semaine 27

La colère digne du monde du travail

Edito par Gabrielle Lefèvre, le 29 septembre 2016

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Photo © Jean-Frédéric Hanssens

« Sous les pavés, la plage. Sous les K-ways, la rage » : un graffiti parmi les autres, signés du A de l’anarchie. Une expression qui révèle un sentiment de colère bien maîtrisé lors de la manifestation imposante et digne des trois familles syndicales du pays, ce jeudi 29 septembre à Bruxelles. Le rouge et le vert parsemés de bleu remplissaient le centre de la ville, calmement, avec une force tranquille, celle de la détermination. Voir aussi le reportage photo de JFHanssens

La délégation des travailleurs de Caterpillar rappelait douloureusement l’enjeu majeur d’une politique économique juste : on ne peut jeter à la rue des travailleurs alors que leur entreprise fait des bénéfices et que leur savoir-faire est reconnu. On ne peut accepter que les nombreuses et considérables aides publiques à l’entreprise servent à augmenter les dividendes des actionnaires. Au lendemain de la décision de vendre SN Brussels Airlines à Lufthansa, les craintes pour l’emploi dans ce secteur sont attisées. Le secteur bancaire a déjà licencié des milliers d’employés et ING suit cette voie tandis que la Deutsche Bank vacille, après un jugement de la justice américaine réclamant 14 milliards de dollars pour avoir trompé ses clients dans la tragique affaire des subprimes. Une justice qui, d’ailleurs, se montre moins clémente envers cette banque européenne alors qu’elle a considérablement amoindri l’amende réclamée à Goldman Sachs. Mais bon : la guerre est économique entre l’Europe et les Etats-Unis. Amoindrir la puissance économique de l’Allemagne c’est déstabiliser toute l’Europe à qui les Etats-Unis reprochent de pénaliser Apple pour évasion fiscale avec une amende de 13 milliards…

Dans ces batailles de géants, comment sauver les multitudes de fourmis travailleuses dans le monde entier ? Force est de constater que les pouvoirs publics ont été dominés par la logique néolibérale, par la puissance des banques et des entreprises multinationales. Le monde du travail n’a plus confiance dans ce monde politique. Il le voit comme  lobotomisé par cette logique imposée par la grande puissance US avec l’aide de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International. Un monde politique qui s’avère aussi corrompu : ces derniers jours apportent une série de révélations sur les complicités très lucratives de certains membres parmi les plus éminents de la Commission européenne. Et ceux qui tentent sincèrement de garder leur honneur sont écrasés par le poids des alliances partisanes assurant le pouvoir aux forces les plus conservatrices.

C’est ce que résumaient d’autres graffitis dessinés sur la façade du siège du PS hier, même si d’autres partis méritent plus ce genre d’outrage !   

Pour les travailleurs, il reste la force de la mobilisation syndicale, heureusement encore bien présente en Belgique. Même s’il y a peu de chance que le gouvernement de droite en tienne compte. Cette mobilisation rappelle que la vie économique dépend des travailleurs et pas des banques, pas des multinationales, pas des politiques corrompus. Le monde syndical, le monde associatif a toujours démontré sa capacité d’analyse, de fabrication d’alternatives et sa capacité de négocier avec les pouvoirs publics. C’est ce qui fait le modèle belge que le gouvernement devrait renforcer plutôt que dénigrer ou ignorer.

Un modèle qui a permis d’assurer encore un peu de bien être dans notre pays. Mais la situation se dégrade : la pauvreté augmente dans la catégorie des actifs peu qualifiés et chez les mineurs d’âge. Les revenus des ménages stagnent depuis 2010. Pourtant, le gouvernement poursuit sa politique qui accroît  les inégalités, refuse de lutter efficacement contre l’évasion fiscale des multinationales, leur octroie des cadeaux fiscaux, prive les pouvoirs publics des moyens qui permettraient de lancer des travaux générateurs d’emplois et donc de croissance. Pourtant, même le FMI déclare qu’il faut relancer la croissance par plus d’investissements des pouvoirs publics dans les infrastructures. Encore faut-il en redonner les moyens et la politique européenne actuelle empêche cela au nom de la rigueur budgétaire.

Il nous faut une véritable politique industrielle européenne qui permette de relancer à la fois l’industrie lourde mais aussi les secteurs innovants, les petites et moyennes entreprises qui constituent encore l’essentiel de l’emploi et de l’innovation. Tout le contraire de ce qui se négocie dans le cadre des traités transatlantiques ! Dans une Europe où les Etats se concurrencent, où les nationalismes triomphent, aucune vision cohérente et solidaire du développement économique et social n’est possible. Alors, le projet européen mourra.  

https://www.mediapart.fr/journal/economie/270916/la-deutsche-bank-grand-corps-malade-de-la-finance-mondiale?utm_campaign=Quotidienne&utm_medium=email&utm_source=Emailvision&utm_content=20160927&xtor=EREC-83-%5BQuotidienne%5D-20160927

http://socialsecurity.belgium.be/fr/publications/analyse-de-levolution-de-la-situation-sociale-et-de-la-protection-sociale-en-belgique

http://www.latribune.fr/economie/international/le-fmi-plaide-pour-une-relance-urgente-de-la-depense-publique-588379.html

 

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