semaine 49
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

Mondialisation mortelle

Le 25 janvier 2020

Jeudi 16 janvier

  La préparation effective du procès en destitution de Donald Trump a commencé. La première séance est pour mardi. Sur le plan du verdict, l’arithmétique devrait lui permettre de s’en sortir. Une surprise n’est toutefois jamais exclue. C’est davantage sur le déroulement des audiences que comptent surtout les démocrates. Comment l’opinion publique réagira. Le grand déballage d’incompétences et, surtout, de manœuvres illégales, va-t-il victimiser le président et le renforcer dans sa candidature à un renouvellement de son mandat, ou le pénaliser au point de l’écarter de la compétition à venir ? La réponse ne concernera pas que le cas étatsunien. Elle aura valeur de trame en argumentaire dans les futures réflexions du siècle sur les aléas ou les faiblesses des systèmes démocratiques : le suffrage universel, les fausses informations, la liberté d’expression, les soupçons d’ingérence, la place du droit et, bien sûr, le populisme.

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 Marine Le Pen annonce déjà sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. Tantie ne craindrait-elle pas l’essoufflement ? Car non seulement cette déclaration n’émeut personne, mais elle n’étonne non plus personne. Il faut donc chercher la raison dans le fonctionnement interne du parti d’extrême droite. Á moins que Tantie ait eu vent d’intentions chez sa nièce, Marion Maréchal  (ex-Marion Maréchal-Le Pen) et qu’elle prenne les devants et s’écrie tout de suite : « Maréchal, nous voilà ! »

Vendredi 17 janvier

 Macron lui en avait ouvert le chemin. Le parlement l’investit. Reste à la Commission de l’adouber. Guy Verhofstadt semble bien parti pour devenir le président de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Ce pourrait très vite devenir l’instance la plus importante de l’Union. Encore faut-il qu’elle soit d’abord installée. Décidément, les libéraux belges sont appelés conduire le destin du Vieux Continent…

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 Il pleut à Melbourne. Peut-être qu’une Barbara australienne y dégagera une inspiration poétique, comme le fut Nantes pour notre prima. Comment aurait-on pu penser que cette information revêtît une importance nationale ? Les pompiers, exténués, peuvent se reposer tandis que les feux, multiples et ravageurs, devraient enfin se calmer. Même le célèbre tournoi de tennis avait dû être interrompu à cause des fumées irritantes. Mais au fond, à présent, s’il pleut, la compétition ne peut non plus avoir court…

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 Deux Boris à la une du Figaro. Cocasse. Vian d’abord, qui fait l’objet d’un dossier-reportage pour annoncer les diverses évocations dans le cadre son centenaire (le 10 mars). Et puis Johnson, pour la mise en application du Brexit et des jours d’après. Deux photos de contentement qui invitent à imaginer une rencontre entre ces deux artistes. Aux deux magots, bien entendu.  

Samedi 18 janvier

Après Amsterdam, Lisbonne et Londres, Wolf débarque à Bruxelles. Installé devant le SAS, l’un des hôtels les plus renommés de Bruxelles, y compris pour sa gastronomie, Wolf occupe la vaste surface des anciens locaux de la Caisse d’Épargne et de Retraite. Le succès de foule dépasse toutes ses espérances au point que d’autres Wolf pourraient bientôt voir le jour dans d’autres quartiers de la capitale de l’Europe. Mais qu’est-ce que Wolf ? Une immense boutique d’alimentation aux goûts du jour (enfin… il faut dire food market, c’est plus sexy, plus commercial…) On y trouve donc du bio, des artisans, des produits en circuits courts, et des experts en nutrition. Un bar bien sûr, et 16 restaurants tous différents. Bref, il y a donc à boire et à manger. Wolf ! 

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 Faut-il être mal intentionné pour considérer qu’Harvey Weinstein est un fringant dragueur, un agile baiseur !

 Regardez-le se rendre à son procès, veste en cuir marron élimée, penché sur un déambulateur…

 Pas de doute, cet homme-là s’y connaît en cinéma.

Dimanche 19 janvier

Le journal polonais Gazetta Wyborcza vient de faire paraître un entretien réalisé par son journaliste Pawel Smolenski avec l’écrivain, scénariste iranien exilé à Paris Houshang Asadi. Cet homme semble être un personnage hors du commun. Il aurait connu les geôles du Shah en partageant la même cellule que le guide suprême l’ayatollah Khamenei, « un brave type devenu un dictateur effroyable » (ils dormaient dans les bras l’un de l’autre tellement leur cellule était froide !) ; et ensuite les geôles de Khomeiny dont il fut libéré après six ans, pour ensuite réussir à gagner Paris…  Il prétend que « la grande majorité des Iraniens ne s’oppose à aucune nation, à aucun pays, mais elle ne peut pas le montrer » et décrit la dictature religieuse comme étant plus fragile qu’elle ne le démontre par ses images de propagande. Il est optimiste sur l’avenir de l’Iran et voit poindre le jour où la démocratie, la liberté, la paix et l’État de droit vont y renaître.

 Soit.

 On veut bien le croire. Ses détracteurs diront qu’il est téléguidé par les États-Unis, ceux-ci lui permettant de vivre en exil. Comment se fait-il, par exemple, que son livre de mémoires, « Letters to my torturers » n’ait jamais fait l’objet d’une publication en français ?

 C’est en tout cas en cette même période troublée par l’attentat contre Soleimani et le missile atteignant un avion civil ukrainien que Kimia Alizadeh, la seule femme médaillée olympique d’Iran, décide de fuir son pays où elle étouffe.

 La question du nucléaire demeure prégnante dans toutes ces péripéties. Et c’est vraiment le seul domaine où l’Europe joue un rôle majeur.

Lundi 20 janvier

 On connaît la fameuse réflexion du député socialiste du Nord Alexandre Bracke-Desrousseaux le 10 mai 1936 après la victoire du Front populaire : « Enfin, les difficultés commencent ! » Boris Johnson pourrait la faire sienne. Il l’a, son Brexit, c’est indéniable. Mais l’heure n’est pas encore venue de l’officialiser (ce sera dans 11 jours) que sa mise en application lui pose déjà des problèmes. Voici que la Chambre des Lords retoque une décision de la Chambre des Communes quant à la situation des citoyens européens résidant au Royaume-Uni. Ils sont 3,6 millions. Ce n’est qu’un début.

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 Coucou ! Elle est arrivée… ! (On ne précise pas le moyen de locomotion… Peut-être la luge, en fin de parcours…) Quelques heures avant l’ouverture du Forum de Davos, Greta Thunberg a déjà fait la leçon aux participants. Et les médias enchaînent : « Á Davos, Trump va croiser Greta ! » Il paraît que des participants se sont portés pâles. D’autres n’en dorment plus…

Mardi 21 janvier

 C’était en 1793. Louis XVI montait sur l’échafaud et s’écriait : « Peuple ! Je suis innocent ! Je pardonne aux auteurs de ma mort. Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France. » Et la République se dota d’éclats monarchiques.

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 Grâce à son puissant secteur de l’Énergie, le syndicat CGT a inventé une nouvelle forme de lutte : les coupures de courant. Bien entendu, celles-ci ne peuvent pas être ciblées autrement que par zones. Elles concernent donc aussi bien des usagers particuliers que des institutions ou des organismes divers. L’action s’étend à des lieux très sensibles ou stratégiques, c’est selon… L’aéroport d’Orly par exemple… Et la pratique, dont l’aspect ludique ne doit pas être occulté, se développe chaque jour un peu plus. Il faudra un drame pour que ce type de moyen revendicatif cesse et soit puni sévèrement par la loi. Quand tout à coup, un hôpital sera privé d’électricité par exemple…

Mercredi 22 janvier

 Matteo Renzi fait du Malraux dans Le Figaro. Après avoir souligné l’importance de l’Éducation dans le développement des sociétés démocratiques, il élargit le compas de son plaidoyer : « En Europe, ce siècle sera culturel ou ne sera pas. Face à l’avènement de la révolution numérique, le risque n’est pas l’intelligence artificielle mais la stupidité naturelle. Nous devons investir dans la Culture… »

 L’ancien président du Conseil est aussi un jeune homme d’État qui rehaussera de sa personnalité comme de son intelligence la nouvelle identité de la social-démocratie. Doucement mais sûrement, celle-ci se forge. 

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 L’Organisation météorologique mondiale (OMM, section de l’ONU) déclare que selon les données en sa possession, la décennie qui s’ouvre connaîtra « une météo extrême » et des records de chaleur. On s’en doutait un peu, depuis le temps qu’on nous le chante, mais cette fois, c’est l’OMM qui se mouille…

Jeudi 23 janvier

 Ils sont venus ils sont tous là, ou presque… Les grands de ce monde assistent à Jérusalem aux cérémonies qui se déroulent dans le cadre du 75e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz. Ils prennent presque tous la parole et déposent chacun une gerbe. Parmi les absents, l’Iran, très vilipendé pour son antisémitisme et ses objectifs de voir disparaître Israël de la carte, et le président polonais dont il vaut mieux éviter de mentionner les raisons puisqu’elles masquent sûrement des intentions sous-jacentes.  Hier, dans les petites rues de la vieille ville, Emmanuel Macron s’était élevé contre le zèle des services de sécurité israéliens. On aurait cru Jacques Chirac en 1996. C’est du reste peut-être une imitation que le président français voulait reprendre à son compte. Les impératifs de communication, les habiletés de passages aux images sont devenus tels que tout comportement public est désormais, pour une personnalité, dénué de spontanéité.

Vendredi 24 janvier

  On en a pris conscience depuis un demi-siècle : la Terre n’est pas infinie, elle est limitée. Dès lors, sa démographie posera le problème ontologique comme le plus primordial. Combien d’êtres humains notre planète est-elle capable d’abriter, de nourrir ? Jadis, la question se posait d’autant moins que de grandes épidémies ravageaient les peuples. Grâce aux développements de la science, on vit plus longtemps et mieux. Les progrès de la médecine sont tels que presque toutes les maladies qui surviennent chez l’individu sont éradiquées. De temps en temps, un virus parvient à causer des victimes en nombre. Quelques milliers, le temps de trouver le vaccin qui l’annihilera. Le virus Ebola fit quelques ravages en Afriques ces dernières années. Rien de comparable toutefois avec les vastes infections contagieuses comme la peste qui réduisit la population de 17 à 10 millions en France au milieu du XIVe siècle. Voilà que naît en Chine une saloperie que l’on ne parvient pas à combattre. On l’appelle Coronavirus. Ça commence comme un nom de bière mais la suite est morbide. Á Wuhan, où elle se manifesta, une personne en mourut, et puis deux, dix, vingt … Les autorités chinoises ont tout de suite pris des mesures draconiennes, n’hésitant pas à mettre 40 millions de personnes en quarantaine, malgré la fête du Nouvel An, si prisée, si populaire. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) fut aussi avertie. Tout était immédiatement conçu pour que l’éventuelle épidémie soit circonscrite. Ce soir, on apprenait que deux cas de contamination avaient été détectés en France. L’un à Bordeaux, l’autre à Paris. Ce sont les seuls confirmés en Europe…

Image: 

Du personnel médical en combinaison de protection reçoit des patients à l'hôpital de la Croix-Rouge à Wuhan, le 24 janvier 2020 en Chine. Photo © AFP - Hector RETAMAL

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