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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

S'abstenir (de tout commentaire)

Edito par Jean Rebuffat, le 16 juin 2017

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Un État cesse-t-il automatiquement d'être une démocratie si un électeur sur deux s'abstient? Photo © Jean Rebuffat

La France s'apprête, sauf surprise, à conférer au nouveau président de la République, Emmanuel Macron, une majorité absolue. Mais voici aussitôt que l'on conteste: un électeur sur six, seulement, aurait voté pour les marcheurs. En cause l'abstention. Et quand bien même, est-il logique qu'un parti qui représente si peu dans l'absolu monopolise les deux tiers ou les trois quarts des sièges à l'Assemblée nationale?

Le plus amusant, c'est qu'un récent sondage – encore un – indique que 52% des Français estiment qu'il y aura trop de députés marcheurs, soit approximativement le pourcentage d'abstentionnistes au premier tour de dimanche dernier.

C'est bien simple: le taux d'abstention a été tellement élevé qu'il n'y a eu que trois élus au premier tour (il y faut récolter 50% des voix et un nombre de votes supérieur au quart des inscrits de la circonscription) et qu'au second tour, il n'y a qu'une triangulaire, puisque pour y participer, il faut avoir obtenu un nombre de voix au moins égal à 12,5% des inscrits. Les battus implorent les électeurs de laisser au palais Bourbon un minimum d'opposition ou assurent que l'opposition, ce sera dans la rue.

Attitudes paradoxales. N'importe quel écolier se rend compte immédiatement qu'en fait, les chiffres sont là, il suffisait d'aller voter et que c'était là une attitude plus efficace que pleurnicher ou annoncer le grand soir. Certes, le refus du système peut aller jusqu'à ne pas vouloir s'en mêler (pourtant, il y a même un parti du vote blanc qui réclame les suffrages des citoyens, l'oxymore n'est pas mort, l'oxymore n'est pas occis...). Mais on sent bien que la cause majeure est de l'ordre du qui ne dit mot consent. Le découragement et l'adhésion se rejoignent. Regretter ensuite le peu de représentativité ou la contester, c'est pire qu'être mauvais perdant (et des très mauvais perdants, il y en a eu!), c'est au fond nier même la démocratie. Quand on s'abstient, on se tait: on n'a que ce que l'on mérite.

Cette attitude va bien au-delà d'une péripétie française. L'élection de Trump ou le Brexit sont du même ordre. Plus encore, le peu d'intérêt pour les citoyens à remplir des fonctions électives. C'est une autre forme d'abstention. Le pouvoir peut être pris, arrêtons de penser qu'il est confisqué: de la sorte, nous faisons le jeu des usurpateurs.

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