semaine 29

Le naufrage de la Marine nationale

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 04 mai 2017

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Une capture d'écran d'un débat qui rimait plus avec combat qu'avec quoi que ce soit d'autre.

Finalement Jacques Chirac avait raison. Il ne faut pas discuter avec le Front national. Au-delà de la question de principe, ce n'est tout bonnement pas possible, on l'a vu mercredi au débat du second tour de la présidentielle française.

Qu'a-t-on observé? Une candidate qui ajoutait l'incompétence à l'odieux, l'approximatif à l'insulte, l'amalgame au ricanement et le mensonge à l'agressivité. De quoi a parlé Marine Le Pen? D'Emmanuel Macron. De quoi celui-ci a-t-il parlé ou tenté de parler? De son programme. L'une visait à détruire, l'autre à convaincre. Nul n'y est parvenu. La faute aussi à un duo de journalistes médiateurs incapables de ramener le pugilat au niveau du débat.

Que reste-t-il? Rien. Pas un bon mot genre monopole du cœur, homme du passif, vous avez raison, Monsieur le Premier ministre ou une séquence anaphorique style moi président. Les formules assassines de Marine Le Pen étaient préparées depuis longtemps et arrivaient laborieusement. Emmanuel Macron n'en voulait laisser passer aucune: pourquoi? Un haussement d'épaule aurait suffi. Ou une seule phrase, alors, celle qui résumait tout, dite à propos de l'euro et du franc simultanés: c'est n'importe quoi.

Il y avait pourtant des choses à dire pour contredire le favori... Mais l'héritière a montré ses limites. Si elle apparaît parfois moins odieuse, plus fréquentable que son père, c'est tout simplement parce qu'elle est plus bête. Mais mercredi soir, en s'estimant plus subtile, jusqu'à faire mine de défendre les homos et les juifs, elle a donné l'impression d'être idiote. Elle n'avait qu'une cible mais au lieu de la pointer, elle arrosait de loin, répétant une litanie d'où parfois émergeaient des tentations totalitaires... Il faut donner des instructions aux magistrats... Il faut expulser les fichés S d'office... Il faut refuser de soigner les illégaux... Il faut donner un tuteur aux enfants nés à l'étranger par GPA...

Ce faisant, elle a probablement creusé sa propre tombe et je me suis pris à frémir en pensant qu'un Florian Philippot ou une Marion Maréchal auraient fait bien mieux qu'elle. Il serait étonnant qu'au FN, ils soient tous aussi bornés qu'elle et que nul ne rêve à l'éliminer comme elle l'a elle-même fait avec son père.

On peut ne pas être entièrement d'accord avec Emmanuel Macron. C'est mon cas. Mais avec lui, le dialogue est possible. Avec elle, non. Car en fait elle ne dit rien et elle condamne sans juger – et sans retour possible. J'ai toujours eu peur de ce vide dans lequel on peut tomber comme Gribouille s'est jeté à l'eau pour ne pas être mouillé.

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