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En collaboration avec les Presses Universitaires de Bruxelles

Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis...»

Le 21 avril 2017

Mardi 11 avril

 Réunis à Lucques, en Toscane, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont, par la voix de Jean-Marc Ayrault, déclaré « qu’aucun avenir n’est possible en Syrie avec Bachar al-Assad. » La portée de cette résolution finale est d’autant plus importante que plusieurs pays arabes (notamment les émirats du Golfe, la Jordanie, l’Arabie Saoudite) avaient été associés la réunion ainsi que la Turquie. Quelque chose de sérieux semble enfin se faire jour qui pourrait décider la Russie à lâcher le tyran et à faire cesser le carnage. Mais comment écarter Bachar sans qu’il ne se retrouve au tribunal pénal international de La Haye ? Et qui à la direction du pays pour le remplacer ?  Les chancelleries ont quand même bien l’une ou l’autre idée sur la question…

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 Donald Trump se dit « prêt à résoudre le problème nord-coréen sans la Chine ». Mais quel est « le problème nord-coréen » pour Trump ?

Mercredi 12 avril

 Au début de la décennie quatre-vingt, Jean-Marie Le Pen éructait et vociférait en usant d’un vocabulaire bas, vulgaire, tapageur pour répandre des assertions racistes. Il ne représentait quasiment que lui-même et quelques nostalgiques de l’Algérie française. Des anciens soixante-huitards passionnés de littérature qui avaient été impressionnés par La Disparition, le roman de Georges Perec (1969) dépourvu de la lettre  e  tout au long de ses 300 pages, s’étaient résolus à écrire un conte à offrir au vieux fasciste dont la totalité des substantifs seraient issus de la langue arabe. Ils pensaient leur défi impossible à réaliser jusqu’à ce qu’ils découvrirent que la langue française fourmillait de références. Car il n’y a pas que lupanar, bakchich, lascar ou bazar, termes employés souvent par les écrivains orientalistes, pour nous emmener au pays des mille et une nuits. En présentant dans La Libre Belgique l’ouvrage de Jean Pruvost, lexicologue, membre du CNRS, professeur à l’université de Cergy-Pontoise (Nos ancêtres les Arabes. Ce que notre langue leur doit, éd. J-C. Lattès), Éric de Bellefroid souligne que dans son Dictionnaire universel (1694), Antoine Furetière avait déjà cité beaucoup de mots d’origine arabe. Aujourd’hui, les souches ne se comptent plus et le journaliste se plaît à énumérer « jupe, gilet, algarade, algorithme, aubergine, caban, sorbet, café, sirop, gabardine, azur, camaïeu, carmin, chamarré, zénith, nadir, magasin, momie, maroquin, avarie, avanie, mesquin, cafard, rubis, carat »… Ce ne sont là que quelques exemples. Comme quoi, pour celles et ceux qui en douteraient le monde est depuis longtemps multiculturel.

Jeudi 13 avril

 Au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour la huitième fois, la Russie utilise son veto contre une résolution condamnant l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad. « Où sont les preuves ? » dit Poutine. Les Etats-Unis en apportent mais ils ont perdu toute crédibilité depuis la question irakienne. La Grande-Bretagne en apporte aussi. Est-elle plus crédible aux yeux des Russes ? Qu’attend l’ONU pour envoyer une mission d’enquête que personne n’osera contester ?

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 Dans la campagne présidentielle française, il y a beaucoup d’orateurs mais il n’y a qu’un seul tribun : Jean-Luc Mélenchon. Et c’est pour cela qu’il bouscule tout sur son passage, c’est pour cela qu’il grimpe dans les sondages, c’est pour cela qu’il rassemble des dizaines de milliers de personnes, comme hier soir encore à Lille. Marine Le Pen avait donné l’impression d’être la championne des tribunes. Elle n’entretient pas la même faconde que son père. On pourrait même penser qu’elle s’essouffle. Mélenchon, lui, ne donne pas le sentiment de perdre haleine. Mais au-delà de l’émotion d’un soir que Benoît Hamon n’a pas pu créer, le peuple connaît-il bien le programme de l’ancien trotskyste passé entretemps au PS ?

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 Pour railler le général Louis-Jules Trochu qui l’avait nargué pendant le siège de Paris en 1871, Victor Hugo le ridiculisa en lui attribuant l’appellation «Trochu : participe passé du verbe tropchoir » (in L’Année terrible). Une journée sans allusion ou évocation de Victor Hugo est une journée à l’esprit pauvre.

Vendredi 14 avril

 Trump expérimente « la mère de toutes les bombes », appelée aussi « la méga-bombe » (c’est-à-dire la bombe la plus puissante juste avant la nucléaire) en Afghanistan. 90 djihadistes auraient été tués. Á la question : « à qui le tour ? », il faudrait probablement répondre : la Corée du Nord. Là-bas, il n’y a pas de djihadistes, juste des communistes radicaux, fous , mais jusqu’à ce jour inoffensifs. Si Trump commence à vouloir éliminer tous les radicaux un peu fous, il est loin d’avoir achevé sa tâche civilisatrice. Elle se terminera lorsqu’il découvrira sa propre effigie dans le miroir de son programme.

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 Il est bien que François Hollande ait choisi Franz-Olivier Giesbert pour se livrer à un entretien-bilan un mois avant de quitter son palais. FOG est le meilleur journaliste de sa génération et c’est un homme libre, qui n’hésite pas à poser des questions dérangeantes et même provocantes. Il en abuse parfois tant il en raffole. Du reste, ce long dialogue est parsemé d’intermèdes où Giesbert, entre deux questions, décrit l’ambiance et le climat, croque les rictus de son personnage et propose dès lors un dossier qui se lit comme l’extrait d’un roman. Car Giesbert est aussi, espèce devenue rare, un journaliste littéraire. Ce n’est peut-être pas la dernière interviouve que le président donnera d’ici la fin de son mandat mais celle-ci constituera vraiment un jalon dans l’histoire du quinquennat. Le Point l’a bien compris qui lui consacre sa couverture en titrant carrément : L’entretien testament. FOG l’a bien senti aussi qui ouvre l’ensemble des pages sur une citation de Hollande : « Je suis insensible à la flagornerie et à la courtisanerie comme je le suis aux critiques et aux attaques. » Cela valait mieux pour lui sinon, durant les cinq années qui viennent de s’écouler, il aurait plus d’une fois frôlé l’infarctus ou la tentative de suicide…

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 Au Musée des Beaux-arts de Mons (BAM), l’exposition Au pied de la lettre ne connaît pas un grand succès. Elle présente pourtant des œuvres intéressantes, notamment par leur date d’acquisition qui met l’accent sur les débuts voire l’antériorité d’un apport plus représentatif : on découvre ainsi d’anciens Alechinsky de l’immédiat après-guerre, un superbe Jean-Pierre Maury, constructiviste pas assez connu, un superbe collage de Jiri Kolar, Ben avant qu’il ne soit Ben (Les pierres tombent, 1986) et de magistrales compositions de Christian Dotremont. En abordant la première salle, on est confronté à cette affirmation de Louis Calaferte : « Les lettres sont elles-mêmes tout à fait inoffensives tant que quelqu’un ne se mêle pas d’en faire des mots. » Une belle citation à poser en exergue dans tous les dictionnaires.

Samedi 15 avril

 « Coucou me revoilou ! Coucou, c’est Mahmoud ! » Eh oui ! Ali Kamenei, le Guide suprême, le déconseillait fortement, mais Ahmadinejad n’en tint pas compte : il a déposé sa candidature à l’élection présidentielle iranienne qui aura lieu le 19 mai. Son programme consiste à « élaborer des réponses musclées à l’Amérique de Trump ». Avant d’estimer les risques de conflit entre les États-Unis et l’Iran, il s’agira d’abord d’examiner jusqu’où on peut s’opposer à l’avis du Guide suprême.

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 Retour sur l’entretien Giesbert-Hollande publié dans Le Point de cette semaine. On attribue souvent à Voltaire la citation : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis ; quant à mes ennemis, je m’en charge… ». Il semble toutefois qu’elle fut prononcée par plusieurs personnalités avant lui. Les références remontent même à Antigonos II, roi de Macédoine, mort en 221 avant J-C. Preuve que les trahisons font partie du domaine de l’amitié comme la neige appartient à l’hiver. En tout cas, l’expression aura trouvé une fois de plus sa pertinence dans le quinquennat qui s’achève avec toutefois une différence considérable : pour François Hollande, la trahison s’est épanchée tout au long de son mandat. En général, c’est plutôt dans le cadre de la compétition qu’elle apparaissait : Chirac-Chaban, Mitterrand-Marchais, Balladur-Chirac, Sarkozy-Villepin… Une fois le duel achevé, le vainqueur pouvait gouverner. Avec Hollande, ceux que l’on appela « les frondeurs » lui  savonnèrent la planche d’un bout à l’autre et le comble, c’est qu’ils continuent ! Le congrès de refondation du PS, à l’automne, sera particulièrement houleux…

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 Marcel Gauchet au journal Le Soir : « Macron, c’est ce qui peut arriver de moins pire à la France. » Cette affirmation annonce une question qui arrivera tôt ou tard : « Que nous est-il  arrivé en 2017 ? » Autant donc se la poser tout de suite, dès le second tour accompli, et quel qu’en soit le résultat.

     

 Garth Davis a été marqué par le roman autobiographique de Saroo Brierley, Je voulais retrouver ma mère (City éditions, 2014). Il l’a porté à l’écran. C’est une belle histoire qui se termine par des rires affectueux et beaucoup d’émotion, une aventure servie par de bons et beaux acteurs. Mais en toile de fond, cette épopée noire finissant rose ne doit pas occulter deux constats : en Inde, chaque année, 80.000 enfants sont perdus. Par ailleurs, le mécanisme de l’adoption demeure fragile, même quand tout s’accomplit positivement de l’enfance à l’âge de raison, et jusqu’à l’âge adulte.

 

 

 

 

 

 

 

                                                         

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