semaine 38

Minuit moins cinq

Edito par Jean Rebuffat, le 11 septembre 2020

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C'est surtout les poissons d'eau douce qui se font rares. Photo © Jean-Frédéric Hanssens

L'extinction massive des espèces que l'espèce dominante a enclenché n'est pas irréversible. C'est la bonne nouvelle de la semaine et on en perçoit aussitôt toute la relativité. Intuitivement, on s'en doutait: le confinement a fait un bien fou à la planète, c'est donc possible. Oui – sauf que le confinement est terminé et que le demi-tour nécessaire se mue en infléchissement plus ou moins marqué.

Le changement climatique n'est pas le seul responsable de cette éradication. Les causes en sont d'ailleurs partiellement les mêmes. Déforestation, combustion d'énergies fossiles, urbanisation, surpêche, agriculture intensive, avec tout ce que cela suppose dans la gestion de l'eau, pollution (notamment par les plastiques), bref la prééminence donnée aux attitudes dont nous avons hérité était mue par une tranquille illusion: il y en aurait toujours assez pour tout le monde et si localement ce n'était pas le cas, les progrès scientifiques permettraient de doper ce que la résilience de la nature n'autorisait plus.

La première étape d'un changement est toujours une prise de conscience. Les progrès de l'humanité ne naissent pas de rien. Mais si le constat est désormais clair, l'urgence n'est pas encore perçue dans son acuité. Les actions existent mais elles ne font pas l'unanimité. À force de procrastiner, l'homme se prépare à des lendemains de veille où la gueule de bois aura une part d'autant plus grande que le retard sera considérable. Il est bien joli de se réjouir (ou de déplorer) le retour du loup. Mais au regard de cette extinction massive des espèces, la réintroduction de quelques ours dans les Pyrénées semble très anecdotique face à ce fait terrifiant: la biodiversité est soumise à une tension extrême proche de la rupture; deux tiers des espèces de vertébrés ont décliné durant le dernier demi-siècle.

Pourtant tout n'est pas perdu. Pour ne prendre que ce seul exemple, la gestion des réserves halieutiques s'est améliorée. Le cabillaud cher à nos assiettes peut y retourner – à condition de ne pas abuser, car c'est clair, le contenu de son assiette est du ressort de l'individu et l'avenir passe aussi par une remise en question de ce que chacun d'entre nous mange. Il n'est pas nécessaire de prêcher une sorte de carême permanent. Rien qu'arrêter le gaspillage et adopter quelques règles que la nature imposait jadis (manger ce que le terroir et la saison apportent) feraient déjà un bien fou tant à la planète qu'à la santé publique.

https://www.wwf.be/assets/RAPPORT-ANNUEL/FR/WWF-RA2019-FR-web.pdf

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