semaine 12

Les Inthas veillent sur le lac Inle

Question d'optique par Jean-Frédéric Hanssens, le 15 mars 2019

Ce qui frappe, de prime abord,  quand on arrive en fin de journée dans le village de Nyaung Shwe, point de départ vers le lac Inle, c'est l'effervescence qui règne sur le quai d'embarquement autour des long-tail boats, ces longues barques à moteur dont l'hélice se situe, à la façon thaïlandaise, deux mètres derrière le moteur. L'ambiance qui y règne fait penser à celle que l'on rencontre dans les gares des bus situées en Asie et en Afrique. Ces barques attendent les autochtones qui se rendent à Pauk Pa ou dans les villages flottants avoisinants.  Mais, en majorité, elles embarquent, dans une pollution sonore propre aux moteurs diésel bas-de gamme de marque chinoise, sans pot d'échappement et à vive allure, les touristes vers les hôtels qui bordent le lac.

Le village de Pauk Pa. Photos © Jean-Frédéric Hanssens
Il est le second plus grand lac du pays avec une surface estimée de 12 000 hectares, et un des plus hauts, à 884 m. Sa profondeur moyenne n'est que de 2,10 m à la saison sèche, mais il peut dépasser 4 m à la saison des pluies. Ce lac d'eau douce situé dans les montagnes de l'État shan, est situé dans l'est du pays. Malheureusement, il souffre de l'augmentation de sa population et de l'afflux de touristes.  Sa superficie a diminué d’environ un tiers, de 69 km² en 1935, elle est passée à environ 47 km² en 2000. Les collines environnantes ont été déboisées pour le bois de chauffage. Cette déforestation et l'augmentation de l'agriculture sur son bassin versant ont augmenté l'apport de vase et de nutriments . Cette dernière comble le lac et les nutriments favorisent la croissance des plantes et des algues et pourraient provoquer un phénomène d'eutrophisation. Les jardins flottants eux-mêmes diminuent la surface du lac, à mesure que leur support se transforme en sol. D'après la PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement), “le lac pourrait bien avoir disparu d’ici dix ou vingt ans”. A mesure que la superficie du lac s’amenuise, la population de poissons diminue et ce n'est pas l'introduction du tilapia, poisson robuste d'origine africaine et de la carpe qui compense ce déficit halieutique. La jacinthe d'eau originaire du Brésil, pose aussi un problème majeur. Elle obstrue les canaux et couvre de larges surfaces du lac, privant les plantes et les poissons de la lumière du soleil.  Heureusement, les Inthas (fils du lac) et bouddhistes qui furent déportés au XIVème siècle par un souverain Shan sur les bords du lac Inle ont toujours été bien conscients que leur survie est intimement liée à celle de la préservation de ce milieu aquatique, qu'ils se doivent de domestiquer. Constatant que leur activité principale qu'est la pêche ne pouvait plus les nourrir, ils se sont tournés, il y a quelques dizaines d'années,  vers l'agriculture en créant des potagers flottants sous forme de larges bandes  dont le délicat matelas est composé de jacinthes d'eau, de limons et d'algues qui protègent les racines du soleil. Par la suite, leur moisissure devient un fertilisant et un engrais naturel qui améliorent sensiblement la production des cultures en évitant d'utiliser des engrais chimiques. Ces larges bandes sont stabilisées à l'aide de piquets de bambous de 6 mètres de haut plantés dans le fond du lac. Ces anciens pêcheurs convertis en cultivateurs évoluent entre les plantations de tomates ,de concombres, courges, de fruits et de fleurs, à bord de barques debout sur une jambe à la poupe et l'autre enroulée autour de la godille, comme ils le faisaient et le font encore aujourd'hui à la pêche. Les femmes rament de la manière courante, à la main, assises les jambes croisées. Ces jardins flottants couvrent aujourd'hui 1/4 de la superficie du lac et suivent  le niveau de l'eau, ce qui leur permet d'échapper aux inondations. Aujourd'hui, cette économie "flottante" composée d'agriculture, de pêche, d'artisanat et de tourisme qui gravite autour des villages sur pilotis, reste malgré tout une menace pour l'équilibre de l'écosystème du lac Inle. Même si les autorités gouvernementales relativisent la crise écologique qui menace cette pépite incontournable du pays,  des mesures concrètes sont prises, comme des campagnes d'hygiène et la construction de puits, pour freiner la pollution des eaux et leur utilisation dans le secteur hôtelier et de la restauration.  Sur le plan agricole, il est vivement conseillé aux agriculteurs d'éviter le recours aux pesticides et insecticides et de réduire de manière systématique la prolifération de la jacinthe d'eau.  Sachant que le peuple Inthas a bien conscience que le lac Inle est leur source de vie, on ne peut que rester confiant sur leur détermination à vouloir le préserver.

Nous avons décidé de terminer notre périple birman par quelques jours de repos à Ngapali, une station balnéaire situé sur la côte de la baie du Bengale, dans l'État de Rakhine. Une vaste étendue de sable blanc bordée de palmiers nous y attendait, ainsi qu'un village de pécheurs aux charmes bien birmans.


Plus d'infos :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lac_Inle

https://www.slate.fr/story/81933/lac-inle

https://www.courrierinternational.com/article/2010/07/15/les-jours-comptes-du-lac-inle

https://www.arte.tv/fr/videos/076134-003-A/birmanie-les-funambules-du-lac-inle/
 

photos: 

Le village sur pilotis de Pauk Pa sur le lac Inle. Reportage photos © Jean-Frédéric Hanssens

Le tanaka, un anti-rides et anti-coup de soleil. Il es issu de l’arbre à tanaka, qui pousse en Birmanie, on le trouve sur les marchés à l’état de buchettes.

Touristes bouddhistes

Long-tail boats, ces longues barques à moteur dont l'hélice se situe, à la façon thaïlandaise, deux mètres derrière le moteur

Transport du bambou destiné aux maisons et à stabiliser les potagers flottants.

Extraction des limons et de l'argile destinés aux jardins flottants.

Récolte des algues, comme engrais naturel pour les potagers flottants.

Canal principal entre les fermes et les larges bandes de cultures flottantes.

Champs de tomates, une des principales productions sur le lac Inle.

Envahissement des jacinthes d'eau sur les abords du lac.

Les pêcheurs du lac Inle, devenus célèbres, pour leur façon de pagayer avec la jambe entourant la rame...

... leur laissant les deux mains libres pour manier leur curieuse nasse. Is frappent d'abord l’eau pour attirer les poissons.

Le poissons venant à manquer dans le lac, beaucoup d'entre eux se sont reconvertis en démonstrateurs pour touristes.

D'autres ont abandonné cette pêche ancestrale, très efficace quand le poisson était de bonne taille et utilisent aujourd'hui le filet pour pouvoir capturer les plus petits. Un danger pour le renouvellement des espèces.

Une héronnière, au bord du lac où nichent près de 500 becs ouverts Indiens.Cet échassier dont le bec est muni d’un creux lui permet de saisir sa nourriture préférée : l’escargot d’eau douce.

Le bec ouvert Indien marche lentement dans l’eau peu profonde en recherchant ses proies. Il extrait l’escargot de la coquille avec le bout pointu de la mandibule inférieure.

Les Inthas sont très solidaires entre eux. Les maisons sur pilotis sont souvent construites en famille et avec l'aide de voisins et d'amis.

Ngapali. Le départ pour une nuit de pêche aux lampes dans le golfe du Bengale.

Le séchage et le tri du petit poisson sous une chaleur avoisinant les 35° quand le soleil est au zénit.

La récolte du petit poisson séché au coucher du soleil.

Séchage des plus grosses prises dont le Barracuda, la Carangue grosse tête et Carangue vorace...

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Commentaires

Portrait de cécile gouzée
épatant, come d'hab, encore!
Portrait de Jean-Frédéric Hanssens
Merci Cécile. Le prochain voyage devrait encore être en Birmanie, ce qui est exceptionnel. Jamais je ne retourne dans le même pays. Le monde est tellement vaste...
Portrait de Marie
Magnifique reportage comme les autres ! Merci Jean-Frédéric
Portrait de Jean-Frédéric Hanssens
Merci Marie!

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