semaine 29
Portrait de Thierry Robberecht
Allo, allo, quelle nouvelle

Un monde parfait

Le 24 avril 2019

Depuis vingt ans qu’il travaille, Gaspard Reinhard s’est fait une excellente réputation de restaurateur dans le petit monde de l’art et des institutions artistiques. Des musées du monde entier font appel à lui. Sa technique est irréprochable et sa bonne connaissance de l’art ancien, moderne et contemporain en fai un expert incontournable en matière de restauration d’œuvres d’art.

Aujourd’hui, le musée d’Orsay fait appel à lui. Un malade mental a lacéré au couteau le célèbre tableau de Gustave Courbet : « L’origine du monde » en hurlant qu’il s’agit de pornographie, que le tableau est un blasphème, une atteinte à Dieu et que la femme est le diable.

L’administration du musée lui donne trois mois pour restaurer le tableau.

Ce matin, le transporteur du musée lui a livré l’œuvre. Quelle émotion de pouvoir admirer chez soi une toile magnifique qui a fait scandale et qui a appartenu à quelques illustres personnalités ! Heureusement, l’iconoclaste n’a pas eu le temps de lacérer complètement le tableau. Après un premier examen, Gaspard pense qu’il est restaurable. Des coups de couteau ont mutilé l’intérieur des cuisses et le pubis de la femme mais, visiblement, les agents de sécurité du musée ont réussi à maîtriser le déséquilibré avant qu’il ne détruise complètement l’œuvre. Gaspard inspecte le sexe féminin à la loupe. Il écarte les petites lèvres avec précaution afin de soigner et recoudre les blessures fil après fil. Pendant quelques secondes, il a l’impression d’être le docteur Mukwege, le gynécologue qui répare les femmes victimes de violences sexuelles. En écartant les lèvres avec précaution, Gaspard découvre un monde peint par Courbet mais que personne n’a jamais vu. Un monde caché dans l’intimité de la femme. Au début du vagin, démarre un sentier rempli de fleurs qui mène à un village blotti dans la campagne. C’est le printemps. L’air est pur, des enfants jouent. Des adultes prennent soin d’eux. Plus loin, on peut apercevoir une mosquée et une synagogue construites côte à côte. Les hommes et les femmes de toutes les origines ont les mêmes droits. Pas de Bourse, pas de finances pas d’inégalité, pas de multinationales, pas de corruption. Pas d’antisémitisme, pas de violence et pas de haine. Gaspard comprend que, dans les replis du sexe de la femme, Courbet n’a pas représenté le monde de son temps mais le monde parfait dont il rêvait.

Les détails cachés dans le vagin de la femme rappellent au restaurateur le tableau de Jan Van Eyck, le Chancelier Rolin en prière devant la Vierge et l’enfant où, au premier plan, sont représentés, la Vierge, l’enfant Jésus et le Chancelier Rolin alors qu’à  l’arrière-plan, est représentée une ville bouillonnante de vie avec ses marchands, ses enfants et ses amants. Une loupe puissante et une bonne dose de voyeurisme permettent d’apercevoir les amants en plein ébat à travers une fenêtre dans la ville, au loin. Gaspard possède les deux.

Ce monde parfait dans le vagin de la femme l’obsède. Un monde parfait existe donc. Un monde sans violence et sans bêtise.

Pendant qu’il travaille, Gaspard écoute la radio. Aux informations, on parle d’un nouvel attentat en Europe, d’une guerre déjà ancienne au bout du monde et de migrants noyés en Méditerranée. La banquise fond à toute vitesse mais malgré les mises en garde des enfants, personne ne fait rien, personne ne bouge. Pire, les convoyeurs attendent.

Tous les jours, méticuleusement, Gaspard répare la femme. Trois mois, c’est court pour un tel travail. Finalement, il aura fait quelque chose de bien dans sa vie. Quand il aura terminé la restauration de la femme, il sait déjà que c’est là qu’il ira se réfugier. Dans l’intimité de cette femme dont il n’aurait jamais dû sortir.

Image: 

© Serge Goldwicht

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Commentaires

Portrait de Jacqueline
Comme gynécologue j'ai toujours pensé que les femmes étaient le sexe fort. Malheureusement les femmes de pouvoir dans notre monde imparfait prennent trop de défauts masculins : acceptation de l'ordre établi , goût du pouvoir de manière égoïste et non dans l'interet collectif'....Je pense en particulier à une ministre de la santé et maintenant aussi de l'immigration. Courage aux femmes et aux hommes de bonne volonté dans ce monde imparfait.

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