semaine 48
Portrait de Jean-Pol Baras
Les calepins de Jean-Pol Baras

L’espoir dans la jeunesse polonaise

Le 17 juillet 2020

Samedi 11 juillet

 Il manque un peu d’épaisseur au film de Jean-Pascal Zadi (« Tout simplement noir ») pour garantir une expression qui motive un débat. Quand la comédie est grinçante, elle laisse filtrer des réalités inadmissibles. Quand l’histoire verse dans la gravité, on ne sait trop si c’est pour pleurer ou pour rire. La grande qualité de la trame, c’est une autodérision permanente. Sinon, eh bien les discriminations, c’est pas toujours simple à démontrer tandis que les cachotteries et les bisbilles, ça n’a rien à voir avec la couleur de la peau.

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 L’écrivaine new yorkaise Sandra Hochman accorde une longue interviouve au journal espagnol El Païs. Elle explique notamment qu’elle a essayé plusieurs religions avant d’en conclure que « la meilleure de toutes est celle des témoins de Jéhovah. » Il faudrait quand même lui faire savoir que l’on n’est pas obligé d’avoir une religion. C’est ce que l’Europe lui apprendrait… Mais aux États-Unis, il est impensable de ne pas avoir de religion. Un citoyen sans religion, c’est un estropié de la pensée.  En janvier prochain, le président qui aura été élu le 3 novembre jurera sur la Bible. Même si c’est Trump…

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 Mais bon sang, est-ce que l’usage inadéquat de l’adjectif « social », sa mise à toutes les sauces, serait le symptôme d’un mépris pour sa signification première ? Après les réseaux, voici qualifiée la distanciation. L’expression est très employée en ces temps de protection contre le virus. Il semble pourtant évident que « distanciation physique » est plus correcte que « distanciation sociale », non ?

Dimanche 12 juillet

 On en apprend des choses, un dimanche qui se voulait ordinaire et sérieux … :

  •  États-Unis. Pour la première fois, hier, Donald Trump a porté un masque. Faut préciser : un masque anti-virus. Parce que des masques, il en porte depuis plus de trois ans…
  •  Syrie. Tristesse, horreur, tous les synonymes de ces deux termes ont déjà été employés. L’ONU prévoyait deux voies d’accès vers Idleb afin de livrer de la nourriture à des pauvres gens qui ont tout perdu. La Chine et la Russie ont utilisé leur droit de veto. Il n’y aura qu’une seule voie d’accès. 4 millions de personnes risquent de mourir de faim, tout simplement. Depuis 2011 où la guerre sévit là-bas, la Russie a utilisé 16 fois son droit de veto. C’est une preuve suffisante pour comprendre que Poutine y mène le jeu et qu’il en est maître.
  •  Hongkong. Chaque année, la Foire de Livre draine des centaines de milliers de visiteurs. Elle représente aussi un carrefour économique important pour les éditeurs. Mais chaque année, de nombreux titres (parfois des centaines) sont retirés de la vente pour « contenu indécent ». Les Hongkongais partisans de libertés démocratiques n’ont pas abandonné leurs revendications, malgré une loi très coercitive. Si la censure est au rendez-vous, cela pourrait déclencher une nouvelle insurrection. Ouverture de la Foire : le mercredi 15 juillet.
  •  Europe. On se rencontre et on déjeune ou on dîne en tête à tête dans les différentes diplomaties. La réunion du Conseil de la fin de la semaine prochaine doit s’achever sur un accord positif. Le virus est toujours là et la relance de l’économie dans les 27 doit être assurée. Il faut faire vite. Parmi les « frugaux », c’est apparemment Mark Rutte qui mène la danse. Le Premier ministre hollandais déjeune donc avec celui-ci, avant de dîner avec celle-là. Il reçoit beaucoup. Sa table est fréquentée, rien que du beau monde. Quelle santé ! Dans ce groupe des quatre, on n’entend guère l’Autriche et le Danemark ; un peu plus la Suède. Angoisse : si Mark Rutte finit par accepter le plan Merkel-Macron, les trois autres le suivront-ils ?
  •  France. Marlène Schiappa était secrétaire d’État chargée de l’Égalité femmes - hommes et de la lutte contre les discriminations. La voici désormais ministre - déléguée auprès du ministre de l’Intérieur, chargée de la Citoyenneté. Elle accorde un entretien au JDD par lequel on relève notamment que « jamais elle n‘aurait accepté de travailler avec un homme coupable de viol. » Cette déclaration, apparaît dans un encadré, sous une photographie où la ministre arbore un décolleté foudroyant. Bah…
  •  Syrie encore. Dans ce même numéro du JDD, on apprend que dimanche prochain, des élections législatives seront organisées en Syrie. Il convient de vérifier. Non, cette information n’est pas fausse. Il y aura bien des élections législatives en Syrie le 19 juillet, malgré le Covid qui en causa déjà deux fois le report. Ce virus complique vraiment le déroulement de la vie démocratique.

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 En ces temps d’incertitudes, plusieurs chaînes de télévision programment « Pretty woman », la romance de Gary Marshall (1990) qu’en langage cinématographique, on nomme « comédie sentimentale ». Ce film mérite d’être vu et médité. C’est un sommet dans l’art de montrer combien l’argent-roi est garant du bonheur. Une prostituée rencontre un milliardaire qui en devient son pygmalion. Toutes les différences s’effacent et s’éteignent grâce à l’inépuisable carte de crédit. Cendrillon chez les maîtres du capitalisme. Hollywood s’est mordu la queue.

Lundi 13 juillet

 Andrzej Duda, le président sortant conservateur et ultra-catholique, continuera encore à gouverner son pays en bannissant les homosexuels, en rejetant les revendications féministes, et surtout en profitant des aides européennes tout en vantant la protection suzeraine des États-Unis. La tâche semblait très ardue pour le maire libéral proeuropéen de Varsovie qui parvint quand même à faire douter son adversaire, en obtenant plus de 48 % des voix. Ces deux personnalités très différentes et opposées correspondent bien aux deux parties de la société polonaise que l’avenir démographique devrait modifier, tant l’électorat du conservateur est beaucoup plus âgé que celui du libéral. Mais pour l’heure, la victoire conservatrice est là, c’est le verdict du suffrage universel. La défaite de Rafal Trzaskowski est frustrante et prometteuse à la fois. Le score fait penser à celle de Mitterrand face à Giscard le 19 mai 1974. Ce soir-là le futur président socialiste acheva son message de vaincu depuis la mairie de Château-Chinon par ces mots : « Notre combat continue. Parce que vous représentez les forces de la jeunesse et du travail, votre victoire est inéluctable ». On connaît la suite. Tel est le message qu’il faudrait faire passer au maire de Varsovie. 

Mardi 14 juillet

 Un défilé de respect, de reconnaissance et d’émotion autour de la place de la Concorde. En ce jour de fête nationale, les militaires avaient laissé le bitume aux blouses blanches, l’héroïsme, cette année, leur revenant.

 Et, tout au long du mur des Tuileries, de part et d’autre de l’entrée du Jardin, deux immenses panneaux, l’un bleu, l’autre rouge, arborant la triade Liberté – Égalité – Fraternité. La mise en scène est parfaite et La Marseillaise ainsi que les applaudissements nourris, font vibrer les cœurs et mouiller les yeux des soignants. Cette cérémonie tout à fait inédite est un succès.

 La suite sera mièvre.

 Ce matin, Le Figaro soulignait qu’Emmanuel Macron avait longtemps hésité avant d’accepter un entretien télévisé après la cérémonie du matin. Il aurait été sur le point d’annuler.

 Il aurait bien fait.

 Dans la panoplie des paroles indigestes et du vocabulaire en lieux communs, on relèvera que « chemin » remplace désormais « en même temps ».

Mercredi 15 juillet  

 Dire ou écrire que le Covid-19 est toujours bien présent, c’est donner l’impression de sombrer dans la redondance.

 Et pourtant, le constat, la recommandation doivent encore être répétés, répétés sans cesse tant le relâchement dû aux vacances et à l’été domine les précautions élémentaires.

 On le savait depuis la belle rigueur civique affichée au printemps : pour un pouvoir, il est plus facile de décréter un confinement que de se lancer dans des plans partiels de déconfinement qui ne peuvent que décevoir. Nous voici cependant au stade inverse. Partout en Europe, alors que le virus semblait avoir quitté le continent pour s’ancrer davantage aux Amériques, partout, on envisage des zones de reconfinement.

 … Et cette date ne représente que la balise du premier quart de la transhumance estivale, ordinairement la plus faible.

 Confinement, déconfinement, reconfinement seront à coup sûr les mots de l’année, le troisième étant un néologisme dont on se serait bien passé. 

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 La Foire du Livre de Hong Kong est reportée sine die à cause de la recrudescence du virus. Le Parti communiste chinois pourrait bien disposer d’une interprétation toute seyante de la formule sine die.

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 « La jeunesse une fois passée, il est rare que l’on reste confiné dans l’insolence. » (Marcel Proust. « Le Côté de Guermantes », 1920)

Jeudi 16 juillet

 Dans les deux dernières décennies du siècle passé, lorsque l’on militait pour dégager un passage de la démocratisation culturelle à la démocratie culturelle, contestant la domination du marché sur la vie en société, on combattait la marchandisation de la culture. (« Les créations de l’esprit ne sont pas des marchandises, les services de la culture ne sont pas de simples commerces. » François Mitterrand). Aujourd’hui, à l’heure où la crise sanitaire appelle à une réorganisation et une valorisation des hôpitaux, l’affirmation-choc est : Le patient n’est pas une marchandise.

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 Il est des lieux saints qui, parce qu’ils sont saints, ne devraient pas entrer dans le circuit commercial. Ainsi devrait-il en être de Lourdes. Pourtant, quand on interroge Olivier Ribadeau Dumas, le recteur du sanctuaire, il ne parle que d’argent. Dépité, il souligne que la pandémie a privé la comptabilité du site de 8 millions d’euros. C’est un 16 juillet, en 1858, que la Vierge Marie a été vue pour la dernière fois là-bas. Lourdes choisit cet anniversaire pour organiser un grand pèlerinage mondial virtuel. Tout cela est très bien, mais ça ne remplira pas les caisses du recteur. On a envie de crier : « Vite ! Un miracle ! Une apparition ! », afin que le brave recteur recouvre le sourire… Bernadette Soubirous aussi est devenue une marchandise.

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 Encore un centenaire oublié : celui de Federico Fellini. C’était le 20 janvier. Une petite rétrospective télévisuelle eût été la bienvenue. Même ses ultimes paroles avant de s’éteindre (à Rome bien sûr, le 31 octobre 1993) furent felliniennes. Il dit : « Être amoureux, encore une fois. »

Vendredi 17 juillet

En présentiel. Une expression peu usitée, qui revient beaucoup dans le langage courant influencé par la crise sanitaire. De nombreuses réunions se sont tenues en vidéoconférence. Á présent que la situation paraît moins menaçante (quoique…), elles reprennent en présentiel.
 C’est le cas du sommet des chefs d’État et de gouvernement européen. Aujourd’hui et demain, à Bruxelles, il sera question du budget et des mécanismes de solidarités. Encore une étape majeure pour les 27, d’autant plus qu’en principe, ils ne se reverront pas avant septembre. Que faut-il faire ? Retenir son souffle ou aller brûler un gros cierge à Sainte-Gudule ? Il importe surtout d’espérer que la boîte à outils de Charles Michel soit bien achalandée…

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 Laurent Joffrin quitte la direction de Libération pour se lancer en politique dans le but de reconstituer une gauche morcelée qui, pourtant unie, aurait des chances de l’emporter en 2022. Qu’il prépare un nouvel Épinay pour le 50e anniversaire de cet événement fondateur, le 11 juin prochain. Et s’il se posait en éclaireur de François Hollande ? 

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 L’Italie est en panne démographique. Les Italiens ne font plus assez d’enfants ; moins de 1,3 par couple. En Italie, il y a désormais plus de retraités que de gens au travail. Il faudra bientôt faire appel à de la main-d’œuvre étrangère. Ça tombe bien, on en trouve, en canots de fortune, sur la Méditerranée…

Image: 

Rafal Trzaskowski, maire de Varsovie, en campagne électorale : jeune, libéral, pro-européen, il représente l’avenir de la Pologne. Photo © Facebook de Rafal Trzaskowski.

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