semaine 34

La mort navrante de Vincent Lambert

Edito par Jean Rebuffat, le 12 juillet 2019

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Photographiée (© Jean Rebuffat) à une foire artistique, cette pendule ironique pose un vrai problème de société. On répond de plus en plus souvent oui à sa question.

La mort, inéluctable conséquence de la naissance, est un phénomène à la fois naturel, culturel et politique. La définition même de la mort a évolué au fil du temps: ce n'est plus l'arrêt du cœur mais l'électro-encéphalogramme plat qui fait foi. Ce qui fait l'humain, c'est le cerveau, siège de la pensée et des émotions, et si celui-ci s'éteint, la vie s'en est partie.

Il n'y a pas de définition parfaite, absolue et intangible de la mort. Il est difficile, pour beaucoup, d'imaginer que quelqu'un qui respire est mort. Peu à peu, dans les sociétés ouest-européennes en perte de sentiment religieux, la question de mourir dans la dignité s'est posée. À quoi bon entretenir un corps sans cerveau? À quoi bon se battre jusqu'à l'absurde quand on sait que la mort est imminente? Ne vaut-il pas mieux renoncer à l'acharnement thérapeutique et même, si la volonté de l'individu concerné est claire, admettre l'euthanasie?

La Belgique, pourtant longtemps marquée politiquement par un puis deux partis catholiques puissants, a très longtemps été à la traîne dans ces questions dites éthiques. Désormais, c'est exactement l'inverse. Il est assez paradoxal de constater qu'à opinions publiques à peu près identiques sur ce point, soit très largement favorables à ces lois nouvelles, la France se montre extrêmement frileuse à les adopter. Il a fallu attendre le quinquennat de François Hollande pour que le mariage pour tous soit voté, malgré des manifestations publiques où la mobilisation des minorités agissantes avait été évidente. Ce phénomène, qu'on retrouve aussi avec les gilets jaunes, par exemple (qui peut affirmer sans rire qu'ils sont majoritaires?), freine ces combats. Vieux pays frondeur, en France, les fourches de la colère sont vite sorties et c'est ce qui explique ce retard. Échaudé par cette difficulté, dans un pays où la laïcité est pourtant un principe de base, François Hollande n'a ensuite plus fait grand-chose en la matière. Or cela ne lui coûtait qu'un risque politique, nulle incidence budgétaire n'étant à prévoir. Emmanuel Macron n'a pas l'air d'accélérer. Et l'on se trouve, en France, avec des demi-lois qui n'autorisent pas l'euthanasie mais permettent une mise en sédation profonde dont personne ne sait avec certitude quand elle aboutira au décès (1).

Il ne faut pas chercher ailleurs la cause cet horrible feuilleton médiatique et judiciaire qui a marqué la vie et la mort de Vincent Lambert, resté onze ans contre sa volonté préalable à l'état de légume parce que dans sa famille, et principalement ses parents, des recours incessants (et ils ne sont même pas finis!) pour empêcher qu'on le débranche, comme d'autres proches, à commencer par son épouse, le demandaient. Le plus bizarre, dans cette famille catholique traditionaliste, est que Vincent Lambert était un enfant adultérin. Comme quoi même dans ces conditions, l'obéissance aveugle aux préceptes de l'église catholique peut être géométrie variable...

Le manque de courage politique provoque des drames inutiles qui sont tout de même autrement plus importants, sur le plan humain, que les homards de François de Rugy.

(1) J'ai vécu le cas personnellement avec le décès de ma plus jeune sœur à Montpellier. Le mardi, elle a signé le document légal. Tout le monde pensait que cela durerait encore un certain temps: la veille, alors que toute la famille, venue de France et de Belgique était à son chevet, les médecins l'avait assuré. Nous sommes repartis, éparpillés sur mille kilomètres. Le vendredi, mon autre sœur m'a dit de revenir tout de suite. La fin était tellement imminente que parti de Bruxelles au plus vite, je ne suis pas arrivé à temps: elle est morte alors que j'étais dans un TGV arrêté quelques instants à la gare de Lyon Part-Dieu. Que n'a-t-on fait le lundi ce qu'elle réclamait avec insistance, alors que nous étions tous là pour l'entourer!

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Commentaires

Portrait de Olivier MONTULET
Il n'est pas simple de trancher sur ce type de dossier qui se fonde sur la morale et l'éthique surtout dans une société qui tout en prônant la liberté individuelle (ego-centrée) sans limite renonce à, ou du moins dénie, toute prétention socio-culturelle à dicter un ordre oral autre que juridique. N.B. La morale Laïque n'est pas plus légitime que toute autre morale. P.S. Les Gilets Jaunes ne sont certes pas majoritaire au sein de la population française. Mais aucun mouvement social n'a jamais été majoritaire dans son expression. Il faut toutefois noter que les Gilets Jaunes ont (du moins au plus fort de leur actions -y compris violentes-) obtenu selon les différents sondages une très large majorité de sympathie au sein de la population française. Notons aussi que face à ce mouvement la majorité politique (Président,s 1er ministres, majorité parlementaire) a eu et a toujours un taux d'adhésion extrêmement faible et ce n'est que sa majorité relative qui lui permet de rester au Pouvoirs. Les Gilets jaunes sont à minima au moins aussi légitimes que cette majorité.
Portrait de Pierre Leboutte
Si ""quelqu'un qui respire est mort", est-il (ou elle) encore "quelqu'un" ?
Portrait de Marc Goltzberg
Une remarque personnelle concernant France et Belgique sur ce point: ne sont-ce pas des pays très catholiques au départ qui ont les législations les plus évoluées (dans certains domaines) : Belgique, Espagne, Irlande...mon explication: le fait d'avoir beaucoup tardé les propulse en une fois à la pointe du progrès, dont ils prennent le dernier train. Cela vaut également à certains égards pour la lutte idéologie entre l'ucl et une ulb empêtrée dans ses luttes glorieuses pour la laïcité au milieu du XXe siècle.

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