semaine 49

Attention au CETA, cheval de Troie du TTIP

Edito par Gabrielle Lefèvre

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Il y a, bien sûr la mobilisation citoyenne extraordinaire au niveau européen, mais aussi des conflits d’agenda politiques. Et une grande menace sur l’Afrique.

Le ministre allemand de l’Economie a lancé le brûlot, suivi par le secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur : les négociations sur le projet de Traité Transatlantique (TAFTA ou TTIP) doivent être arrêtées. Simple suspension pour objectifs électoraux aux Etats-Unis, en France et en Allemagne ? Ou bien réelle prise de conscience des aspects inacceptables du libre-échangisme commercial made in USA ? Sans doute, un mixte de tout cela.

Mais cela ne signifie pas l’arrêt des négociations que la Commission européenne entend poursuivre envers et contre tout. Plus grave encore : ni la France ni l’Allemagne ne s’opposent à l’imminente signature d’un traité similaire avec le Canada, le CETA, qui comporte de nombreuses clauses farouchement contestées dans le cadre du TTIP. Signer le CETA, c’est ouvrir la porte aux milliers de multinationales américaines qui ont des filiales au Canada et qui pourraient introduire des recours contre nos règlementations protectrices des consommateurs, des PME, des services publics, des productions agricoles etc. Et ce par le biais de la procédure de l’arbitrage privé qui soustrait les différends commerciaux aux justices publiques des Etats membres de l’UE.

Inacceptable pour les plus de 3,4 millions de citoyens européens qui maintiennent la pression sur la Commission européenne. Les organisations citoyennes appellent donc à la méga manifestation anti CETA et anti TTIP, le 20 septembre soit deux jours avant une rencontre décisive des ministres européens du Commerce.

L’enjeu ? Que le commerce ne soit plus le véhicule d’un néolibéralisme destructeur des valeurs sociales, environnementales, humanistes et de solidarité. Or, la Commission européenne continue à imposer ses règles néolibérales, non seulement aux Européens mais aussi aux pays africains. Il s’agit des « accords de partenariat économique » (APE) que certains pays d’Afrique australe ont déjà signés mais que d’autres, en Afrique centrale et de l’ouest, refusent. Ils savent en effet qu’ouvrir largement leurs frontières aux produits des pays européens détruirait l’économie locale. Le chantage européen est clair : signez ou alors vous devrez payer des droits de douane pour exporter vos produits vers l’Europe. Et cela dès le 1er octobre de cette année.

Il y a donc urgence, mais comment, si rapidement, modifier le dogme du sacro saint libre-échange qui aveugle nos dirigeants ? Comment imposer les alternatives que sont les formes de commerce et de développement « soutenables » ?

La mobilisation citoyenne doit s’étendre à l’Afrique.

Infos :

http://www.cncd.be/Le-TTIP-cede-a-la-pression

http://transatlantique.blog.lemonde.fr/2016/08/30/pourquoi-la-france-veut-elle-maintenant-enterrer-le-tafta/

L’Afrique sous pression pour des accords de libre-échange avec l’Europe, Médiapart, 4 août 2016, Fanny Pigeaud.


 

Le bulldozer Caterpillar

Edito par Gabrielle Lefèvre

Photo © Jean-Frédéric Hanssens

Caterpillar est une très grosse firme américaine, une multinationale très puissante, une de celles qui font et défont des économies locales pour que ses actionnaires puissent s’enrichir tout en faisant prospérer la firme.
Elle prend tout, toutes les aides publiques, tous les contrats même les plus odieux. Ainsi, Caterpillar a été boycotté par des citoyens aux Etats-Unis pour la mort de la jeune Rachel Corrie, écrasée par un  bulldozer Caterpillar vendu à l’armée israélienne qui l’utilise comme arme contre les Palestiniens de Gaza. Une arme qui écrase tout, même une jeune militante pour les droits des humains. C’était en 2003. Jamais l’armée israélienne n’a été condamnée. Jamais la firme n’a été inquiétée pour ses ventes à un  pays qui en occupe un autre. Le commerce prime.

Caterpillar n’est pas humain : c’est une machine ultralibérale qui doit faire de l’excellence en matériel pour plus de profit, sans cesse du profit. Et qu’importent les travailleurs qui font l’excellence.  Ils sont moins précieux que les robots qui bientôt vont les remplacer. On ne leur reconnaît pas le savoir faire, la compétence, l’ingéniosité. Tout appartient à la firme qui achète la force du travail et la rejette aux oubliettes dès qu’elle n’est plus « concurrentielle ».

Que sont plus de 2000 travailleurs ? Un coût et non plus une excellence, une compétence. Que sont plus de 2000 personnes privées brutalement de travail ? C’est près de 10.000 personnes qui vont souffrir parce qu’un salaire ne vient plus chaque mois. C’est plus de 20.000 personnes qui, par ricochet, seront atteintes dans leur dignité de travailleurs et de familles de travailleurs et de sous-traitants de la grande firme vorace. C’est toute une ville qui sera atteinte, celle de Charleroi qui voulait fêter ses 350 ans d’histoire, industrielle notamment.

Caterpillar n’est pas une entreprise humaine. C’est une grande multinationale qui a étendu son empire sur le monde entier et qui absorbe les aides publiques pour rejeter ensuite les « résidus » de son activité sans en payer le prix social, ni fiscal. 

C’est cet ordre du monde que nous contestons à travers la lutte contre les projets de traités transatlantiques voulus par les multinationales comme Caterpillar. C’est cette exploitation du travail et des compétences des travailleurs que nous dénonçons sans cesse afin que nos représentants politiques nous défendent, enfin, contre ces prédateurs.

Il n’est pas étonnant que le président du MR se précipite pour dire qu’il faut une nouvelle politique industrielle européenne avec des industries européennes. Même discours que celui de la nouvelle première ministre britannique chargée de gérer le Brexit : une politique industrielle britannique d’abord, locale donc, et européenne ensuite.

Protectionnisme ?

S’il s’agit de protéger les travailleurs, la force de travail, la compétence et l’excellence du travail, oui, pourquoi pas, puisque le modèle néolibéral, à savoir mondialisé et géré par les multinationales et les leaders politiques qu’elles ont achetées (voir M. Barroso) démontre qu’il s’est fourvoyé dans une impasse.

Aujourd’hui, Caterpillar s’en va pour concentrer ses moyens sur le site de Grenoble en France. Aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’entente entre les travailleurs de ces différents sites pour résister en commun contre les décisions de ces monstres transnationaux, il n’y aura pas d’avenir à une politique industrielle européenne. Les métallurgistes, victimes d’Arcelor Mittal,  en savent déjà quelque chose !

Le 20 septembre sera une journée de mobilisation internationale contre le libre-échangisme commercial. Le 29 septembre sera une journée de manifestation nationale de tous nos syndicats. Le 7 octobre, ce sera la grève générale. Les victimes des licenciements massifs chez Caterpillar pourront expliquer aux indifférents, aux ignorants, aux opposants pourquoi la colère devient le seul moyen d’expression, après le désespoir.

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