semaine 49

François Hollande sort pour entrer dans l'Histoire

Edito par Jean Rebuffat, le 02 décembre 2016

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La voix est blanche, l'homme, grave et la situation, désespérée. Capture d'écran

Le moment était tout de même déstabilisant. On entend un président de la République française  la voix blanche comme un bon élève qui défend son carnet de notes alors qu'on l'accuse d'être un cancre, défendre son bilan et puis soudain déclarer qu'il n'est pas en position de poursuivre son action. Les grands messes de 20 heures sont aussitôt monopolisées et les premiers commentaires, tous à très courte vue, fleurissent aussitôt: François Hollande n'est pas candidat à sa propre succession.
Essayons de prendre un peu de recul.
Pourquoi, d'abord, cette décision? Nul doute que la débâcle de Nicolas Sarkozy aura pesé. L'a-t-on assez seriné, que les Français allaient avoir en 2017 un remake de 2012! Ni l'un ni l'autre, c'était clair. Il en sera ainsi. Que François Hollande ait hésité avant de prendre sa décision (on ne m'ôtera pas de l'idée que quelques uns, dont Manuel Valls, étaient au courant depuis quelques jours) correspond à une réalité politique mais aussi psychologique: l'homme Hollande a un côté politique belge. Il est capable de prendre des décisions fermes et rapides mais il cherche tant que c'est possible la voie du compromis, du rassemblement, du consensus. Ce n'est pas du goût de l'heure: en politique comme dans la vie en général, on like façon Facebook, désormais. Le bashing est immédiat (reportez-vous à l'édito de la semaine passée) et même anticipatif. Ensuite un bilan honorable n'a jamais rien garanti. Une élection ne se joue pas sur un constat mais sur une espérance. Enfin en sortant de cette façon, François Hollande pense surtout à sa place dans l'Histoire. Il parie sur la résilience. Rien n'est plus populaire qu'un ancien président s'il n'insiste pas (ce qui fut le cas de Valéry Giscard d'Estaing et de Nicolas Sarkozy). Là, les choses se décantent, les désillusions se dissipent et la comparaison avec la suite devient d'autant plus favorable que le passé est toujours idéalisé.
François Hollande a parié sur le fait qu'on le regrettera. Et à voir la gauche explosée, qui gagnerait si elle le voulait (additionnez les intentions de vote et vous verrez) et qui soudain se sent orpheline d'un président décrié, et les programmes de la droite, de l'extrême droite et de la gauche extrême, c'est un pari plus facile à tenir que celui de l'inversion de la courbe du chômage.

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