semaine 49

La momie, l'excité, le patelin, l'ado, la mégère et les deux nuls

Edito par Jean Rebuffat, le 18 novembre 2016

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Cette capture d'écran a été réalisée quand François Fillon a engueulé David Pujadas qui espérait un peu d'empoigne en lui faisant observer, avec une certaine pertinence et une suffisance certaine, qu'une campagne électorale ne devrait pas être un spectacle.

Ceux qui auront regardé le dernier débat des primaires de la droite (s'annexant le centre) en vue des élections présidentielles françaises dans l'espoir d'assister à un combat de catch auront été bien déçus. Retenant la leçon de Trump dans son discours inaugural, ils ont tous été polis et consensuels, même si parfois, la vacherie et l'exaspération mutuelle se devinaient derrière le tu républicain de rigueur. Seule NKM, pourtant celle qui causa le moins, lâcha dans la dernière minute quelques rafales en direction des autres, avouant candidement qu'elle savait pertinemment qu'elle n'avait aucune chance. Les coups de poing, en réalité, volaient surtout en direction des journalistes. Ce qui en dit long sur le désir de ces gens de contrôler les médias... mais aussi sur les limites de l'exercice. Faire emmerdant n'est plus faire sérieux, n'en déplaise à la formule de Beuve-Méry célèbre dans toutes les écoles de journalisme.

C'était soporifique. Juppé la jouait comme s'il était déjà qualifié, Sarkozy se contenait, Fillon faisait sentir qu'il était revenu dans le match, Le Maire était érubescent comme un ado beuglant place aux jeunes, Copé essayait d'exister et Poisson n'y arrivait même pas; NKM expédiait des incises un peu plus agressives, mais on n'entendait pas ce qu'elle disait. Pourtant, il y avait de quoi rester éveillé: tous avançaient un programme de droite dure qui devrait logiquement pousser n'importe quel électeur sensé dans les bras de François Hollande. Mais voilà, nous sommes en France et en France rien n'est simple; les frondes sont souvent réactionnaires autant que révolutionnaires. L'opinion moyenne, en France, est que le quinquennat n'a pas tenu ses promesses et tant qu'à mener une politique de droite (en réalité, de centre-centre-gauche), autant donner le pouvoir à la droite, au moins on ne se fera pas d'illusions.

Pourtant l'élection est ouverte, sauf dans un cas de figure, car si les sondages peuvent se tromper, et si les élections sont pour dans six mois, les marges sont grandes: si Juppé gagne la primaire, il arriverait en tête dès le premier tour. (Reste à voir si Sarkozy, mauvais perdant, ne lui savonnera pas la planche à la Chirac, lequel avait tué en sous-main Chaban, Giscard et Sarkozy.) Dans tous les autres cas, Marine Le Pen risque d'être en tête et donc le candidat en seconde position bien placé pour gagner, avec sans doute une marge bien plus faible que les 80/20 de Chirac-Le Pen père. Et là le sprint est serré. Certes, la gauche semble vouloir jouer ses primaires au premier tour, avec trois, quatre ou cinq candidatures, dont celle de Macron si elle aboutit. Mais il ne faudra pas 20% pour se qualifier. Le problème, à gauche comme à droite, sera donc de ne pas déplaire plutôt que de débattre. On verra la gauche gouvernementale se réfugier derrière un bilan pas trop catastrophique (mais on a vu ce que ça donnait avec Jospin) qui sera pilonné par la gauche de la gauche et la droite qui mettra en avant les vieilles recettes ultra-libérales qui n'ont guère plu ni réussi jusqu'à présent, tout cela devant un Front national aux voiles gonflées par le Brexit et Trump qui va rouler des mécaniques. Ce sera l'élection du moindre mal. Celle de tous les dangers, dirait Hillary Clinton.

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