semaine 12

Allô, allô, quelles nouvelles?

Edito par Jean Rebuffat, le 11 janvier 2019

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Am Stram Gram, où sont passés les gens? Capture d'écran de la page d'accueil de Proximus

Ainsi donc, une fuite en a permis la diffusion, Proximus, l'opérateur historique de télécommunications belge, s'apprête à se débarrasser d'environ deux mille personnes (tout en promettant d'en embaucher paradoxalement une bonne moitié par ailleurs). Toute cette agitation est parfaitement révélatrice du mal belge et des excès de l'ultralibéralisme.

Qui est le propriétaire de Proximus, ex-Belgacom, ex-ex-RTT? L'état fédéral belge, à 53,5%. Qui dirige la Belgique, même en affaires courantes? Le gouvernement. Qui a appris en lisant la presse le plan de compression du personnel (principalement le personnel statutaire, le plus coûteux et le plus vieux, vestige de l'ancienne société publique)? Le Premier ministre, Charles Michel. Ah, pas content, le Premier; les affaires courantes, ce n'est décidément pas un long fleuve tranquille, il y a des récifs partout, et la solution choisie, un coup de barre à gauche, un coup de barre à droite, risque autant de faire chavirer l'esquif de le faire aboutir après les élections de la fin mai. Quoi, pense le citoyen lambda, mais qu'est-ce que c'est que cette entreprise qui n'informe pas son propriétaire? Eh bien, laissons Dominique Leroy, la patronne de Proximus, nous l'expliquer: depuis deux ans, la loi rend extrêmement difficile l'intrusion décisionnelle de l'état dans les deux entreprises à statut hybride que sont bpost et Proximus. Autrement dit, l'état a renoncé à influencer, au nom des sacro-saintes lois du marché, l'un de ses joyaux d'ailleurs bien rentables, non seulement au niveau des dividendes mais aussi des perspectives de revente, car l'ancienne majorité ne faisait pas mystère de sa volonté de descendre sous la barre des 50% d'actionnariat.

Au nom de la même cagnotte, le même état rêve d'introduire un quatrième opérateur télécom dans le jeu, histoire de rafler une belle donne pour la vente de cette licence.

Et l'emploi, dans tout ça? Et la morale, dans tout ça? Allons allons, nostalgiques du communisme, vous savez bien que l'heure est à la privatisation, non? La prospérité est à ce prix social!

... si encore cette libéralisation forcenée avait servi à quelque chose, par exemple à la promesse de baisser les prix dont on nous berce depuis vingt ou trente ans. Mais comparez: en Belgique, pour l'utilisateur moyen, l'internet, la téléphonie fixe, la télévision et la téléphonie mobile sont à service égal bien plus chers que dans bien des pays voisins!

Alors c'est clair: il faut choisir. On ne peut pas demander à une entreprise d'embaucher pléthoriquement, d'investir massivement, de rester concurrentielle et de dégager d'importants bénéfices dans cette logique infernale qui découle de la religion économiste actuellement dominante. En lâchant le guidon par le biais de la loi, la majorité sortante, bien à droite au cas où cela aurait échappé à quelqu'un, a carrément sacrifié l'emploi et même le reste, car elle a agi comme un fonds de pension américain, sans le moindre état d'âme, en privilégiant le résultat financier à tout autre considération.

Quand enfin reviendra-t-on à cette simple considération de bon sens? Personne ne demande une planification rigide et des nationalisations à tout crin, mais un secteur public bien géré est indispensable à deux égards: non seulement il joue un rôle de stabilisation en empêchant le secteur privé, libéré de toute contrainte, de faire n'importe quoi au niveau social mais encore il rend à la politique ce rôle de gestion qui pourrait, qui devrait faire comprendre au citoyen que les élections ont un sens, que de vraies décisions même économiques peuvent être prises et qu'un droit de contrôle existe.

Pour qui vilipende volontiers cette gauche dite de gouvernement en clamant qu'elle ne fait pas mieux que la droite, que le gouvernement Di Rupo ne valait pas mieux que le gouvernement Michel, cet exemple Proximus apporte un angle de réflexion intéressant. Veut-on vraiment ouvrir la porte au populisme et à son cortège nationaliste en mettant tout le monde dans le même sac? Au mieux, cela donne les gilets jaunes. Au pire, Orban. Enfin, au pire... Le pire est peut-être encore beaucoup plus loin.

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