touches du clavier étaient presque complètement effacées. L’ancien utilisateur avait dû les utiliser beaucoup plus que les autres. L’impact régulier des doigts avait presque eu raison de ces signes. Pourquoi ces lettres-là en particulier ? Pendant quelques minutes, je suis resté devant l’écran sans rien entreprendre. Toutes les pages que je comptais écrire s’étaient envolées mystérieusement. Bizarrement, mon enthousiasme m’avait quitté. Ces touches effacées me perturbaient. Qu’avait écrit l’ancien propriétaire de l’ordinateur ? Je pensais à son texte et plus du tout au mien. Quelque chose d’important avait été écrit sur ce clavier mais quoi ? Les phrases magnifiques que je me répétais comme on suce un bonbon, s’étaient effacées de mon cerveau. Je ne voyais plus du tout comment débuter mon œuvre. J’ai bien tenté de rassembler mes idées, mais la page restait blanche à l’écran. Qu’avait-il écrit si régulièrement que ses doigts avaient effacés les lettres ? Ma concentration s’était évanouie comme les lettres sur ces touches dégradées. L’obsession avec laquelle l’ancien propriétaire de cet ordinateur avait utilisé certaines lettres me perturbait. Qu’avait-il écrit de si fondamental ? Le N, le A, le I et le E avaient complètement disparu. Rien d’anormal. Ces lettres sont beaucoup utilisées en français. J’ai remarqué le même phénomène pour les signes T, S, E, O et U. En y regardant de plus près, je me suis rendu compte que le N et le V étaient aussi en passe de disparaître. L’ancien propriétaire avait probablement tapé les mêmes mots et seulement ces mots-là pendant des années d’autant que les autres signes paraissaient flambants neufs pour un clavier d’occasion. Qu’avait-il écrit et répété cet obsédé ? J’ai tenté de reconstituer ce qui avait été écrit avec tant de régularité en rassemblant les lettres effacées. Un véritable anagramme. NTSIEUOVA Du slovaque ? Du moldave ? une langue extra-terrestre ? VATNSIEUO Le langage crypté de la C.I.A ? NTIESAVUO Aucun résultat. J’ai eu l’idée de doubler certaines lettres. Le T par exemple qui était presque invisible. ANUOTTVIES Incompréhensible. NIOTTAVSEU Rien. C’est ma fille, fan de scrabble, qui a, finalement, découvert ce que je ne voulais pas voir. TOUT EST VAIN

25 juillet 2016

Contre Djokovic

- Le vin est bon, tu ne trouves pas ?

- Pas du tout, il est dégueulasse et plein de sulfites.

Elle lui a mis l’étiquette de la bouteille sous les yeux et du doigt, elle a souligné deux fois « …contient des sulfites… » Il reconnait volontiers que sa balle était molle. Entamer un échange sur le vin dans un restaurant, rien que de très commun mais bon, elle aurait pu enchaîner sur les les écrits de Jean -Claude Pirotte, Rabelais et pourquoi pas Omar Khayyam et de là sur les interdictions religieuses. Mais non, elle a préféré lui renvoyer une balle impossible à remettre, une balle impossible à jouer. Depuis quelques temps, il trouvait que les conversations avec elle ressemblait de plus en plus à un match de tennis contre Djokovic. Il était incapable de renvoyer ses balles parce qu’elles étaient trop puissantes et trop rapides. En un mot, elles étaient terminales. Coup droit ou revers le laissaient à plusieurs mètres de la balle. Ils ne jouaient plus vraiment ensemble car il était un joueur de tennis médiocre alors qu’elle faisait partie du top. Ses balles flirtaient plus souvent avec les lignes qu’avec lui. - Tu vois, on va passer là, là et là. C’est direct, dit-elle, la carte étalée sur la table. De son côté, il trouvait que l’itinéraire proposé était un détour et le lui dit. - Tu te trompes encore. D’ailleurs, tu n’as jamais été capable de lire une carte ! A nouveau, il ne renvoya rien. Parfois, ses balles étaient limites. Dehors ou dedans ? Impossible de l’affirmer. Ils avaient bien consulté un psychothérapeute de couple, une espèce d’arbitre de chaise qui condescendait parfois à descendre sur le terrain mais qui ne trouvait jamais aucune trace de balles sur la terre battue et qui donnait systématiquement le point à Djokovic. N’est-il pas numéro un mondial ? Malgré le score largement en sa défaveur, il continuait à jouer parce qu’il aimait le jeu. Courir, espérer, sentir battre son cœur et même rater : C’est la vie ! Les coups ratés sont parfois les plus beaux. De temps en temps, il réussissait un coup correct qui le remplissait de fierté même si, au final, le point était encore perdu. Rien à faire quand on joue contre Djokovic. Pendant un match où le score était particulièrement sévère et les échanges impossibles, il abandonna la partie. Il suivit sa carrière de loin. On ne joue pas au tennis pendant vingt ans sans tisser des liens très intimes avec l’adversaire. Elle gagna encore des matches ? Certainement. Par abandon ? Le plus souvent. Et des tournois ? Evidemment. Les tournois du grand Chelem et les autres. Longtemps, elle est restée numéro 1 mondial.

24 juin 2016

Laïcité et politique migratoire

Qui sont les barbares ?

Nos ancêtres ont utilisé la religion comme instrument « d’exportation de la civilisation ».

Ce fut le cas pour la conquête de Jérusalem en 1099 par Godefroid de Bouillon et Pierre L’ermite. Ce fut le cas du projet colonial dès la conquête de l’Amérique latine par Christophe Colomb - au nom de l’universalisme catholique - et en Afrique, au nom de la civilisation chrétienne. 

Les peuples colonisés ont puisé dans leurs racines culturelles et cultuelles les ressources nécessaires pour s’opposer à l’envahisseur/prédateur/esclavagiste. Ce dernier, pour justifier ses conquêtes, revendiquait la mission divine, civilisatrice universaliste.

Parmi ces rebelles, citons, entre autres :

Les Indiens Mapuche au Chili

Les Kibanguistes au Congo

Les moines bouddhistes s’immolant par le feu au Vietnam pour dénoncer l’impérialisme guerrier durant les années 60-70.

Le peuple tunisien face à la prédation d’une dictature soutenue par le système économique néolibéral. 

Avez-vous lu Franz Fanon ? 

Peut-on supposer que, parmi ceux qui se ressentent comme les « damnés de la terre » et qui ont commis ces crimes odieux au Bataclan à Paris et en d’autres lieux du monde, certains considèrent, quelque part dans leur subconscient, qu’il s’agit d’un juste retour des choses ?

Quand nous sommes allés chez eux, c’est pour les dominer, les exploiter, les convertir. C’était cela le colonialisme.

Quand ils viennent chez nous, c’est pour travailler là où nous ne voulons plus travailler. C’était vrai pour les Marocains dans les charbonnages du Limbourg et les Marocaines dans nos bureaux à Bruxelles. 

En outre, à propos de l’Islam, ne nous trompons pas. Cela fait plus d’un millénaire que l’Occident chrétien lui en veut d’exister et d’avoir choisi Jérusalem pour deuxième lieu saint. 

J’entends dire ici et là en France et en Belgique que la communauté issue de l’immigration maghrébine serait aujourd’hui honteuse… Je demande à entendre et à comprendre, car je rencontre nombre de jeunes issus de l’immigration qui participent à un effort permanent pour s’émanciper de l’aliénation culturelle et cultuelle produite et reproduite (réactualisée) par le colonialisme. 

L’écrasante majorité d’entre eux le font en adoptant les éléments nécessaires à l’élaboration d’une société modernes. Ces éléments sont d’ordre pacifique et national. Ils intègrent les aspects universels, notamment les valeurs de droits humains issues de 1789. Dans le même temps, ils entendent combattre l’exploitation dont ils se sentent victimes et puisent dans leur bagage culturel et cultuel les raisons de leur propre dignité, tant individuelle que collective.

Quand j’entends, lis ou vois le nombre de laïques athées ou agnostiques s’émouvoir et dire leur admiration envers le bon pape François, je me rends compte qu’en Occident aussi les ramifications culturelles et cultuelles sont parfois enchevêtrées et, aujourd’hui encore, largement utilisées. La belle image de François opposable à la barbarie sanglante de Daesh…

A propos de barbarie…

Les guerres de l’OTAN : Bosnie, Kosovo, Afghanistan, Irak, Libye, Syrie ont toutes pour motivation annoncée la défense du « monde libre ». Dans les faits, dès la chute du Mur et le démantèlement du Pacte de Varsovie en 1990, l’Otan va se découvrir une nouvelle mission en prétendant défendre les intérêts de la « Communauté internationale ». Une fois encore, l’OTAN, qui représente environ 10 % de la population mondiale, s’arroge le droit de la défense mondiale de la liberté, de la démocratie et de l’économie de marché.

En 25 ans, les guerres de l’OTAN ont causé des millions de victimes parmi les populations civiles et ce, quasi exclusivement dans les régions du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, c’est-à-dire dans le monde musulman.

Durant ces guerres très actuelles, ce sont les mêmes services de l’OTAN qui ont discipliné les services d’information et les mass médias en vue de nous fournir leur version des événements. 

Si nous voulons contribuer à rétablir ce qui grandit l’humanité dans sa recherche de progrès vers plus de liberté, d’égalité, de fraternité entre les individus et les collectivités, nous devrons sortir de la vision unilatérale qui nous est imposée, celle du concept de « civilisation occidentale », de sa défense et de la lutte contre les terroristes ; à savoir tous ceux qui contestent notre hégémonie basée sur la force.

Toutes les guerres menées aujourd’hui par - ou avec - l’OTAN bafouent, violent l’ensemble des valeurs que nous prétendons défendre. Celles de la démocratie et de l’Etat de droit.

Image: 
20 octobre 2018

La Magicienne

Il ne s’est rien passé puisque personne n’en parle. Ni la télévision, ni la radio ni la presse. La presse, je ne la reçois pas et la radio, je ne sais pas, parce qu’aux heures pile, au moment des informations, la réception est si mauvaise que les paroles du journaliste sont mangées par des grésillements. Le dernier recours pour m’informer, est d’écouter les paroles des gens à l’arrêt du bus, devant chez moi. Derrière le soupirail, dans ma cave, je tends l’oreille. Ca discute ferme de la météo, il fait trop chaud pour la saison, et de la hausse du coût de la vie, l’électricité coûte si cher, mais à propos de ce qui aurait pu se passer de grave, rien. Pourtant, depuis lundi, mon corps subit des transformations importantes. La chair a quitté les os de mon visage pour faire place au squelette de mon crâne. Dans le miroir de la salle de bain, s’affichent l'os du menton, du nez, du front, les orbites de mes yeux et j’aperçois toutes mes dents à cause de la disparition de mes joues. C’est répugnant. Quand je m’observe dans le miroir, je suis pris de nausée et de vomissement. Mon squelette ne se cache plus, il s'impose. Je suis bien conscient que je ne peux pas sortir en rue avec cette tête-là sans provoquer un dégoût, une panique et une fuite généralisée ou peut-être même de l’agressivité. Les gens sont si bizarres. Impossible de sortir avec cette tête de monstre. Je prends donc la décision de rester planqué dans ma cave, à l’abri.

Ca fait combien de temps que ma gueule a commencé à se modifier ? Aucune idée. J’aurais dû tracer un trait sur le miroir chaque fois que j’observe ma gueule ravagée dans la salle de bain mais je ne l’ai pas fait et j’ignore quel jour on est, ni quelle semaine et même quel mois. Pas grave. Je peux tracer un trait chaque fois que la nuit tombe et un autre quand le soleil se lève. Assis contre le mur, j’attends la nuit, la seule certitude qui me restera. Elle vient. Et le matin aussi. Je peux compter sur eux. Soudain, on sonne à la porte. La sonnerie ressemble à un cri inquiet. Une fois, deux fois, trois cris qui me terrorisent. Je reste assis contre le mur sans bouger, sans respirer. Faire croire qu’il n’y a personne d’humain dans cette cave. Personne. Il n’y a personne. Ne descendez pas, n’ouvrez pas la porte. Il n’y a rien à voir, rien. Avec le soir qui tombe le silence s’installe mais je reste sur mes gardes de longues heures. On pourrait sonner à nouveau.  La nuit revient et, je respire. En général, la nuit, personne ne sonne à la porte des gens. Quatre nuits et quatre matins déjà. Je ne suis plus certain de rien sauf que la nuit descend dans ma cave jusqu'au matin. Les certitudes me rassurent un peu. Le cinquième matin je ressens l’envie de revoir ma mère. Maman est une magicienne, elle a toujours réglé mes problèmes à coups de baguettes magiques, toujours guéri mes maladies, même les plus bizarres avec des philtres dont elle est la seule à connaître le secret. En elle j’ai confiance, elle saura quoi faire pour ma gueule dévorée.  Elle a toujours trouvé une solution à tous mes problèmes. Depuis ma naissance, elle m’a toujours sauvé du désastre. Peut-être même qu’elle m’aimera comme je suis. Avant d’être un monstre, j’étais son fils. Le bus qui s’arrête devant ma cave me conduira directement chez elle. Avant de sortir, je prends la précaution de recouvrir ma gueule d’une taie d’oreiller dans laquelle j’ai percé trois trous. Deux pour regarder et un pour la bouche. Dans le bus, tous les visages, celui du chauffeur et des passagers, sont recouverts. D’un bonnet, d’une écharpe ou d’un simple morceau de carton troués au niveau des yeux et du nez. Des passagers dissimulent leur visage sous leur veste. Dans le bus, personne ne parle de ce qui s’est passé. Curieusement, découvrir que la maladie qui me ronge s’est attaquée à d’autres citoyens ne me rassure pas. Je croyais naïvement que j’étais la seule victime de ce mal étrange et que les autres humains, des scientifiques ou des médecins pourraient me sauver mais ce n’est pas le cas. Toute la ville est touchée, la planète entière peut-être, et personne ne sera capable de me guérir. Sauf  Maman qui trouve toujours une solution à mes problèmes et qui annihilera le mal qui me ronge. Le bus stoppe justement devant chez elle. Je descends et je me dirige vers la porte de la maison de ma mère dont j’ai conservé une clef. J’entre. Elle n’est pas au salon et, pas non plus à la cuisine. Je parcours toute la maison à sa recherche jusqu’à ce que je découvre  de la lumière sous la porte de la cave. Evidemment ! C’est là qu’elle se trouve. Une magicienne ne vit pas au même niveau que le commun des mortels. Elle travaille en secret, dans sa cave, en sécurité comme toujours. Je frappe à la porte de la cave. Pas de réponse

Je frappe à nouveau et je dis : « C’est moi, Maman ! »

Pas de réponse.  Un court instant, je me dis qu’il n’y a personne. Pourtant, l’idée de reprendre le bus pour traverser la ville et retourner dans ma cave est insupportable. N’importe qui pourrait croire qu’il n’y a personne mais je ne suis pas n’importe qui. Je suis son fils et je sais qu’elle est là en train de préparer ses potions et ses philtres. Elle est la seule qui peut me venir en aide comme elle l’a toujours fait. Je tourne le bouton de la porte qui s’ouvre en silence

- Dans la cave, assis contre un mur se trouve quelqu’un dont le visage est recouvert du masque de Blanche Neige dans le film de Walt Disney. En m’apercevant, Blanche Neige ouvre les bras pour m’accueillir. Deux humérus et deux radius, une kyrielle de carpes et de métacarpes tentent de s’emparer de mon corps dans un cliquetis épouvantable.

Image: 
© Serge Goldwicht
16 octobre 2018

« Le bouquet de tulipes » de Koons, l’enquête. Premier épisode.

 

Le super cadeau offert par les puissants Etats-Unis d’Amérique à la France et à la Ville de Paris en gage de son amitié après les massacres de 2015, une œuvre phare conçue par Jeff Koons érigée dans le centre historique de Paris et on se contente pour annoncer cet évènement d’une discrète conférence de presse tenue par Christophe Girard, adjoint à la Culture ! L’objectif fut brillamment atteint : la nouvelle fit quelques lignes dans la presse et fut tout aussi discrètement relayée dans les médias.

Moi, j’attendais une signature en grande pompe, retransmise en direct sur France 2, commentée par Stéphane Bern, avec dans les rôles principaux Mr Trump, le président Macron, Mme Hidalgo, et en deuxième plan, mais bien visibles sur un plan large, Mme Nyssen, ministre de la Culture, l’artiste et pour faire « plantes vertes », l’ambassadeur des Etats-Unis, Christophe Girard et pourquoi pas l’ineffable Jack Lang, pour faire consensus national.

La discrétion n’étant pas la principale qualité des protagonistes de cette affaire, j’en viens à m’interroger sur la modestie de l’annonce. De là, une double interrogation, pourquoi une communication à si faible bruit alors que pendant 3 ans le feuilleton du cadeau de Koons a fait couler tant d’encre et usé tant de salive ? Pourquoi parle-t-on si peu de l’œuvre en elle-même, une statue monumentale polychrome de plus de 10 mètres de haut et de 33 tonnes dans le Paris historique ! C’est pas rien quand même !

Tel Tintin, grand reporter, j’ai fait mon enquête et je vous livre mes conclusions en deux épisodes. Le premier sur l’imbroglio politique et la seconde sur « Le bouquet de tulipes », en tant qu’œuvre d’art.

Or donc, Christophe Girard, a annoncé en petit comité qu’après moults péripéties et conciliabules, Koons était finalement tombé d’accord pour que la Ville installe son désormais fameux « Bouquet de tulipes » dans un jardin de Paris. Les précisions apportées valent leur pesant de cacahouètes : « Le lieu, c’est le musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, le Petit Palais, juste derrière le Grand Palais. Il y a, autour du Petit Palais, des jardins municipaux dans lesquels il y a un emplacement possible ».

Pas facile à trouver le jardin même pour un vieux Parisien ! Il est petit, comparé aux Tuileries, caché par le Petit Palais, cerné par les Champs-Elysées au nord, le Cours La Reine au sud et à l’est par la place de La Concorde. A part quelques touristes en quête de bancs pour soulager leur douloureuse plantes des pieds et quelques amoureux qui s’y bécotent, personne ne connait ce petit jardin qui n’a même pas de nom ! Et puis et surtout, ledit jardin n’est pas devant le Petit Palais mais derrière. Les visiteurs du Grand Palais et du Petit Palais ne verront pas l’imposante statue. Pour la voir, il faudra contourner le Petit Palais et pénétrer dans le jardin. Encore faudra-t-il savoir que la statue s’y cache !

Notre affaire a commencé par des drames qui ont profondément traumatisé notre pays et ému le monde entier : les attentats djihadistes de 2015. L’idée d’offrir un cadeau à la France endeuillée pour marquer symboliquement la force des liens qui unissent la France et les Etats-Unis n’est pas de Koons. Elle est de Jane D. Hartley, ambassadrice des Etats-Unis en France depuis 2014. C’était une démocrate nommée par Barack Obama. C’est elle qui sollicite Koons qu’elle connait personnellement et dont elle connait l’œuvre. En effet, peu après sa nomination, elle avait donné à l’ambassade une réception qui a accueilli le Tout Paris des arts et de la culture pour célébrer la rétrospective de Koons au Centre Pompidou qui avait battu des records de fréquentation (plus de 650 045 visiteurs). Un évènement pour un artiste étasunien contemporain dont les œuvres attirent les foules et… les polémiques. On se souvient qu’en septembre 2008, il avait exposé 17 de ses œuvres au château de Versailles.

Soyons clair, l’ambassadrice est à l’origine du projet de cadeau d’état à état et Koons « donne » une œuvre spécialement dédiée pour conforter nos relations avec notre allié. Soyons encore plus clair, l’artiste donne une idée de statue, un cahier des charges pour la réaliser et même de jolies images anticipant son installation entre le Musée d’art moderne de la Ville de Paris et le Palais de Tokyo. Pour être encore plus clair (plus clair, c’est transparent !), le gouvernement des Etats-Unis ne donne rien à part sa bénédiction, Koons ne donne pas la statue mais le projet de l’érection d’une statue sur son socle. C’est Koons qui choisit l’emplacement.

Quelques bémols à la clé toutefois, il convient de trouver un financement au « cadeau » via le lancement d’un appel au financement international, coordonné pour le fonds pour Paris créé pour l’occasion. La Ville de Paris doit en amont recueillir l’avis favorable de l’architecte des bâtiments de France et s’ingénier à trouver 3,5 millions d’euros.

Fastoche, l’affaire pilotée par les diplomatie américaine, française et la mairie de Paris semble rapidement pliée. Que nenni ! Des voix s’élèvent pour dire que personne n’a été consulté, ni les riverains des deux musées ni les deux directeurs des deux institutions concernées, Fabrice Hergott [Musée d’art moderne] et Jean de Loisy [Palais de Tokyo]. D’autres déplorent la démesure du projet. Fin 2017, l’Espace 35, un collectif d’artistes de Belleville, lance une pétition titrée « Non au bouquet de tulipes de Jeff Koons à Paris ». Elle recueille 6159 signatures. Il est vrai que l’œuvre est haute de plus de 10 mètres, large de 8 et pèse 27 tonnes sans son socle. A cela s’ajoute une tribune publiée dans le journal Libération du 21 janvier. Autour de Frédéric Mitterrand et d’Olivier Assayas, une vingtaine de personnalités lancent un appel : « Non au « cadeau » de Jeff Koons ». Pour les signataires, Koons est « devenu l’emblème d’un art industriel, spectaculaire et spéculatif » et « son atelier et ses marchands sont aujourd’hui des multinationales de l’hyperluxe ».

Pas de concertation (elles ont été remplacées par des négociations entre les états et la Ville de Paris), la statue altère la perspective du prestigieux Palais de Chaillot, son gigantisme est contestée par les artistes français et les « intellectuels ». Ceux de droite (les mêmes qui ont hurlé que l’expo de Koons à Versailles était un sale coup porté à la culture française). Ceux de gauche voyant dans Koons le symbole accompli des dérives du marché de l’art et une vaste opération publicitaire.

Fin 2017, notre affaire se complique. L’état qui hérite de la patate chaude doit gérer les relations diplomatiques avec les Etats-Unis et la montée au créneau des intellos. Le bon peuple se gausse du « cadeau » de Koons et l’opinion publique, viscéralement antiaméricaine, penche du côté de ses intellectuels ne connaissant de Koons que le scandale (son mariage avec la Cicciolina, une ancienne actrice porno italienne, les homards géants accrochés dans les salles d’apparat de Versailles etc.). L’architecte des monuments historiques donne un avis défavorable à l’installation entre les deux musées comme le voulait Koons, au motif du poids excessif de la statue (plus de 33 tonnes !). Pourtant, les financements sont trouvés.

Bref, le problème est posé autrement : L’état accepte le cadeau, la Ville de Paris ne peut pas le refuser, l’argent a été trouvé. Reste à trouver un lieu qui peut accueillir l’œuvre et être accepté pour toutes les parties. Pas simple !

Les positions des protagonistes semblent irréconciliables. Les Etats-Unis veulent, pour leur cadeau à la France, un lieu prestigieux. La mairie de Paris voudrait établir un lien entre l’œuvre et les attentats. Koons se satisferait semble-t-il du Grand Palais, juste en face du Petit Palais, pour que son « cadeau » soit bien vu par les visiteurs de la FIAC. L’hypothèse du Grand Palais est rejetée car elle signerait la guerre avec les intellos, surtout ceux de gauche. La mairie pense au 11ème arrondissement, le plus proche des lieux des attentats. Mais allez trouver, un lieu prestigieux dans cet arrondissement populaire ! On pense au parc de La Villette. Pas assez prestigieux, pas proche des lieux des attentats. Aucun rapport avec la Cité des Sciences et de l’Industrie. Et puis dans le parc, y a pas une seule statue ! Mauvaise pioche.

« Le bouquet de tulipes », virtuellement, voyage et finalement, car il faut bien clore ce dossier, un accord est conclu entre la ministre de la Culture, Mme Nyssen, les Etats-Unis, La Ville de Paris et Koons. La réception de Koons par Mme la ministre scellera l’accord. Ce sera dans un « quartier » prestigieux (certes derrière le Petit Palais, mais près des Champs-Elysées),

Pas loin d’un musée (derrière !). On évite les questions qui fâchent : ça ne risque pas d’être une vitrine pour Koons, on ne verra pas la statue de l’avenue du Président Wilson, le Petit Palais fera écran à la fureur des intellos, quel rapport entre le jardin public et les lieux des attentats ? Aucun. Arrêtez de poser des questions idiotes !

Dossier définitivement bouclé. Levez le ban ! Les Etats-Unis célèbre leur indéfectible amitié avec la France meurtrie, le président Macron ne veut pas pourrir davantage ses relations avec Trump, Mme Hidalgo, maire de Paris, a accepté d’accueillir le cadeau (et prépare les élections municipales !) et Koons se satisfait d’un scandale de plus qui a duré 3 ans. Il a loupé sa reconnaissance par les autorités constituées de son talent, pour graver dans le marbre français son génie, il faudra attendre. Il a cédé ses droits sur l’œuvre quand elle existera. Il est par voie de conséquence généreux. C’est bon pour l’image coco (clap de fin).

A suivre.

 

 

 

Image: 

Présentation du projet à l'ambassade des Etats-Unis à Paris en présence de l'ambassadrice, de Mme Hidalgo et de Jeff Koons.

Une image du projet.

Implantation prévue de la statue.

Jeff Koons présente son projet comme acté.

Entretien de Mme Nyssen, ex-ministre de la Culture, et de l'artiste.

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16 octobre 2018

Sur mon beau vélo en compagnie du Boléro

…je pédale grand braquet pour accéder au Ravel par les rues montantes du village. Je m’y insinue par une trouée dans la haie qui le borde, en ayant laissé passer une famille ultra-complète qui, comme dans les films où on montre au ralenti les détails de l’exploit sportif, marchent avec une lenteur exaspérante… on croit même qu’à certains moments, tous s’arrêtent…heureusement il y a la persistance rétinienne et donc alors ça continue mais encore plus lentement…

Il y a la mère-le père-la sœur du père-le frère de la mère-la sœur aînée et aussi une chiée d’enfants qui font semblant de jouer sans grande conviction. Ils courent languissemment autour du groupe jusqu’aux trainards, les deux derniers, lesquels sont la grand-mère et son époux ; ce dernier porte le petit vélo vert du dernier moutard qui a réfuté l’argument selon lequel ça doit l’amuser de pédaler : il (ou elle ?) préfère que ce soit l’aînée de la sœur du père de la mère qui le (la) porte…ainsi il peut sucer son pouce tout avachi sur l’épaule de la robuste matrone.

J’abandonne sans remord la furtivité de l’image dégoulinante de ce bonheur ennuyeux comme une tartine de confiture bon marché. Moi, je vais en sens inverse, je m’éloigne du conglomérat familial, je baisse les yeux et fixe le bitume sur lequel mon « pneu » arrière bruisse tout en produisant un « schluss-schluss-schluss » rythmé. Je freine, je m’arrète, je descend de ma selle, je regarde : c’est ma « fonte » qui d’un coin replié touche sporadiquement un rayon de la roue légèrement voilée. Je vérifie ce qu’il y a l’intérieur, les change de place, pince et plie le bord du sac et me remet en selle. Le bruit a disparu. Je veux dire qu’il ne réapparait pas.

Main-nant, je suis sur le morceau qui descend légèrement, je met le petit braquet, je pédale, je laisse rouler en douce mes roues en roue libre, je pédale deux fois, je roule, je pédale, je roule, je pédale, je roule…je freine un peu pour passer au travers de la grand-rue qui coupe l’ancienne voie de chemin de fer devenue le Ravel : tronçon Fleurus-Gembloux-Perwez-Andenne. Moi, je vais vers Gembloux. Au travers du parc industriel. Ca remonte un peu. Je re-pédale. Je descend au braquet n°3… relax. J’évite de trop grandes orties qui empiètent sur le parcours. Putain, les orties ! Les traitresses. Ce sont des buissons entiers, hautes de près de deux mètres ; il y a aussi les ronces qui, en plus de la traitrise, appliquent le principe de la sournoiserie rampante ! Elles me cherchent de leurs piquants accrocheurs, surtout mes pneux et mes chères chambres à air… J’entend un chuintement derrière moi, je serre ma droite, une espèce de serpent-araignée colorée et luisante, montée sur une bicyclette aéro-dynamite me double sans vergogne sans avoir fait « ting-ting ».

Moi, je fais toujours « ting-ting » quand je double.

Il faut le dire : je ne double que les marcheurs, ou les tous petits enfants sur leur baïssiquell’ en réduction accompagné d’un parent ou des deux.

« Ting-ting » : j’approche un couple qui se tient par la main. Ils sont nus et, vu de dos, les fesses de l’une compensent les fesses de l’autre. Ils sont magnifiquement bruns, sans marque blanche du soutien-gorge ou du calcif. Les cheveux de la femme flottent à la légère brise. Le mec velu est un poil plus grand qu’elle, musclé comme un bestiau bleu-blanc qu’on voit dans les concours de bestiaux. Je les dépasse et tourne la tête  pour voir là où ça se passe, le coté face sur le devant faste de chacun d’eux….. Quelle déception : ce sont deux petits vieux comme moi, habillé chaudement parceque le vent est au nord-est et que pour eux, il fait un peu frisquet. Pour moi aussi. Du coup je referme ma veste légère jusqu’au cou : on ne m’y prendra plus au voyeurisme fantasme-pas-glorieux…

D’autres randonneurs à vélo me croisent. Certains me saluent, d’autres pas : ils font comme si je n’existais pas.

Je m’en fiche. Je n’ai pas besoin qu’on me voie, qu’on me regarde, qu’on se dise : cé qui sseu vieu tubard qui ne pédal’qu’à moitié ? …Vraiment, ça m’est égal ce qui s’éculubre dans les synapses des quidames (sic) lorsqu’elles me voyent avec mon short trop court qui, dès que je relève la cuisse, laisse voir j’en suis sûr, la rondeur de mes couilles rempaquetées par mon noir calcif…

Je fends la brise et flotte au vent…..

Et puis je freine et m’arrête à l’ombre des buissons qui bordent le ruban asphaltique. J’ai vu quelque chose un peu en arrière que personne n’a vu ni ne voit, ni ne veut voir sans doute, car j’ai l’œil en forme de plan américain…je sors mon portable : je vais déclancher l’obturateur électronique du logiciel photographique…afi !n de saisir la beauté de que j’ai aperçu…

J’hésite : vais-je immortaliser la chose immonde qui s’étale sur le macadam ? C’est plat et raplapla…un rat plat, écrasé par je ne sais qui ou je ne sais quoi. Son ventre s’est ouvert hors duquel dégoulinent les viscères avec le sang qui devient noir d’où émergent de formes blanches, vertes et bleues foncés…Oufti ! il y en a des choses dans cette bestiole ! Comme c’est intéressant cette lection d’anatomie champestre!

Ô rat des champs qui passait inopinément sur la voie cyclable et Ravelienne, merci de t’être fait écrasé pour nous montrer ton intérieur encore chaud où déjà mouches bleues et vertes se posent en se léchant les bibines.

Clic ! ça y est, te voila en boite veille canaille, ravageur de jardin, fouisseur de galeries, défonceur de pelouses, forniqueur impénitent qui déverse partout où il peut (et même où il ne peut pas), sa marmaille glapissante qui ne manquera pas, à la vitesse grand V, de se perpétuer en incestant quasi instantanément dans l’instant proche du hic et nunc, lesquels vont eux aussi, vomir des monstres dévoreurs et rongeurs de tout, absolument tout, tout ce qui passe à portée de leur portée !!!!!

Je remonte sur ma bécane, je m’enfuis et je file et refends la brise pour m’interloquer, réprimant ma nausée (non, je blague), sur les rencontres étranges et pas vraiment rassurantes qui vaquent impunément sur le Ravel…Ai-je cité les champignons certainement  vénéneux qui prolifèrent dans le contrebas  du ballast anciens ?

Chié, prout et crotte : a pa peur !!!

 

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15 octobre 2018

13 chevaux

&

Image: 

13 chevaux dans le soleil

Le plus fier boite

Un vent léger chante

Dans les peupliers

3 ânes se suivent

Pensifs

2 arbres morts

Jettent une ombre cassée

Sur l'herbe brûlée

13 chevaux dans le soleil

Le blanc galope brusquement

Chasse une bande de corneilles

Un héron survole les lieux

Paisible

Un papillon blanc

Se pose sur moi

Je suis une herbe sauvage

Qui ne pense rien

Sous les nuages

13 chevaux dans le soleil

Passent sans me voir

12 octobre 2018

L’offre et la demande

Le capitalisme lui allait comme un gant. Toute sa vie, il avait respecté scrupuleusement la loi de l’offre et de la demande ainsi que les règles du libéralisme et du libre- échange. La loi du marché était la seule loi qu’il respectait dans son travail, vendeur de voiture de luxe, dans sa vie privée et dans sa vie de citoyen. Tout avait un prix, les choses comme les gens. Il avait pris l’habitude d’évaluer les individus qu’il croisait. Plus que lui ou moins que lui en fonction de leur origine, de leur âge, de leur physique et de leur emploi. Ce n’était pas sa faute si la plupart des gens possédait une valeur moindre que la sienne.Quand sa femme le quitta pour un type sans valeur, une rupture qu’il vécut comme un échec personnel car cette femme était une vraie bonne affaire, il se retrouva sur le marché de la séduction. Un homme mûr qui n’est pas au chômage, un gars bien foutu, capable de bander vigoureusement, un homme musclé pas chauve et pas bedonnant, cela vaut son prix. Il se mit à la recherche d’une femme qui accepterait un échange sexuel car elle vaudrait approximativement le même prix que lui sur le marché. Aux yeux de cet homme, sa démarche ne posait aucun problème. D’ailleurs, se disait-il, au Moyen âge, les nobles, hommes et femmes ne signaient leur contrat de mariage que s’ils possédaient un titre ou un territoire équivalent. Il se mit à la recherche de la bonne affaire même s’il connaissait le danger qu’il risquait en fréquentant des femmes : l’Amour. L’amour est l’ennemi du capitaliste. En amour, on investit beaucoup, tout le temps, sans jamais voir la couleur des bénéfices. Il croisa une femme d’un prix équivalent au sien qui refusa des rapports sexuels parce qu’elle avait une trop haute opinion de sa valeur.  Ses hormones le tourmentaient. Depuis combien de temps n’avait-il plus baisé ? Les besoins sexuels de notre homme l’obligèrent à chercher la bonne occasion. Une femme laide ou malade qui serait heureuse de s’offrir un type d’une telle valeur. Il fit l’amour avec des femmes qui, à ses yeux, ne valaient pas grand-chose et qu’en temps normal, il n’aurait même pas regardé. Le problème, c’est qu’il se lassa rapidement des femmes qui ne le valaient pas parce qu’il avait l’impression de gaspiller son capital. Rien ne pouvait plus apaiser ses besoins sexuels. Il pensait au sexe jour et nuit ou plus précisément, son sexe pensait à sa place. Heureusement qu’il reste les prostituées. Au moins, les professionnelles qui font commerce de leur corps affichent leur prix. Tout est plus simple et plus honnête quand on affiche le prix des choses, se dit-il. L’homme se rendit alors dans la galerie marchande où les femmes sont en vitrine.  Dans la galerie des Vitrines, chaque client est scanné et doit se soumettre à une analyse de sang et d’urine pour éviter les maladies sexuellement transmissibles. La mafia n’organise pas les tests pour éradiquer les maladies, elle s’en fiche, mais une travailleuse malade coûte si cher.

Le taux de testostérone anormalement élevé chez ce client interpelle le mafieux laborantin qui alerte ses supérieurs. Après avoir observé toutes les vitrines, le choix de notre homme se porte finalement sur une brune pulpeuse que la mafia qui en espérait une bonne rentabilité avait arraché à son pays et à sa famille. La femme expose une partie de ses charmes en vitrine. Sa bouche, ses cuisses et sa magnifique poitrine… Cette femme qui a beaucoup de valeur, notre homme la désire dès qu’il la voit. Plusieurs hommes semblent intéressés par la prostituée. On fait la file. Quand, enfin, arrive le tour de notre homme, il pénètre dans le magasin. Un parfum féminin éveille ses narines et ses sens. Il n’en peut plus débander. Ivre de désir, il se cogne aux murs des salles minuscules La femme ne se trouve pas dans la première pièce, il pénètre dans la seconde. Personne. Où est-elle ? Il avance encore. La troisième pièce est un boudoir décoré d’estampes suggestives mais vide. Où est la femme ? Il se sent mal tellement il la désire. Au moment où il sort du boudoir, deux hommes le frappent violemment à l’arrière du crâne. Il s’écroule, inanimé. Une aiguille cherche ses testicules. On lui ponctionne un peu de sperme. Sa substance est si riche en testostérone que ce stéroïde naturel sera vendu par la maffia à un laboratoire pharmaceutique, fabricant de petites pilules bleues. A la mafia, le capitalisme va aussi comme un gant. Sous sa capsule de plastique, il rayonne de bonheur parce qu’il est frénétiquement touché, choisi et emporté pour quelques euros par des dizaines de femmes désireuses de booster le désir de leur mari défaillant.

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© Serge Goldwicht

11 octobre 2018

Banksy, le procès .

-Monsieur le procureur de la République, je vous donne la parole pour votre réquisitoire.

-Merci monsieur le juge,

J’entends dans mes réquisitions faire la démonstration qu’un faisceau d’indices convergents tendant à montrer que la pseudo disparition de l’œuvre de M. Banksy après son adjudication à plus de 1,2 millions d’euros est une machination dûment préméditée entre la salle des ventes et l’accusé.

Je ne reviendrai pas sur les faits, ils sont dans toutes les mémoires. Venons-en aux indices prouvant la préméditation et la complicité entre l’artiste et Sotheby’s.

Vous avez noté, monsieur le juge, que l’œuvre, semble-t-il un pochoir, n’a jamais été dissocié de son cadre. Le cadre d’un style ancien et doré contraste singulièrement avec la modernité de l’œuvre. Si nous reprenons les dires de l’accusé, il aurait piégé le cadre il y a de nombreuses années attendant une hypothétique vente aux enchères. Or, une photographie largement diffusée dans la presse montre une inscription manuscrite au dos de l’œuvre : 70/150. D’où monsieur le juge mon étonnement. Pour prendre ce cliché, il y a fallu sortir la feuille de papier sur laquelle était peint « La fille au ballon rouge » de son cadre. Cette opération était délicate car le cadre était en toute hypothèse une caisse américaine selon l’expression consacrée, un cadre qui avait un fond. Si Sotheby’s a effectué ce démontage, ses experts n’ont pas observé que le cadre était plus lourd qu’un cadre doré ordinaire ?

En effet, monsieur le juge, l’accusé après sa supercherie a mis en ligne sur Instagram une vidéo montrant comment dans la partie basse du cadre, une déchiqueteuse a été placée. Nous voyons distinctement l’ensemble des pièces métalliques qui la constituent. Ces pièces ont un poids certain et ce poids situé dans le bas du cadre crée une différence de poids entre le haut du cadre et le bas. Si le cadre a été ouvert, qui plus est par des experts, l’attention des dits experts n’aurait pas été attiré par un cadre trop lourd et fortement déséquilibré dans la partie basse ?

Je note, monsieur le juge, l’étrangeté de la situation. Tout laissait prévoir que la vente de Sotheby’s allait atteindre des sommets voire des records de prix. « La fille au ballon rouge » était l’attraction principale de la vente. Et on voudrait nous faire croire, que l’œuvre n’aurait pas été expertisée avant d’être mise aux enchères ! L’usage, dans ce cas de figure, est l’expertise de l’œuvre mise en vente par plusieurs experts. Experts qui rédigent des attestations d’authenticité. Où sont les certificats monsieur le juge ? Mon souci n’est pas d’établir que le pochoir est bien une œuvre de Banksy mais de prouver qu’une œuvre dont on suppute qu’elle va battre des records de prix a été nécessairement expertisée et que ces experts n’ont pas pu ne pas remarquer l’anomalie du poids excessif du cadre.

Hypothèse, monsieur le juge, voire !

Examinons une autre hypothèse si vous le voulez bien.

L’accusé, nous en avons fait état précédemment, explique qu’il a piégé son œuvre il y a plusieurs années dans l’espoir qu’elle soit vendue aux enchères. Avouez que l’effet de la supercherie eut été moins grand si la vente s’était déroulée dans une obscure salle des ventes de Guéret dans le département de la Creuse !

Notons que de nombreuses ventes de tableaux sont faites dans des galeries ou de particulier à particulier et, parfois, de manière fort discrète. L’artiste en l’occurrence ne pouvait avoir aucune certitude que son œuvre soit vendue aux enchères et, excusez-moi du peu, chez Sotheby’s, devant un parterre d’acheteurs internationaux, vente exceptionnelle couverte par les médias !

Notons également que la durée entre le piégeage du cadre et l’adjudication pose un problème technique. En effet, le mécanisme de la déchiqueteuse nécessite une source d’énergie pour être opérationnel. Nous pouvons certes imaginer qu’un comparse ait in situ déclenché le mécanisme, il faudrait admettre qu’une batterie, des piles peut-être, auraient conservé un temps indéterminé leur puissance. Voilà bien des conditions difficiles à satisfaire !

Que dire, monsieur le juge, de la farce de la vidéo ! Sans être grand clerc, il est certain qu’elle résulte d’un montage. Le nombre des plans, la diversité des angles, montrent que plusieurs comparses ont filmé la scène. Nous voyons, monsieur le juge, qu’ils sont placés très près de l’estrade, proche du commissaire-priseur et de l’œuvre. Les comparses étaient assis dans les premiers rangs et debout près de l’estrade. Or, les premiers rangs sont réservés aux happy few, aux acheteurs potentiels, invités par la salle des ventes. Il n’est pas aisé de s’approcher debout de l’estrade et d’œuvres dont la valeur est considérable. Sotheby’s a tous les éléments pour identifier les auteurs des prises de vues. Que ne le fait-elle pas !

Monsieur le juge, mes observations, mes hypothèses, accréditent la thèse d’une préparation bien en amont de l’évènement. Le but ? Transformer une vente en un happening culturel. Oserais-je ajouter que l’œuvre à moitié déchiquetée a doublé voire triplé sa valeur après cette mise en scène savante brillamment réussie.

L’objectif n’est pas mercantile, j’en conviens aisément. Il s’agit pour l’accusé de conforter son image de trublion de l’art urbain contemporain. Nos codes n’interdisent pas à un artiste de détruire ses œuvres. Certes. Mais ils punissent la complicité entre salle des ventes et vendeur aux fins de duper les honnêtes gens.

Je requiers, en conséquence, l’annulation de la vente et la condamnation conjointe de l’accusé et de la société de vente aux enchères Sotheby’s pour grivèlerie en vertu de l'article 313-5 du code pénal.[1].


[1] Ce billet est une pochade destinée à divertir le lecteur. Il n’en demeure pas moins que tous les faits sont authentiques.

Image: 

"Fille au ballon rouge", le pochoir dans son cadre.

Le pochoir in situ.

Reproduction du pochoir diffusée dans le monde entier.

Variation sur le thème.

Variation "à la pomme"

Déclinaison "anglaise".

L'oeuvre en train d'être déchiquetée. On notera l'excellent cadrage d'un événement qui a duré quelques secondes.

Inscription au dos du pochoir.

produit dérivé, tee-shirt.

produit dérivé, collier.

Comment fabriquer soi-même "Fille au ballon rouge".

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