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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Patrick Willemarck
Patrick Willemarck

Le cancer capitaliste nous touche tous.

Le 31 octobre 2017

Dans la revue de l'université de Stanford, je lis un article d'un de mes anciens patrons, Peter Georgescu. Je ne l'aime pas. Il a introduit la boîte où je travaillais en bourse pour enrichir ses actionnaires, dont lui alors que s'il y a bien un secteur qui n'a pas besoin de bourse, c'est le secteur de la communication. Il ne faut pas y financer de lourdes infrastructures ou machines: il faut des gens et des PC. Et notre boîte appartenait à ceux qui y travaillaient en étant tous actionnaires dans des proportions certes variées. J'ai quitté parce que je m'y opposais. Je n'étais pas seul. Il est resté et mon successeur s'est enrichi. Bref, Peter Georgescu, c'est un peu le braconnier qui joue au chasseur. Mais, comme les braconniers font les meilleurs gardes-chasses, son avis mérite l'attention.

Il somme les capitalistes à remettre le capitalisme qu'ils pratiquent en question. Il base sa réflexion sur une étude de l'économiste, William Lazonick qui a étudié les entreprises du Standard&Poors500, indice boursier des entreprises cotées sur les bourses américaines, de 2003 à 2012. Il a découvert qu'elles dépensent 54% de leurs gains pour racheter leurs actions en bourse, ce qui réduit le nombre d'actionnaires tout en augmentant la valeur de l'action. Ils créent plus de concentration de la richesse donc. Mais ils dépensent également 37% de leurs gains dans le paiement de dividendes aux actionnaires de moins en moins nombreux et donc de plus en plus riches. Il reste 9% pour investir dans leur business et leurs employés, les gens qui le font tourner. Parmi ces entreprises, quelques noms connus chez nous, comme Monsanto, Caterpillar, Coca-Cola, Procter&Gample, Colgate Palmolive, 3M, Fedex, Disney, Philip Morris,...

Il met ainsi en exergue deux failles du capitalisme actuel depuis qu'il est financiarisé à outrance. D'abors, il y a le manque d'investissement des entreprises dans leur avenir. Les actionnaires préfèrent les vider de leur substance. Les montants d'investissements en recherche et développement sont en berne partout, comme si les dirigeants voulaient s'en foutre plein les fouilles parce que demain ça n'ira plus, parce que le business model qui leur a permis d'accéder au pouvoir est périmé. Parce qu'ils savent qu'on va dans le mur, qu'il y a trop de pollution, trop d'obésité, trop de déséquilibres économiques, écologiques, sociaux... Et ils croient que le pognon qu'ils engrangent dans leurs bas de laine sur les paradis fiscaux va les sauver ? Ensuite, il y a le manque d'investissement dans le capital le plus important d'une entreprise: les gens qui y travaillent. Qui fait l'innovation dans une entreprise ? Les employés. Et les actionnaires s'en foutent. Depuis 40 ans le salaire réel de la classe moyenne américaine est stable. Et ça, ça réduit la demande. Les actionnaires sont coupables de la concentration de la richesse et de la décroissance. C'est con, mais c'est un fait.

Il y a là comme une tumeur cancéreuse qui ronge nos sociétés occidentales. La tumeur nous touche tous: nous, les entreprises, les nations. Il faut un autre traitement. Et l'Europe a tout en main pour le faire. Mais elle est dirigée par des politiques qui se comportent comme les actionnaires. Ils comptabilisent leur voix dans leurs petits bassins électoraux et il ne faut surtout pas perdre ça en investissant dans de nouvelles visions, institutions, relations. À la place d'une vision, on fait des bilans. Souvenez-vous du discours de politique générale de Charles Michel. Écoutez Junker et l'épouvantail de l'Europe des régions.

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