semaine 48
Portrait de Yolande Valois
Décodage EXPRESS

Les bouteilles de senteurs

Le 14 octobre 2021

Au dix-huitième siècle, la femme élégante garnissait sa table de toilette de “bouteilles de senteurs.” On en était, à cette période au goût anglais; la porcelaine de Chelsea, très à la mode, s’ornait d’oiseaux, de grotesques ou de fleurs, pour le plaisir des yeux. Peu après les fabriques françaises de Mennecy et de Vincennes ont produit de petits récipients exquis de féminité, en pâte tendre. Pour quels parfums?

Les grands parfumeurs ont vu le jour à la fin du siècle dernier, en 1774, Guillaume Dissey est le premier répertorié, suivi par Houbigant en 1775 et Lubin en 1798. Paris est devenue la capitale de la parfumerie, et c’est alors que le flacon pour parfumeur a vu le jour.

Deux grandes cristalleries, Baccarat et Lalique ont mis leur esprit de création, leur talent, leur technique, à l’habillage de ces menues fiasques taillées en creux, en relief ou à l’acide dont les formes se sont multipliées sans limite. Carrées, corsetées, damasquinées, émaillées, à angles vifs et surface polie, follement baroques au second Empire ou sages et lisses afin de réserver au bouchon toute l’exubérance de l’imagination, le maître-verrier Lalique, le premier, les a créés à la demande de Coty en 1908. L’idée originale a fait recette et d’autres parfumeurs l’ont suivi.

Hélas, il était rare à l’époque de garder les flacons qu’on ne considérait pas comme œuvres d’art. Une fois vide, la fiole était jetée avec le souvenir. Certaines femmes avisées les ont gardées et aujourd’hui s’organisent des ventes, chez Drouot à Paris, de flacons anciens et de flacons à sel. Suivant la signature et l’état de conservation des flacons anciens, surtout s’ils sont encore scellés, les cotes s’envolent. Il y a peu Le JOY de Patou s’est vendu 1172 € et le fameux No 5 de Chanel, si cher à Marylin Monroe, à presque 2000€. C’est le sublime IMPÉRIAL MAJESTY, édité par le groupe Clive Christian à 10 flacons seulement en cristal baccarat, décor 18 carats, incrusté d’un diamant de 5 carats, qui a été acquis par 7 richissimes collectionneurs au prix de 200 000 € l’unité en 2005. Les trois autres voyagent autour du monde comme collection privée de Clive Christian.

S’il est rare d’avoir un flacon dont le bouchon unique a pu s’orner du design de la couronne de la Reine Victoria, il en est d’autres dont les charmes sont appréciés par la gent féminine et ce genre de collections est toujours à la mode. Et, qui sait, en fouillant chez vous, peut être découvrirez-vous quelques Shalimar en vasque bleue ou le fameux Tabou ou encore Soir de Paris, qui ont connu de si beaux jours à une époque plus lointaine et bien charmante aussi. A l’heure de la verrerie automatique où le verre en fusion est projeté dans un moule par pneumatique, comment ne pas s’extasier sur l’œuvre de ces joailliers du cristal pour qui chaque flacon était l’objet de l’union raffinée entre contenu et contenant, pour le plaisir des sens.

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Le parfumeur François Coty séduit par les créations de René Lalique va lui proposer en 1907 de mettre son talent au service de la parfumerie. Photo © La Maison Lalique

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