semaine 17

En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

L'heure du choix (car il y a un choix)

Emois et moi par Jean Rebuffat, le 21 avril 2017

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Capture d'écran de la Une du Soir. Est-il sûr que l'électeur n'est qu'émotif et ne réfléchit pas?

Une rafale de kalachnikov sur les Champs-Élysées alors même que les onze candidats à la présidentielle française discourent par tranches d'un quart d'heure à la télévision publique et les images déjà vues de lieux emblématiques où se presse une foule apeurée éclairée par les lumières tournoyantes des voitures de police et des ambulances... Les attentats terroristes, désormais, semblent viser presque à l'unité les forces de l'ordre. S'il s'agit bien d'attentats terroristes, qu'ils soient ou non revendiqués. Le règne des apparences imprègne le monde des émotions. On apprend par exemple que l'attentat de Dortmund, visant le car des joueurs de football de l'équipe de la ville, était mu par un mobile boursier: spéculer sur la baisse de la valeur du club...

Ce jeudi soir aura-t-il un impact sur dimanche? En fait, on n'en sait rien mais le premier mouvement incite toujours à penser que cela sera certain et que l'opinion va se réfugier comme un seul homme dans les bras de celle ou de celui qui va la protéger de ce cauchemar – serait-ce au prix de mesures inutiles et dévastatrices de nos libertés. Plus de policiers, plus de frontières, plus d'exclusions, plus d'opérations guerrières, plus étant ici l'inverse de moins. Plus de pouvoirs dans les mains d'un sauveur autoproclamé... Est-ce une fatalité?

Au risque de faire sursauter, pouvons-nous d'abord observer que le peuple n'est pas toujours aussi crédule ou moutonnier qu'on ne croit en prenant exemple sur le référendum qui vient de donner de bien larges pouvoirs au président turc? Je ne me prononce pas sur d'éventuelles fraudes mais je note que le résultat en est très serré. Pour reprendre une expression généralement appliquée à la France, la Turquie est coupée en deux, monde rural contre monde urbain. Les sondages, ces fameux sondages dont on n'arrête pas de se méfier mais que tout le monde commande et commente, annonçaient ce résultat serré, tout comme, en République, ils annoncent quatre candidats dans la marge d'erreur de 2% (qui vaut dans les deux sens : un candidat à 22% pourrait donc très théoriquement être à 20% comme un candidat à 18%). Sauf que... le tout dernier sondage n'a pas une marge aussi grande (l'échantillon est de 15.000 personnes). Il pronostique Emmanuel Macron en tête devant Marine Le Pen. L'incertitude ne vient pas de la marge d'erreur mais des indécis (encore qu'il faudrait expliquer pourquoi soudain tous les indécis se rallieraient soudain à la dernière minute la même candidature, même dans l'émotion d'un attentat). Il détaille région par région et stupeur, en Île-de-France, c'est... François Fillon qui y serait le mieux placé, tandis que Mélenchon ferait la course en tête en Nouvelle Aquitaine. Marine Le Pen serait au mieux dans les Hauts de France et dans le Sud-Est, tandis qu'Emmanuel Macron serait fait roi par un arc central qui irait d'ouest en est en partant de la Bretagne. Finalement, peu importe ces supputations: sous la flamme rouge, il reste quatre candidats à la qualification et sans doute trois à la victoire finale. Car dans tous les cas de figure au second tour, l'adversaire de Marine Le Pen emporte l'Élysée. Et ce quatuor joue de façon très dissonante avec quatre projets plutôt différents. C'est dire qu'il y a un vrai choix, n'en déplaise aux candidats d'extrême gauche qui sont là, à les entendre, pour préparer le grand soir, rigolard chez Philippe Poutou et sinistre chez Nathalie Arthaud.

Reste à savoir si l'électeur lui-même est conscient de ce choix – au terme d'une campagne dont les derniers mots, jeudi soir, restaient dans ce contexte de l'étrange, de l'anormal et de l’écœurement qu'il est difficile mais nécessaire de traverser.

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Lundi matin, lisez les commentaires à chaud de ce premier tour ici-même.

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